Marlou van Rhijn : de la natation à l’athlétisme pour toucher l’or

Doha (Qatar), décembre 2015. Marlou van Rhijn vient de remporter le titre de Championne du monde du 100 m T44.
Doha (Qatar), décembre 2015. Marlou van Rhijn vient de remporter le titre de Championne du monde du 100 m T44.

C’est l’une des athlètes qui partageait la même scène qu’Usain Bolt lors de l’inauguration du nouveau stade olympique de Tokyo en décembre dernier. Une olympiade après la star jamaïcaine, la Néerlandaise Marlou van Rhijn visera elle de nouveau le graal paralympique sur 100 m et 200 m lors de Jeux de Tokyo, après avoir dominé ceux de Londres 2012 et Rio 2016.

Sa mission à Tokyo sera aussi affutée que ces lames : « C’est très excitant de revenir aux Jeux Paralympiques pour tenter de remporter une nouvelle fois l’or mais plus généralement, je veux simplement réussir dans ce pays très inspirant et j’espère inspirer d’autres personnes à se mettre au sport et à courir également. »

Il faut donner le meilleur de soi-même sur la piste.

Y a-t-il un meilleur endroit pour avoir cette chance ?

Marlou van Rhijn est l’une des athlètes les plus reconnues et couronnée de succès de nos jours, et la Néérlandaise a bien l’intention d’entamer sa dixième année au plus haut niveau en finissant sur le podium à Tokyo. Mais pour van Rhijn, le plaisir est la principale raison pour laquelle elle continue de s’entraîner dur.  

« Le plaisir est ma plus grande motivation, explique-t-elle. Je veux juste profiter de ce que je fais. Et je profite lorsque je cours très vite. Être la femme la plus rapide de l’histoire me pousse à tout donner. Sur la piste, on peut tout laisser de côté et tout donner pour être la plus rapide. Il faut donner le meilleur de soi-même sur la piste. Y a-t-il un meilleur endroit pour avoir cette chance ? »

Une décennie de vitesse sur le tartan

Cela fait presque dix ans que van Rhijn a pris part à sa première compétition. Au début, elle a d’abord utilisé des prothèses de jambes puis elle s’est dirigée vers des lames en fibres de carbone qui lui ont procuré la vitesse qu’elle recherchait pour atteindre les sommets en athlétisme. 

« La première fois que j’ai essayé les lames, c’était irréel car je ne connaissais pas ce ressenti. C’est étrange car dans ma tête, je savais courir mais je n’allais pas vraiment vite et les lames m’ont donné la chance de courir vite » se rappelle-t-elle.  

En seulement deux ans d’athlétisme, ses performances ont décollé. Elle a remporté médaille sur médaille à chaque Jeux dans lesquels elle était engagée. À Londres 2012, van Rhijn a remporté l’argent sur 100 m et l’or sur le 200 m. À Rio 2016, elle a fait encore mieux en remportant deux médailles d’or et effaçant les records du monde de la discipline.

2016 Getty Images

De la natation à l’athlétisme

Van Rhijn est née sans jambes à partir du genou mais cela ne l’a pas empêché d’être active dès son plus jeune âge dans le sport. Mais c’est en natation qu’elle a réalisé combien elle aimait la victoire. Etonnamment, elle a décidé d’arrêter à l'âge de 18 ans.  

« Je n’arrivais plus à trouver du plaisir en natation, confie la double championne paralympique. Et je crois que lorsque l’on s’entraîne si dur, le plaisir est la chose la plus importante. Et je n’en avais plus. J’avais envie d’essayer autre chose. » 

Mais l’amour du sport était une notion qu’elle ne pouvait pas esquiver. Après avoir profité d’une parenthèse en tant qu’étudiante, elle a reçu un coup de fil de la part d’une amie qui lui a parlé d’athlétisme, qui a précédé un autre coup de téléphone de la part de la Fédération Néerlandaise d’Athlétisme.  

« À ce moment-là, le sport me manquait. Tous les jours. Où pouvez-vous avoir la chance de devenir meilleure à quelque chose autre part que dans le sport ? » 

Aujourd'hui au sommet de son art, elle admet que c’est la discipline nécessaire en natation qui lui a permis de connaître une transition facile et de devenir la femme la plus rapide sur lames. « Mon corps était déjà habitué à de grosses charges de travail, c’était simplement un sport différent. À la place de nager, il fallait courir. Ma motivation de l’époque était le plaisir de la vitesse. J’adorais courir très vite. Et cela n’a pas changé.

Marlou van Rhijn remporte la médaille d’argent aux Jeux de Londres 2012.
Marlou van Rhijn remporte la médaille d’argent aux Jeux de Londres 2012.
Getty Images

« Project Blade » pour enfants

Van Rhijn met sa passion pour l’athlétisme au service du « Project Blade », une fondation qu’elle a lancée il y a quelques années grâce à l’aide de sponsors majeurs qui donne l’opportunité à des enfants de faire du sport en leur fournissant des lames.

« Après avoir remporté la médaille d’or en 2012, j’ai remarqué qu’en rentrant chez moi, je faisais la promotion du sport et que je disais que tout le monde pouvait faire ce qu’il voulait. Mais des parents d’enfants à qui il manquait une jambe m'ont demandé comment ils pouvaient se procurer des lames. C’était compliqué car cela voulait dire qu’il fallait d’abord avoir du talent pour avoir la possibilité de faire du sport alors que tout le monde devrait pouvoir en faire, peu importe le matériel ou quoi que ce soit. » 

À travers le projet « Project Blade » Van Rhijn donne l’opportunité aux enfants d’avoir accès à des lames pour pratiquer un sport et de prendre du plaisir : « Le principe était simplement de pouvoir aller dans un magasin avec un ami, l’un choisissant des chaussures et l’autre essayant des lames pour pouvoir marcher ensemble, et jouer ensemble. Tout cela dans l’espoir d’évoluer dans la société ensemble, car nous ne sommes pas si différents. »

En tant qu’athlète de classe mondiale, van Rhijn est également l’une des porteuses de la flamme représentant l’égalité et l’inclusion dans le sport. Lors de ses interviews, elle tient à ce que les journalistes se concentrent d’abord sur ce qu’elle a accompli avant d’aborder la question du handicap. « L’inclusion et l’égalité sont extrêmement importants pour moi. Je ne me sens jamais différente. Mais une fois que je suis arrivée dans le sport et parce que les Jeux Paralympiques sont différents des Jeux Olympiques, j’ai été traitée différemment. » 

« Et c’était quelque chose que je n’avais pas envie de faire subir aux générations suivantes. Je voulais simplement que le sport soit simple et reste un plaisir. Dans tous les projets auxquels nous prenons part, nous essayons de promouvoir l’inclusion car le sport est une si belle passerelle pour amener une société inclusive. »

Tokyo 2020

Lorsqu’elle a couru aux côtés d’athlètes olympiques et paralympiques pendant l’inauguration du stade olympique, elle a déclaré : « J’aime beaucoup l’idée de courir tous ensemble et qu’il n’y a aucune différence entre un coureur portant des lames ou en fauteuil roulant avec un athlète valide qui est le plus rapide du Japon ou du monde. Nous sommes tous des athlètes et nous sommes tous là pour promouvoir le sport et les Jeux Olympiques. »

Usain Bolt, l’homme aux huit titres olympiques, court au côté de la championne paralympique Marlou van Rhijn à l’inauguration du stade olympique en décembre dernier.
Usain Bolt, l’homme aux huit titres olympiques, court au côté de la championne paralympique Marlou van Rhijn à l’inauguration du stade olympique en décembre dernier.
Getty Images

Pour les Jeux Paralympiques de Tokyo 2020, van Rhijn est confiante à propos de sa stratégie pour remporter de nouvelles médailles : « Aujourd’hui, je travaille sur la construction de ma propre course. J’espère vraiment que je pourrais courir encore plus vite. C’est mon principal objectif et j’espère que ma vitesse progressera, tout comme ma puissance grâce à l’entraînement. C’est la partie la plus plaisante car c’est ce que je contrôle. »

Avec l’immense engouement qu'ont connu les billets des Jeux Paralympiques de Tokyo 2020, van Rhijn espère courir dans le stade olympique devant des milliers de spectateurs. « C’est l’une des choses les plus excitantes aujourd’hui car le stade sera plein et je pourrais connaître ce que ça fait de courir devant 68 000 personnes. Je sais que c’est très important pour établir une belle performance et courir le plus vite possible. J'ai vraiment hâte de voir toute cette foule et cet enthousiasme. »