Ben Tuimaseve : quand la musique s'accorde avec le lancer du poids

Ben Tuimaseve lors des Championnats d'athlétisme d'Océanie de 2019 à Townsville, en Australie.
Ben Tuimaseve lors des Championnats d'athlétisme d'Océanie de 2019 à Townsville, en Australie.

Après quatre ans seulement de pratique en lancer du poids, Ben Tuimaseve aspire déjà à rejoindre l'équipe Paralympique de Nouvelle-Zélande.

Ben Tuimaseve admet qu'il n'était pas aussi bon que les autres en sport.

Tuimaseve a décidé de commencer à pratiquer le lancer du poids en 2016 parce qu'il voulait essayer quelque chose.

« J'étais à un moment de ma vie où je faisais des choses pour les autres et non pour moi-même », déclare l'athlète Néo-zélandais, atteint de paralysie cérébrale à Tokyo 2020.

« Je ne dis pas que tout cela était une perte de temps car j'ai beaucoup appris mais je ne faisais pas les choses « de mes propres mains », pour moi, alors je suis allé aussi loin que possible de ce que je pouvais, de mon propre chef et j'ai eu cette idée de me mettre au sport », dit-il en riant.

Ce n'est que l'année dernière, lors des Championnats d'Océanie à Townsville, en Australie, qu'il a fait ses débuts internationaux en lancer du poids.

Le fait que le lancer du poids soit étranger à Tuimaseve est l'une des raisons pour lesquelles il aime ce sport, car il a pu apprendre non seulement sur lui-même, mais aussi un nouveau sport. Il le décrit comme « un casse-tête » parce qu'en tant qu'athlète, vous devez trouver comment assembler toutes les pièces et en tenir compte lorsque vous lancez.

Bien que cela paraisse simple, cela n'a pas été facile, surtout se lancer dans un nouveau sport.

« Au début, j'essayais juste de jouer avec les pièces du puzzle, mais maintenant je pense que je commence à les comprendre et à essayer de les assembler où il faut, et pas seulement n'importe où et n'importe quand. »

Le report de Tokyo 2020 lui a permis de prolonger sa période d'entraînement, ce qui lui a été utile après le revers qu'il a subi en début d'année à cause d'une blessure. Pour l'instant, il cherche à concourir et à se qualifier pour les Jeux Paralympiques d'ici mars 2021.

« Nous nous sommes entraînés dur la majeure partie de l'année et l'idée de faire partie de l'équipe paralympique est très excitante », dit-il.

Ben Tuimaseve aux Championnats d'athlétisme de Nouvelle-Zélande.
Ben Tuimaseve aux Championnats d'athlétisme de Nouvelle-Zélande.
Avec l'accord de Ben Tuimaseve

Lancer en musique

Quand on pense au lancer du poids, il y a une chose à laquelle on ne s'attend pas, c'est le lien entre la musique et cette discipline.

Comme l'explique Tuimaseve, il existe un lien étroit entre les sensations, le rythme et le tempo, communs à la musique et au lancer du poids. Cependant, il y a des moments où les deux vont sur des trajectoires complètement différentes et cette compatibilité entre le lancer et la musique peut parfois être difficile.

« J'essaie de construire une base décente pour le lancer et ensuite j'essaie d'ajouter un peu de musique en cours de route. La plus grande différence est que si vous vous écartez du rythme en musique, vous pouvez vous réajuster, mais en lancer du poids, ça n'existe pas », dit-il.

« Je dois faire attention à la façon dont je l'applique au sport, car le lancer du poids implique de mettre mon corps dans des positions qui me sont étrangères et pas du tout musicales », dit Tuimaseve en plaisantant.

Lorsqu'on lui demande ce qui serait sur sa playlist pour les Jeux Paralympiques, il mentionne des chansons comme Family Business de Kanye West, qui lui rappelle sa famille, I'm In The Mood de CeCe Peniston, sa chanson préférée pour le mettre de bonne humeur, ou encore International Players Anthem (I Choose You) de UGK avec Outkast.

Le Néo-Zélandais Ben Tuimaseve.
Le Néo-Zélandais Ben Tuimaseve.
Avec l'accord de Ben Tuimaseve

L'importance de la famile

Tuimaseve est originaire du sud d'Auckland, et il a reçu une éducation axée autour de la famille. Dans son enfance, les événements familiaux étaient nombreux.

Si l'athlète handisport se souvient d'avoir été le seul de sa famille à souffrir d'un handicap, ce qui, il l'admet, était difficile puisqu'il était seul dans ce cas, c'est quelque chose qui lui a donné des perspectives différentes.

« En fin de compte, j'en suis reconnaissant », dit-il.

Lorsque Tuimaseve est entré dans le monde du handisport, il a découvert que c'était quelque chose qui coûtait cher, surtout s'il voulait avoir la possibilité de monter sur le podium. L'athlète a dû sacrifier son emploi et ses loisirs, entre autres, pour poursuivre son rêve.

Mais sa famille, qui l'a pleinement soutenu dans son projet sportif, est toujours restée à ses côtés. Une véritable bénédiction pour Tuimaseve.

« Pour ma famille, le fait de pouvoir dire "allez, fait le, nous te soutenons", est une bénédiction. J'ai compris le sens de la phrase "Nous te soutenons ". Il faut aller de l'avant sans crainte et regarder devant soi pour qu'ils puissent être derrière vous et ils le sont », explique-t-il.

L'athlète handisport confie également que beaucoup d'autres personnes l'ont également soutenu depuis ses débuts dans ce sport.

« Je trouve le calme intérieur car ils me voient travailler et m’entraîner dur. »

« Merci à tous, je vous suis très reconnaissant et j'apprécie tout cela ! Je suis le plus pauvre mais aussi le plus riche que je n'ai jamais été, et cela signifie vraiment quelque chose. »

Avec l'accord de Ben Tuimaseve

Croquer la vie à pleine dent

Pour Tuimaseve, il y a deux adages très importants :

Être différent est un défi, mais aussi une bénédiction.

On ne sait jamais quand notre heure arrivera.

Avec son caractère et sa détermination à donner le meilleur de lui-même et une personnalité libérée, Tuimaseve a tout d'un modèle pour les prochaines générations d'athlètes. Cependant, il ne se voit pas comme tel, il est simplement ce qu'il est.

Mais il est important pour lui d'être un habitant des îles du Pacifique et d'avoir la possibilité de représenter sa communauté par le biais du sport.

« Pour avoir une chance d'être le meilleur, il faut faire des choix sains, et j'espère pouvoir encourager quelqu'un à faire de même. »

« Je ne suis pas un saint et j'apprends encore, mais j'ai fait beaucoup de choix qui peuvent être adaptés du sport à la vie de tous les jours. Et pour les jeunes des îles du Pacifique, handicapés ou non, j'espère pouvoir montrer cette conviction qu'ils ont en eux. »

« Je n'essaie pas d'inspirer, juste de travailler dur, d'être honnête et responsable tout en essayant de rester moi-même. Si je vous inspire, faites-le-moi savoir pour que je puisse ajouter inspirant sur mon CV », dit-il en riant.

Alors, quelle sera la prochaine étape pour l'athlète Néo-Zélandais ? Tokyo 2020 est définitivement dans sa ligne de mire et s'il monte sur le podium aux Jeux Paralympiques l'été prochain, ce serait un exploit incroyable.

« Ce serait le mieux, c'est le but ultime parce que c'est le sommet du sport », dit-il. « Ce serait quelque chose qui vous appartient, que vous pouvez voir et tenir comme une représentation de tout votre travail, de vos sacrifices et de tout ce parcours et l'expérience qui va avec », conclut-il avec conviction.

Et s'il atteint le podium, soyez sur de le voir faire quelques pas de danse.