Najwa Awane : « Je ne savais même pas que le tennis existait »

Nairobi, KENAY - 16 février 2020 : La Marocaine Najwa Awane célèbre sa qualification pour la Coupe du monde de tennis paralympique.
Nairobi, KENAY - 16 février 2020 : La Marocaine Najwa Awane célèbre sa qualification pour la Coupe du monde de tennis paralympique.

En l’espace de neuf ans, la Marocaine Najwa Awane a découvert le tennis en fauteuil roulant, est devenue championne d’Afrique et espère désormais se qualifier pour Tokyo 2020. Elle veut également créer une académie pour développer le handisport au Maroc. Elle n’a que 22 ans.

« Je ne connaissais rien au tennis. Je ne savais même pas comment jouer. Je crois que je ne savais même pas que le tennis existait. »

Lorsque Najwa Awane raconte son histoire avec le tennis en fauteuil roulant, difficile de croire qu’à 22 ans, elle aie déjà remporté le championnat du Maroc puis le Championnat d’Afrique. C’est pourtant le cas. Elle espère aujourd’hui se qualifier pour les Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 et à un an de l’échéance, la jeune athlète a participé à un Live Insta avec le Comité international paralympique (CIP) pour marquer le lancement du compte à rebours des 365 jours restants.

Enfin de retour chez elle à Casablanca après trois mois passés en Turquie sans pouvoir sortir du pays en raison de la fermeture des frontières, elle a pu retrouver sa famille et recommencer à s’entraîner dans sa région natale, où elle a découvert le tennis en fauteuil roulant à l’âge de 13 ans en 2008.

« C’était la première fois que je m’asseyais sur un fauteuil roulant »

Victime d’une morsure de chien mal soignée à l’hôpital, elle a dû être amputée de sa jambe gauche à l’âge de 9 ans. Très sportive avant son accident, Najwa Awane a été traumatisée par cet événement et pensait qu’elle n’aurait plus jamais l'occasion de faire ce qu’elle aimait. Cette période a duré trois ans.

« Avant mon accident, je faisais du karaté et de la course à pied. J’ai gagné ma première course à 7 ans », raconte-t-elle. « J’ai perdu ma jambe à 9 ans et je croyais que le sport était fini pour moi. Je ne connaissais pas l’existence du sport paralympique. Trois ans après, ma prothésiste m’a dit que je pouvais quand même faire du sport et m’amuser. »

C’est à ce moment qu’elle a été sollicitée pour participer à une compétition de tennis en fauteuil roulant. Elle a répondu positivement, même si elle n’avais jamais touché une raquette de sa vie. Pas même un fauteuil roulant !

« J’ai été appelée pour disputer le Championnat du Maroc en tennis à 13 ans. Je ne savais même pas comment tenir une raquette ! C’était la première fois que je m’asseyais sur un fauteuil roulant. J’ai perdu tous mes matchs 6-0, 6-0. […] C’est l’arbitre qui m’annonçait quand je devais changer de côté, quand je devais servir. L’entraineur avait dit à mes parents qu’il y avait de l’espoir pour que je puisse devenir championne. »

À l’âge de 15 ans, j’ai décidé de sortir et de m’aimer moi-même. J’ai commencé par le sport qui m’a aidé à m’accepter comme j’étais.

L’envie d'avancer

Si cette journée a été décisive pour son futur, ce n’était pas évidement pour elle. Traversant des moments difficiles, Awane a eu du mal à concevoir ces espoirs placés en elle.

« C’était difficile à y croire car j’étais en dépression, je ne voulais plus entendre parler du sport. À l’âge de 15 ans, j’ai décidé de sortir et de m’aimer moi-même. J’ai commencé par le sport qui m’a aidé à m’accepter comme j’étais. J’étais en dépression, je ne voulais plus vivre. Je pensais que je n’étais plus rien car j’avais perdu une jambe. »

Après un long combat contre soi-même pour retrouver l’envie et la confiance d’aller de l’avant, la jeune marocaine a poursuivi dans sa passion de toujours, le sport. C’est également grâce à cela qu’elle s’est en sorti.

« Je peux dire que si je m’en suis sorti, c’est 70% grâce au sport et 30% grâce au combat avec moi-même », ajoute-t-elle.

À la recherche d’un club

Elle a ensuite dû entamer un second combat : celui de trouver un club qui voudrait bien l’accueillir. Certains dirigeants de structures estiment que les fauteuils roulants détériorent leurs installations et ne voient pas d’un bon oeil l’arrivée d’athlète handisports. Mais à 15 ans déjà, sa détermination était telle qu’elle n’a pas baissé les bras et trouvé des solutions alternatives.

« J’ai essuyé le refus de tous les clubs au Maroc », se souvient-elle.

« Je me suis donc entraînée pendant deux ans contre un mur. J’essayais d’apprendre la technique, à bien frapper une balle. »

La persévérance paie, et c’est une réalité.

« Deux ans après, j’étais la troisième meilleure joueuse au Maroc. Je savais que je pouvais devenir championne du Maroc et jouer à l’international. J’ai finalement trouvé un club où j’ai pu m’entraîner comme une athlète professionnelle. »

Après avoir occupé la 36e place mondiale en 2018, Najwa Awane est aujourd’hui 60e et vise une qualification pour les Jeux Paralympiques de Tokyo 2020. Son rêve ?

« Figurer dans les 5 premières joueuses mondiales ».

Ambassadrice du sport paralympique au Maroc

Voici le côté sportif. Car au delà de sa carrière sportive, Najwa Awane pense à l’avenir. Pas au sien, mais à celui des autres. Faisant le constat que « pour les personnes avec un handicap, c’est dur au Maroc », la championne désire accompagner les jeunes à mobilité réduite dans la découverte du handisport en créant une académie. »

« J’essaie d’ouvrir une académie. Je veux trouver des enfants et les inciter à commencer le sport. J’espère que ça va changer, et que l’on pourra avoir plus d'athlètes et être plus ouverts envers les personnes à mobilité réduites. »

Déjà titulaire d’une licence en mathématiques appliquées, elle désire changer de voie pour s’orienter vers un master en entraînement sportif.

« Cela va beaucoup m’aider pour lancer mon académie pour les jeunes au Maroc. Nous n’avons pas de juniors et nous allons en avoir besoin », estime-t-elle.

En attendant, elle aide de nombreuses personnes via son compte Instagram aux 130 000 abonnés, et donne des conférences au Maroc pour raconter son expérience.

Après des années à ne pas pouvoir s’exprimer en raison de son handicap, Najwa Awane vit pleinement sa vie et fait figure d’ambassadrice du sport paralympique au Maroc.

Tout cela à seulement 22 ans.