Teresa Perales : Je veux remporter une médaille pour mon fils

L’Espagnole Teresa Perales célèbre sa médaille d’or en 50 m dos S5 aux Jeux Paralympiques de Rio 2016.
L’Espagnole Teresa Perales célèbre sa médaille d’or en 50 m dos S5 aux Jeux Paralympiques de Rio 2016.

L’athlète paralympique la plus décorée d’Espagne espère encore ajouter à sa série de 26 médailles

Il est quasiment impossible de résumer la carrière d’une athlète telle que Teresa Perales de manière juste.

Tokyo 2020 sera les sixièmes Jeux Paralympiques auxquels participera la nageuse espagnole, une prouesse qu’elle n’aurait jamais imaginé possible lorsqu’elle débuta dans sa discipline il y a 25 ans. À l’origine, elle commença la natation après avoir développé une neuropathie, maladie qui affecte le système nerveux et qui entraîna la perte de l’usage de ses jambes en l’espace de trois mois.

« J’ai toujours pratiqué d’autres sports comme le karaté, je n’ai pas appris à nager quand j’étais enfant », raconte à Tokyo 2020 l’athlète espagnole.

« Donc, vous pouvez imaginer comment j’étais au tout début. Mais après quelques jours, j’aimais tellement ça que j’ai réalisé que je voulais nager tous les jours de ma vie. »

Ce que je ne savais pas, c’est que j’allais participer [aux Jeux Paralympiques] à six reprises. »

Âgée maintenant de 44 ans, Perales, l’athlète paralympique la plus décorée d’Espagne avec un total de 26 médailles, a toujours pour objectif de rentrer à la maison avec de nouvelles récompenses. Mais cette fois, elle désire les remporter pour une tout autre raison.

« Je veux gagner de nouvelles médailles comme cadeau pour mon fils. Il le mérite », confie l'athlète native de Saragosse. « Peu importe quand cela arrivera, c’est toujours ça mon plus grand rêve. »

Égaler le record d’un des plus grands

Deux temps forts reviennent à la mémoire de Perales lorsqu’on lui demande quels sont ses plus grands moments de fierté en tant qu’athlète paralympique. Le premier fut lorsqu’elle entra dans le stade olympique de Londres pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques de Londres 2012. À l’époque âgée de 36 ans, elle était porte-drapeau de l’Espagne.

« Je me souviens des lumières, des sons, des athlètes, des drapeaux, mais ce dont je me rappelle particulièrement, c’est du moment où j’ai vu mon petit de deux ans en train de m’acclamer dans la foule », raconte Perales.

« J’en ai pleuré. »

La nageuse espagnole Teresa Perales porte le drapeau de sa nation lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres 2012.
La nageuse espagnole Teresa Perales porte le drapeau de sa nation lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres 2012.
2012 Getty Images / Gareth Copley

Cependant, Londres fut spéciale pour une autre raison. Perales y a aussi égalé les exploits d’un nageur olympique considéré comme l’un des plus grands champions de tous les temps : Micheal Phelps. L’Espagnole remporta la médaille d’or sur 100 m nage libre S5 pour la troisième fois consécutive aux Jeux, décrochant ainsi sa 22e médaille paralympique et égalant le nombre de récompenses remportées par Phelps.

Son exploit a fait d’elle un sujet tendance sur Twitter. Lors d’une interview avec Reuters, Perales racontait en plaisantant : « Phelps va être très surpris s’il va sur Twitter. Il va se demander qui est cette Teresa Perales et ce qu’elle a fait. »

En Espagne, les journaux locaux se sont empressés de dresser des comparaisons entre les deux. Ce fut la première fois que l’athlète vit sa photo aux côtés de celle de Phelps.

En revanche, si Phelps a pris sa retraite après les Jeux de Rio 2016 avec 28 médailles olympiques, Perales continu en espérant parvenir à éclipser le champion olympique le plus décoré de l’histoire lorsqu’elle entrera dans les bassins de Tokyo 2020 l’été prochain.

La médaillée d’or espagnole Teresa Perales pose sur le podium de la cérémonie de remise des médailles du 100 m nage libre S5 des Jeux Paralympiques de Londres 2012.
La médaillée d’or espagnole Teresa Perales pose sur le podium de la cérémonie de remise des médailles du 100 m nage libre S5 des Jeux Paralympiques de Londres 2012.
2012 Getty Images / Clive Rose

Après avoir décroché l’or sur 50 m dos et trois fois l’argent à Rio, amenant à 26 son nombre total de médailles, il ne manque plus que trois récompenses à Perales pour surpasser le grand champion.

« J’ai essayé de l’égaler une nouvelle fois à Rio, mais je n’ai pas réussi. Il faudra attendre de voir ce qui se passera à Tokyo », déclare celle qui a été récompensée par la plus haut distinction de l'olympisme, l’Ordre olympique.

« Je promets de réessayer. »

Rio a également été l’occasion d’un épisode marquant pour l’athlète paralympique, moment dont nous pourrions tous tirer une leçon. Les Jeux au Brésil n’ont pas vraiment bien démarré pour Perales lorsqu’elle manqua de remporter une médaille sur 50 m papillon puis 50 m nage libre, deux épreuves auxquelles elle avait toujours terminé sur le podium depuis ses premiers Jeux Paralympiques à Sydney.

« C’était la première fois que je ne gagnais aucune médaille, et ça n’est pas arrivé qu’une seule fois, mais deux », raconte Perales.

Il lui fut recommandé de ne pas nager à l’épreuve suivante, le 200 m nage libre, et de se reposer. Mais Perales n’écouta pas ce conseil.

« J’ai décidé que je voulais essayer, parce que si je ne le faisais pas, j’allais me demander ce qui aurait pu se passer. »

Elle finit par remporter l’argent après une bataille serrée contre la représentante de la République populaire de Chine LI Zhang, pour ensuite gagner trois autres médailles dont une en or sur 50 m dos, jamais décrochée jusqu’alors.

Donner voix au Mouvement paralympique

En plus de ses performances sportives, Perales est aussi une excellente porte-parole du Mouvement paralympique qui parle ouvertement de son parcours de para-athlète.

Pendant ces 22 dernières années où elle a concouru au plus haut niveau, la nageuse a pu observer beaucoup de grands changements pour les para-athlètes, en particulier en matière de reconnaissance sociale. Cependant, la plus grande transformation eut lieu après Londres 2012.

« Ils nous ont présenté comme des surhommes, et je pense que ça a donné beaucoup d’élan à notre mouvement », déclare-t-elle.

Londres 2012 fut les plus grands Jeux Paralympiques jamais organisés, avec 4 302 athlètes représentant 164 Comités Nationaux Paralympiques (CNP). Quatorze de ces nations participaient pour la toute première fois à des Jeux Paralympiques.

« Le Comité International Paralympique a fait un travail extraordinaire, et nos CNP, fédérations et autres organisations se sont développés. Nous sommes un mouvement fort qui est en train de laisser une empreinte importante dans l’histoire de l’humanité. »

En route pour Tokyo

Comme beaucoup d’athlètes à travers le monde, Perales a été affectée par la pandémie de COVID-19 lorsque l’Espagne entra en confinement le 14 mars.

« C’était très dur au début », explique-t-elle. « On regardait aux informations ce qui se passait en République populaire de Chine, en République de Corée et en Italie, donc quand le virus est arrivé en Espagne, on savait que la situation allait être très difficile pour notre pays aussi. »

« Beaucoup de gens ont commencé à faire du télétravail, les enfants ont eu cours par vidéoconférence avec leurs professeurs, mais pour les athlètes, il était impossible de faire de la télénatation ou du télétennis. »

Perales a transformé sa maison en salle de gym de fortune dans laquelle elle et son fils, Mariano Menor Jr, se sont entraînés tous les jours. Le Comité Paralympique d’Espagne lui a également envoyé du matériel de sport.

Avec l’allègement des mesures de restrictions à travers le pays, le Centre d’Alt Rendiment (CAR), également centre d’entraînement olympique d’Espagne, a rouvert ses portes permettant aux nageurs de retourner à l’eau après une interruption de presque deux mois. Pourtant, de son côté, Perales ne peut toujours pas reprendre la natation, car là où elle vit, les piscines ne devraient pas rouvrir avant le mois de juillet.

Elle est impatiente de retourner à l’eau.

« J’ai très hâte du moment où je vais enfin pouvoir entrer dans l’eau à nouveau, dit-elle, je ne suis jamais restée en dehors des piscines aussi longtemps. Même pendant ma grossesse, j’ai continué à nager jusqu’à ce que mon ventre soit tellement gros que je ne puisse plus sortir du bassin toute seule. »

Bien que Perales ait pu se qualifier pour Tokyo 2020 grâce au classement mondial de para natation plus tôt cette année, les choses sont encore incertaines.

Ces trois dernières années, la nageuse s’est entraînée pour les Jeux de 2020, mais avec le report en plus d’autres inconnues, Perales reconnaît qu’il est difficile d’avoir un plan précis, mais ajoute que la motivation est essentielle.

« Être motivée et continuer de rêver des Jeux Paralympiques est essentiel aux nouveaux plans. Ma priorité est de rester forte. Je veux participer. »