Erik Horrie : Surpasser les difficultés mentales pour remporter l'or

Sydney, AUSTRALIE - 1 mai 2020 : Le rameur australien des Jeux Paralympiques Erik Horrie pose pour un portrait chez lui après une séance d'entraînement
Sydney, AUSTRALIE - 1 mai 2020 : Le rameur australien des Jeux Paralympiques Erik Horrie pose pour un portrait chez lui après une séance d'entraînement

« Il est facile de cacher à quel point on peut être mentalement impacté en tant qu'athlète, quand la société ne voit que la force physique. Mais je veux que les gens voient à travers mon histoire que ce n'est pas une faiblesse de demander de l'aide ».

C'est un moment que le rameur Erik Horrie, qui a participé deux fois aux Jeux Paralympiques, estime être l'un des plus sombres de sa vie.

« Avant d'aller à Rio, j'ai touché le fond ».

« Je me suis séparé de ma partenaire, j'étais loin de mes enfants, et j'étais tellement concentré sur cette médaille d'or, que je n'avais pas réalisé que mon attitude était si négative ».

Malgré ses trois titres de champions du monde, ses nombreux records du monde et plusieurs récompenses à son actif, Horrie a dû appeler l'assistance australienne pour la santé mentale, Lifeline, juste pour avoir quelqu'un à qui parler.

Le premier intervenant a rapidement réagi à son appel à l'aide. Il a appelé une ambulance et placé Horrie sous surveillance pour potentielle tentative de suicide pendant 48 heures.

« Même à ce moment-là, il m'a fallu beaucoup de temps pour renverser la situation. Être à l'hôpital m'a permis de voir la réalité en face, mais je ne me rendais pas toujours compte à quel point j'étais négatif et que ma colère affectait les gens autour de moi », explique Horrie.

« Quinze mois plus tard à Rio, quand j'ai raté l'or, l'une des premières choses que quelqu'un m'a dite a été : "Que s'est-il passé ? Tu étais censé gagner". »

« Cela m'a complètement sapé le moral. Cette médaille était l'une de mes plus grandes attentes. J'ai fait une erreur à 210 mètres de la ligne, qui m'a coûté cette médaille d'or et tout le monde s'est concentré sur ce point, mais personne n'a vu de quoi étaient fait les 15 mois precedents. Monter sur le podium était important pour moi. »

« Douze mois plus tôt, je pensais en avoir fini et je ne ressentais plus rien. »

Ayant retrouvé le moral et maintenu sa position sur le podium à tous les Championnats du monde depuis Rio, Horrie est fier d'avoir pu reprendre sa vie en main. Et aujourd'hui, il partage cette experience.

En plus de son entraînement, Horrie travaille pour Lifeline, aidant à alerter sur les problèmes de santé mentale et la prévention du suicide dans les communautés australiennes.

« Il est facile de cacher à quel point on peut être mentalement impacté en tant qu'athlète, quand la société ne voit que la force physique. Mais je veux que les gens voient à travers mon histoire que ce n'est pas une faiblesse de demander de l'aide. »

Grâce à ce programme, et malgré la pandémie mondiale, le médaillé d'argent des Jeux Paralympiques continue de combattre ses démons intérieurs pour être la meilleure personne possible et devenir à son tour un athlète méritant l'or à Tokyo l'année prochaine.

« J'ai toujours raconté mon histoire sur mon enfance dans une famille d'accueil ou sur ma condition de paraplégique, mais je n'avais jamais vraiment pensé à quel point ma propre histoire vis à vis de ma santé mentale pouvait faire une différence », a-t-il déclaré.

« Parler aux gens de mon histoire a été bénéfique et m'a permis de guérir. Même pendant la pandémie, je passe du bon temps, à m'entraîner et à être en famille ».

En tant qu'athlète en fauteuil roulant, Horrie a dû trouver des moyens créatifs pour stimuler sa quête de l'insaisissable médaille d'or paralympique.

« Sans personne pour m'aider à transporter mon bateau tout en respectant les distances sociales, je n'ai pu aller sur l'eau que quelques fois. Pour l'instant, je ne fais que m'entraîner sur la terre ferme ».

Cela signifie faire des séances de musculation dans son garage avec du matériel emprunté au centre national d'entraînement de Rowing Australia, des heures d'entraînement en salle passées sur un vélo à main et un rameur.

L'entraînement avec Erik Horrie

Ces efforts sur lui ont permis de battre cinq records du monde en salle, en quelques semaines seulement.

« Pour l'instant, je me concentre sur l'entraînement que je peux faire et je m'assure de bien le faire. Je sais que je serai prêt à 200 % quand je pourrai à nouveau concourir. »

Bien que Horrie utilise Tokyo 2020 comme une occasion de se rattraper de la médaille d'or perdue à Rio, il travaille dur et se concentre sur son entraînement.

« Je ne visualise pas ce que ce sera de gagner une médaille d'or. Même si c'est ce que j'attends dans ma carrière, le sport n'est pas non plus une question de victoire. Tout est dans la volonté d'aller au bout. »

« Rio était un exemple parfait. J'ai dit aux médias que j'allais gagner et je me suis perdu dans mes objectifs, je dois me rappeler qu'aux Jeux Paralympiques, il y a 11 autres athlètes dans ma catégorie, tout aussi motivés. »

« Pour moi, il s'agit de s'amuser. C'est super de gagner des médailles et de battre des records du monde, mais c'est la première fois depuis des années.Je me concentre sur ce que je fais et ce que j'aime, et c'est le message que je veux faire passer ».

Par Sascha Ryner pour Paralympic.org