Erica Gavel : « Ce seront les meilleurs Jeux de tous les temps »

Le Canada affronte le Brésil en demi-finale du basketball féminin en fauteuil roulant aux Jeux para-panaméricains de Lima, au Pérou, en 2019.
Le Canada affronte le Brésil en demi-finale du basketball féminin en fauteuil roulant aux Jeux para-panaméricains de Lima, au Pérou, en 2019.

Cette athlète canadienne conjugue un doctorat avec sa carrière à haut niveau dans le basketball en fauteuil roulant, et son désir d’aider son équipe à reconquérir son titre à Tokyo 2020.

Entre 1992 et 2000, le Canada régnait en maître avec ses trois médailles d’or paralympiques consécutives. L’équipe a également dominé les Championnats du monde en décrochant quatre médailles d’or successives entre 1994 et 2006.

Mais malgré cette succession de victoires, le Canada n’a plus remporté de médailles aux Jeux Paralympiques depuis Athènes 2004, même s’il n’en est pas passé loin avec sa cinquième place à Rio 2016.

Cependant, pour Erica Gavel, qui fait partie de l’équipe depuis 2014, l’équipe du Canada est en ce moment au meilleur de sa forme pour décrocher à nouveau la gloire paralympique.

« Je suis convaincue que nous allons monter sur le podium », déclare Gavel avec assurance.

« Si nous prenons notre entraînement et notre préparation au sérieux, et si nous arrivons à rester concentrées sur ce que nous avons à faire et à ne pas nous inquiéter du résultat, alors tout le monde est d’accord pour dire que nous allons gagner. »

Et elles l’ont d’ores et déjà prouvé. En 2014, elles ont été une nouvelle fois couronnées championnes du monde, huit ans après avoir perdu leur titre. Elles ont aussi battu leurs rivales américaines lors du match pour la médaille d’or aux Jeux para-panaméricains de Lima 2019, décrochant ainsi leur place pour Tokyo 2020.

« Le truc avec les équipes nationales, c’est qu’il y a toujours des hauts et des bas », explique-t-elle.

« De mon point de vue, au début des années 90 et 2000, l’équipe était composée d’un groupe solide qui jouait et travaillait très bien ensemble depuis longtemps. Et puis ces athlètes ont commencé à prendre leur retraite. [Aujourd’hui], nous sommes une nouvelle vague d’athlètes qui ont toutes à peu près le même âge, et nous jouons ensemble depuis quelques années maintenant. Ça fait partie de la recette. »

Et pour Gavel, cela signifie qu’un nouveau cycle est en train de commencer.

« Nous allons gagner une médaille, c’est sûr. L’été dernier, nous avons joué contre beaucoup des meilleures équipes du monde et nous avons gagné tous nos matchs, sauf contre la Chine. »

Et c’est grâce à cette solidité retrouvée que Gavel pense que Tokyo 2020 n’est plus qu’à portée de leurs mains.

Du sport pour personnes valides au basketball en fauteuil roulant

Passionnée de basketball depuis l’enfance, Gavel s’est toujours vu jouer pour le Canada.

Et c’est dans ce but qu’elle s’est inscrite à l’Université de la Saskatchewan, afin d’avoir une chance d’intégrer l’équipe nationale du côté des valides. À cette époque, l’entraîneuse de l’université, Lisa Thomaidis, était déjà l’entraîneuse en chef de l’équipe de basketball féminine olympique.

Mais Gavel était loin d’imaginer que le handisport allait être sa véritable voie. Après une série de blessures au genou qui mirent fin à sa carrière en basketball, son entraîneuse lui a suggéré d’essayer le basketball en fauteuil roulant.

« J’ai commencé à m’entraîner dès le lendemain dans le but d’intégrer l’équipe pour les vrais Jeux Paralympiques. Et j’ai réussi. »

Grâce à ce sport, la carrière d’athlète de Gavel a bénéficié d’un second souffle, et elle a finalement pu réaliser son rêve de représenter son pays.

Elle n’a pas été en mesure de participer aux Championnats du monde 2014 à cause d’une fracture à la main, mais elle était belle et bien présente à Rio 2016, qui furent ses premiers Jeux Paralympiques.

« J’ai toujours voulu faire partie de l’équipe du Canada, peu importe le sport. Alors pour moi, être dans l’équipe paralympique et représenter mon pays est la chose la plus incroyable qui soit. Quand j’ai été sélectionnée dans l’équipe [en 2014], j’ai pleuré pendant trois heures. »

« Ça a été de loin la chose la plus incroyable de toute ma vie. Et c’est là que j’ai compris que, même après toutes ces années difficiles avec mes blessures au genou, rien que pour cet instant précis, ça en avait valu la peine. »

Erica Gavel est détentrice d'un master en sciences du sport.
Erica Gavel est détentrice d'un master en sciences du sport.
Courtesy of Erica Gavel.

Athlète de haut niveau et étudiante en doctorat

L’année 2012 a été l’une des plus difficiles pour Gavel, avec la réapparition de ses blessures au genou et une dépression. 

Pour détourner son attention de la réalité de son handicap, elle s’est réfugiée dans une autre passion : les études.

« Être blessée au genou m’a vraiment ouvert les yeux. J’étais complètement perdue. Je ne m’intéressais à rien d’autre que le basketball. »

« Le semestre de la blessure qui a mis fin à ma carrière fut aussi celui où j’ai commencé à suivre des cours de physiologie. Je suis tombée amoureuse de cette discipline, des études et de l’apprentissage ! »

Pendant les Jeux Parapanaméricains de 2019, elle a terminé son mémoire de master en sciences du sport, au milieu du chaos du processus de qualification pour les Jeux.

Le thème de sa recherche portait sur les effets du menthol sur la performance des athlètes qui pratiquent le sport sous des températures élevées, ce qui pourrait s’avérer utile pour ceux qui se rendront aux Jeux l’année prochaine en plein milieu de l’été.

« Nous avons observé une amélioration des performances chez les hommes et les femmes grâce au menthol. Nous avons supposé que celui-ci a un effet sur le mécanisme interne en changeant la perception de la température », explique-t-elle.

« En fait, il active le système de récompense dans le cerveau et améliore la motricité. Nous avons constaté au cours de notre recherche des effets bénéfiques sur les performances lors d’exercices d’endurance de courtes durées, mais aussi lors d’exercices plus longs et plus intenses. »

Cette recherche a permis à Gavel de se voir décerner le prix Own the Podium du jeune chercheur Gordon Sleivert, Ph. D., décerné à des étudiants sont engagés dans les sciences de la performance, la recherche et l’innovation.

Aujourd’hui, Gavel travaille sur un doctorat en écophysiologie et performances paralympiques à l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario.

« En toute honnêteté, avant ma blessure au genou, je ne m’intéressais pas beaucoup aux études et mes résultats n’étaient pas très bons, alors c’est assez drôle que je sois en doctorat maintenant. Beaucoup de gens dans ma ville natale n’arrivent pas à y croire », dit-elle en riant.

Une équipe soudée pour Tokyo 2020

Tout le monde n’est pas capable de jongler entre un doctorat et un sport aussi exigeant que le basketball en fauteuil roulant. Mais pour Gavel, il s’agit de trouver un équilibre entre discipline et travail acharné.

En tant qu’athlète de haut niveau, elle affirme que pour en arriver là où elle se trouve, il lui a fallu beaucoup s’adapter et faire des choix. 

« Je pense que le [sport de] haut niveau est un style de vie que la majorité des gens ne comprennent pas. Je n’ai pas envie de dire que c’est dur, mais plutôt que les attentes sont toujours très hautes et que chaque décision a une influence sur vos performances. »

« Beaucoup d’entre nous doivent partir loin de leur famille, car au Canada nous devons rejoindre des centres d’entraînement. Nous devons vraiment tout laisser derrière nous, nos amis et la famille aussi, et nous n’avons que peu de vacances et ratons beaucoup de fêtes. »

Avec encore un an pour se préparer pour Tokyo, Gavel et ses coéquipières ont ajusté leur programme d’entraînement aux restrictions en vigueur au Canada, mais elles font aussi en sorte de garder un état d’esprit positif au sein de l’équipe.

« Le bon côté pour nous, c’est que c’est la première fois que nous pouvons interagir autant en dehors du cadre de l’entraînement. Donc pour moi, cet été a vraiment été bénéfique, car nous avons pu apprendre à nous connaître sous un autre angle. »

Pour le moment, elles ne peuvent s’entraîner que de façon individuelle, mais à partir du 1er octobre, l’équipe devrait pouvoir s’entraîner par petits groupes.

« Nous avons prévu de nous retrouver en très petits groupes, mais cela va se passer de façon très progressive parce que le [COVID-19] est très contagieux. »

Bien qu’il reste encore une année à attendre, Gavel est très impatiente de revenir sur la scène paralympique, et cette fois-ci, à Tokyo.

« Je ne suis allée qu’à Rio, mais j’ai vraiment l’impression que les prochains seront les meilleurs Jeux de tous les temps. J’ai vraiment hâte. J’adore le Japon. »

« Ce que j’aime tant à propos des compétitions multisports, c’est que je ne connais rien d’autre qui rassemble autant le monde entier. Tout le monde a le regard tourné vers cette compétition de manière positive. »

La Canadienne Erica Gavel lors d'un match de basketball en fauteuil roulant contre la Colombie aux Jeux para-panaméricains de 2019.
La Canadienne Erica Gavel lors d'un match de basketball en fauteuil roulant contre la Colombie aux Jeux para-panaméricains de 2019.
Miguel Bellido / Lima 2019/ Projet spécial aux Jeux para-panaméricains 2019