KIMURA Keiichi, quelqu’un « d’assez extraordinaire »

Kimura Keiichi vise une médaille d'or aux Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 qui se déroulent dans son pays au Japon.
Kimura Keiichi vise une médaille d'or aux Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 qui se déroulent dans son pays au Japon.

Le meilleur para-nageur japonais vise sa première médaille d'or aux Jeux Paralympiques de Tokyo 2020.

C’est avec un air joyeux que le para-nageur KIMURA Keiichi est arrivé au centre d’entraînement.

« Quand le report [de Tokyo 2020] a été décidé, je me disais que c’était tout à fait compréhensible », dit-il.

« Ce n’était sûrement pas le meilleur moment pour organiser un évènement comme celui-là. En réalité, j’ai pensé que cette année de plus à travailler ma technique ne serait pas de trop. J’ai encore une belle marge de progression. »

« Le report allait me donner plus de temps pour m’immerger dans le sport, et pour penser aussi à d’autres choses, alors la nouvelle ne m’a pas beaucoup choqué. »

Kimura s’entraîne dans la piscine olympique de l’ASICS Sports Complex TOKYO BAY, qui reproduit quasiment à l’identique l’organisation des couloirs du site de compétition paralympique. Il offre même un environnement d’entraînement en hypoxie, reproduisant les conditions de haute altitude. Kimura, déjà sélectionné à titre provisoire pour représenter le Japon à Tokyo 2020, est actuellement numéro 1 au classement du 100 m papillon S11 masculin, son coéquipier TOMITA Uchu étant à la deuxième place.

Les deux hommes s’entraînent l’un à côté de l’autre et partagent de temps en temps une discussion amicale.

Kimura Keiichi : « Quelqu'un d'assez extraordinaire »
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La pandémie de COVID-19 a forcé Kimura à rentrer de façon précipitée au Japon et à quitter sa base d’entraînement aux États-Unis, sans savoir quand il serait en mesure de revenir. Mais même dans ces circonstances, il reste positif.

D’ailleurs, tout ceci est déjà derrière lui.

© Tokyo 2020

Lorsque le report des Jeux de Tokyo 2020 a été annoncé, Kimura a reçu un message de son confrère américain Bradley Snyder, devenu para-athlète après avoir perdu la vue pendant sa mission en Afghanistan avec l'armée américaine.

Snyder a été sur la plus haute marche du podium à deux reprises à Londres 2012 et à trois reprises à Rio 2016. Il est aussi l’ami et le rival de longue date de Kimura, à qui il a présenté son entraîneur Brian Loeffler.

Son message était le suivant : « Je suis désolé que tu doives attendre encore un an pour décrocher l’or ! Mais je suis sûr que tu l’auras l’année prochaine ! Tiens-moi au courant de ton plan d’entraînement, je voudrais t’aider ! »

« J’ai beaucoup aimé la façon dont Bradley a formulé son message. Quand je reçois ce genre de choses de la part d’amis japonais, ils disent quelque chose comme : “ça fait une année de plus pour t’entraîner”, ou “fais de ton mieux l’année prochaine”, alors ses mots ont été vraiment spéciaux pour moi », dit-il en riant.

Ce message d’encouragement a ravi le nageur japonais et lui a donné encore plus de motivation pour s'entraîner en vue des Jeux Paralympiques.

Visite chez Bradley Snyder.
Visite chez Bradley Snyder.

Viser sa première médaille d’or paralympique

Né dans la préfecture de Shiga, Kimura a perdu la vue des suites d’une maladie congénitale à l’âge de deux ans. C’est sa mère qui lui a suggéré de commencer la natation alors qu’il était en quatrième année d’école élémentaire.

Il a participé pour la première fois aux Jeux Paralympiques à Pékin 2008 à l’âge de 17 ans, terminant cinquième. Quatre ans plus tard, à Londres 2012, Kimura n’a pas seulement été porte-drapeau de la délégation japonaise, il a également remporté une médaille d’argent sur 100 m brasse et une médaille de bronze sur 100 m papillon.

À Rio 2016, il a remporté cette fois deux médailles d’argent sur 50 m nage libre et 100 m papillon, et deux médailles de bronze sur 100 m brasse et 100 m nage libre, soit le plus grand nombre de médailles décrochées par un athlète japonais toutes disciplines confondues.

« Londres 2012 ont été les Jeux les plus mémorables pour moi. Gagner ma première médaille m’a vraiment rendu heureux. C’était aussi émouvant de voir des athlètes d’autres pays à la cérémonie de remise des médailles, parce que j’étais à présent en mesure de comprendre les combats qu’ils avaient dû traverser », dit-il.

Le Japonais Kimura Keiichi médaillé d'argent, après la cérémonie de remise des médailles du 100 m brasse SB11 aux Jeux Paralympiques de Londres 2012.
Le Japonais Kimura Keiichi médaillé d'argent, après la cérémonie de remise des médailles du 100 m brasse SB11 aux Jeux Paralympiques de Londres 2012.
Photo de Scott Heavey/Getty Images

En ce qui concerne Rio, il déclare n’avoir que peu de souvenirs, à cause de la déception d’être passé à côté de l’or.

À l’époque, il était numéro 1 au classement mondial du 100 m papillon et considéré comme favoris pour la médaille d’or. Mais malgré un très bon départ comme à son habitude, et après avoir été en tête en début de course, Kimura a perdu de la vitesse après le virage des cinquante premiers mètres. Il a dû se contenter de la seconde place.

Le Japonais Kimura Keiichi lors de la finale du 100 m papillon S11 aux Jeux Paralympiques de Rio 2016.
Le Japonais Kimura Keiichi lors de la finale du 100 m papillon S11 aux Jeux Paralympiques de Rio 2016.
Photo de Atsushi Tomura/Getty Images for Tokyo 2020 - 2016 Getty Images

Il a été acclamé pour avoir été l’athlète ayant remporté le plus de médailles au sein de l’équipe japonaise, mais au fond de lui, il était abattu.

« J’avais vraiment donné tout ce que j’avais pendant ces quatre dernières années, et ça n’avait pas suffi à décrocher l’or. Quand les Jeux Paralympiques de Rio 2016 se sont terminés, je me suis dit que je ne pourrais pas gagner de médailles d’or à moins de continuer sur la même lancée, ou même de travailler encore plus dur. Et rien que le fait d’y penser me faisait douter de ma capacité à accomplir un tel effort. »

Il ressentait l’envie de s’amuser un peu plus dans la vie, alors il a eu l’idée de partir s’entraîner à l’étranger. Il voulait trouver de l’inspiration ailleurs que dans la natation, et c’est principalement cette raison qui a motivé son départ.

« Quitte à partir à l’étranger, il valait mieux choisir un endroit où je pouvais trouver un nageur avec le même handicap, mais avec un meilleur niveau que moi », explique-t-il.

Il a donc décidé d’aller aux États-Unis, là où se trouvait Snyder, qu'il a contacté via Facebook pour lui demander de lui présenter Loeffler, son entraîneur. Il a ensuite déménagé à Baltimore en 2018.

Loeffler était ravi que Kimura le contacte.

« Je savais que c’était un grand athlète. Il voulait changer de stratégie et essayer quelque chose de nouveau pour tenter de décrocher l’or à Tokyo. Alors il est venu ici et on s’est rencontrés, tout en sachant que j’entraînais Brad qui avait fait de bons résultats, et que j’avais aussi eu de bons résultats avec d’autres para-athlètes », déclare Loeffler.

Kimura ne pouvait ni parler anglais ni lire son programme d’entraînement. Au début, il éprouvait de la frustration, mais à mesure qu’il étudiait l’anglais, les choses se sont améliorées au point désormais d’être capable de communiquer librement.

Entraînement aux États-Unis avec McKenzie Coan, médaillée d'or de Rio 2016.
Entraînement aux États-Unis avec McKenzie Coan, médaillée d'or de Rio 2016.

Sa vitesse dans la première moitié de course est de classe mondiale mais il manque parfois de jus pour réaliser une grande fin de course. Pour corriger cela, il a travaillé à développer son endurance physique. Graduellement, ses efforts se sont reflétés dans ses performances. Il a battu ses deux records personnels sur 200 m 4 nages individuel et 100 m brasse aux Championnats de para-natation pan-pacifiques de 2018, et s’est emparé de l’or sur 100 m papillon aux Championnats du monde de natation handisport 2019, évènement qu’il était certain de gagner.

Avoir développé sa technique aux USA a certainement eu un grand rôle dans cette victoire, mais c’est son état d’esprit qui avait le plus changé.

« Je manquais simplement de confiance en moi, mais j’ai fini par réaliser que j’étais quelqu’un d’assez extraordinaire. Ma confiance en moi s’est améliorée. J’ai pu monter sur le plot de départ avec plus d’assurance. »

Avant, sa confiance en lui reposait essentiellement sur la quantité de travail fournie à l’entraînement, mais désormais elle venait d’ailleurs.

« Quand j’étais aux États-Unis, j’ai dû faire face à beaucoup d’imprévus et à de nombreux soucis liés à la barrière de la langue, mais j’ai quand même réussi à trouver des solutions au final. Je me suis rendu compte que j’étais capable de surmonter les adversités. C’est cette expérience qui m’a aidé à prendre confiance en moi, et cet état d’esprit s’est reflété dans la natation. »

© Tokyo 2020

Que les Jeux Paralympiques aient lieu dans son pays natal est quelque chose d’incroyablement spécial pour Kimura. Ses amis et ses relations vont pouvoir venir le voir nager, mais il est aussi heureux de faire partie de ceux qui accueilleront les athlètes internationaux et les visiteurs.

« En plus d’être des athlètes, nous sommes aussi les hôtes des Jeux Paralympiques, alors j'espère que les visiteurs étrangers passeront un bon séjour à Tokyo. Mon partenaire d’entraînement et mon entraîneur ont vraiment hâte de venir. Beaucoup de personnes en situation de handicap vont se rendre à Tokyo pour profiter des Jeux Paralympiques, et j’espère qu’ils se sentiront à l’aise dans la ville. Le fait que je sois un athlète et un hôte ajoute à mon impatience d’être aux Jeux. »

De nombreux athlètes espèrent que les Jeux Paralympiques déclencheront une transformation à Tokyo et au Japon.

« Cet évènement va mettre en lumière les athlètes handicapés, alors j’espère que ce sera l’occasion pour nous d’avancer et de nous faire davantage reconnaître, non pas en tant qu’êtres exceptionnels, mais en tant que personnes normales qui vivent des vies ordinaires partout dans le monde, tout comme les personnes valides, et que beaucoup d’entre nous travaillent dur pour réaliser leurs rêves. Ça serait formidable si les Jeux Paralympiques pouvaient faire que nous soyons perçus sous un nouveau jour. »

À Tokyo 2020, Kimura a l’intention de participer aux épreuves du 100 m papillon, du 100 m brasse, du 50 m nage libre et du 200 m 4 nages individuel. L’épreuve la plus notable sera celle du 100 m papillon qui aura lieu le 3 septembre, soit le dernier jour de la compétition de natation paralympique.

« J’ai fait confiance en ma vitesse de niveau mondial sur la première moitié de course, et je pense que je suis le nageur le plus à même de décrocher l’or sur cette épreuve », déclare-t-il avec fierté.

« D’abord, je veux gagner la médaille d’or. Puis, je veux profiter de ce grand évènement mondial avec tout le reste du peuple japonais. J’espère que les Jeux de Tokyo 2020 seront un évènement festif et que les athlètes du monde entier passeront un très bon moment. »

« Mon entraîneur ne me fait jamais de compliments. Il me dit seulement des choses comme : “tu peux le faire”, “je suis absolument certain que tu ne vas pas perdre” ou “je suis sûr que c’est toi qui vas gagner”. Il arrive à me convaincre que je ne perdrai jamais », dit-il en riant.

© Tokyo 2020
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