Lauren Steadman : comme si c’était la première fois

Lauren Steadman a remporté l’or aux Championnats du monde de triathlon 2018 à Gold Coast en Australie.
Lauren Steadman a remporté l’or aux Championnats du monde de triathlon 2018 à Gold Coast en Australie.

« Je n’aurais jamais pensé participer à mes premiers Jeux Paralympiques ! »

Elle n’avait que 15 ans quand elle a participé à ses premiers Jeux Paralympiques à Pékin en 2008. Et l’année prochaine, à Tokyo 2020, la jeune femme de 27 ans en sera à sa quatrième participation.

Même si l’athlète a évolué à travers ses années de compétition au plus haut niveau, un sentiment n’a en revanche aucunement perdu de son intensité : la fierté de représenter la Grande-Bretagne sur la plus grande scène sportive du monde.

« C’est un évènement tellement prestigieux et impressionnant. Aller là-bas et représenter mon pays à la plus grande des compétitions, c’est bouleversant et c’est un honneur », raconte Steadman à Tokyo 2020.

« Chaque fois que je suis entrée dans un lieu de compétition pour représenter la Grande-Bretagne aux Jeux Paralympiques, j’ai eu l’impression que c’était comme la première fois. »

De nageuse à triathlète

L’athlète britannique, qui est née sans avant-bras droit, a participé à deux éditions des Jeux Paralympiques (Pékin 2008 et Londres 2012) en tant que nageuse, avant que son oncle ne l’encourage à devenir triathlète. Il a vu en elle un potentiel qui lui permettrait d’exceller dans les trois disciplines qui composent le triathlon : la natation, le cyclisme sur route et la course à pied.

Et lors de son premier triathlon au Championnat de Grande-Bretagne en 2011, elle a terminé à la deuxième place.

Désormais triple championne du monde et six fois championne d’Europe, Steadman admet que la transition de la natation vers le triathlon a été difficile dans un premier temps, mais pense finalement que cette décision a été la bonne pour sa progression en tant qu’athlète.

« Changer de sport a été la meilleure décision que j’ai prise », dit-elle.

« C’était dur au début, et j’y ai beaucoup repensé, alors que j’étais en train de renoncer à mes objectifs en natation. Mais en fait, à mieux y réfléchir, je suis juste mieux faite pour le triathlon que pour la natation. »

Lauren Steadman pendant l’épreuve de qualification paralympique pour le triathlon de 2019.
Lauren Steadman pendant l’épreuve de qualification paralympique pour le triathlon de 2019.
ITU Media

L’argent paralympique, malgré une saison difficile

Les Jeux Paralympiques de Rio 2016 ont été un moment marquant dans l’histoire du para triathlon, car c’était la première fois que ce sport était au programme. Parmi les 60 athlètes en compétition dans cette discipline, 11 d’entre elles se sont battues pour la médaille d’or dans la catégorie PT4, Steadman comptant parmi les plus grandes favorites.

Cependant, la saison de courses qui a précédé Rio 2016 a été difficile pour la triple olympienne. Un peu plus tôt dans l’année, aux Championnats du monde à Rotterdam aux Pays-Bas, elle a fait une chute de vélo et n’a pas pu terminer la course.

« L’été avant Rio a été compliqué pour moi, à cause de ma chute aux Championnats du monde, qui a aussi détruit mon vélo. Je pense que je l’ai bien géré, mais j’ai tout de même ressenti de la pression à l’approche des Jeux », raconte Steadman.

À son arrivée au Brésil, elle a préféré ne pas participer à l’entraînement de natation, rendu optionnel à cause du niveau de pollution de l’eau. Son choix de préserver sa santé au maximum avant la compétition ne fut pas sans conséquence, car elle manqua une bouée pendant la course.

Steadman a réussi à rattraper le temps perdu pendant la phase de transition, et à passer devant celle qui décrochera finalement l’or, l’Américaine Grace Norman, au début de l’épreuve de cyclisme. Mais c’est pendant l’épreuve de course que Norman est finalement repassée aisément en tête devant Steadman pour s’emparer de la victoire.

Toutefois, cette expérience à Rio a permis à Steadman d’en apprendre plus sur elle-même.

« Ça m’a vraiment épuisée, d’abord physiquement le jour de la course, et ensuite mentalement en y repensant. Mais ça m’a montré à quel point je peux être forte », dit-elle.

« Avoir réussi à me hisser jusqu’à la médaille d’argent, après m’être trompée dans le parcours de natation et avoir pris 45 secondes de retard sur tout le reste de la course, j’étais extrêmement fière de moi. »

S’entraîner malgré le report des Jeux

Maintenant que les Jeux Paralympiques sont programmés pour l’été 2021, Steadman a réorganisé ses plans et se consacre à un programme d’entraînement en béton.

Mais, quand la championne d’Europe en titre a pour la première fois entendu parler du report au mois de mars, comme beaucoup d’athlètes dans le monde, ce n’était évidemment pas ce qu’elle voulait entendre.

« Bien sûr, j’étais très déçue, et j’avais d’autres projets en vue pour 2021. Mais un athlète doit savoir s’adapter au changement, et en fin de compte, c’était la bonne décision alors c’est plus facile de l’accepter », dit-elle. « Il est inutile d’être vraiment à fond en ce moment, alors que les courses sont suspendues, et avec tout ce qui se passe dans le monde. »

« Quand le moment sera le bon, je suis sûre qu’on sera de retour au départ des courses avec l’envie de ratrapper le temps perdu. »

Et en tant que détentrice d’une médaille d’argent paralympique, Steadman vise la médaille d’or à Tokyo 2020, mais ce n’est pas son unique objectif. Cette star du handisport veut tout simplement profiter des Jeux Paralympiques.

« Profiter du fait d’être aux Jeux est extrêmement important pour moi, sinon ça ne sert à rien. »

« Rien n’est plus beau que de voir le monde entier se retrouver autour du sport. J’espère que cela va permettre à tout le monde de s’évader un peu, après ce que nous avons eu à traverser tous ensemble récemment. »

Steadman espère aussi finir son doctorat, en plus de son master en études de commerce et de son diplôme en psychologie.

L’importance de la représentativité

La représentativité occupe une place très importante dans le cœur de Steadman.

Fin 2018, elle a participé à l’émission Strictly Come Dancing, une émission de danse britannique où elle est allée jusqu’en demi-finale. Plus récemment, elle a aussi pris part à Celebrity SAS: Who Dares Wins, où 12 personnalités publiques passent une série de tests qui reproduisent la sélection pour les services spéciaux de l’armée britannique. Telle une véritable championne, elle a fait partie des gagnants.

Steadman a décidé d’apparaître dans ces deux émissions, non seulement pour montrer ce que signifie être une athlète paralympique, mais aussi pour participer à la représentation des personnes en situation de handicap dans les médias grand public.

« Je voulais montrer qu’avec le bon état d’esprit, de l’imagination et du soutien, n’importe qui peut réussir, quel que soit son objectif. Il ne s’agit pas de faire quelque chose pour les autres, mais de repousser ses propres limites et de revoir ses idées reçues. »

« J’espère que ces deux émissions ont aidé à démontrer que tout est possible et qu’avoir un handicap n’est pas un désavantage. »