Vincent de Haître : Tokyo - Pékin en 180 jours

Le Canadien Vincent de Haitre lors du contre-la-montre sur 1km aux Championnats du Monde sur piste 2020 de l'UCI de Berlin.
Le Canadien Vincent de Haitre lors du contre-la-montre sur 1km aux Championnats du Monde sur piste 2020 de l'UCI de Berlin.

Tokyo 2020 a rencontré Vincent de Haître, qui a récemment été sélectionné pour faire partie de l’équipe olympique de cyclisme sur piste du Canada. Cet accomplissement va lui permettre de ne pas perdre de vue un objectif que certains qualifieraient d’impossible : participer deux fois aux Jeux Olympiques en l’espace de 180 jours.

180 jours.

Et non pas la traditionnelle olympiade de 1 447 jours qui auraient dû séparer Tokyo 2020 avant son report, et le début des Jeux Olympiques d’été de Paris 2024.

Pas même les 544 jours prévus entre les dates initiales de Tokyo 2020 et les Jeux Olympiques d’hiver de Pékin 2022.

Non, Vincent de Haître n’aura que 180 jours entre sa participation à l’épreuve de cyclisme l’année prochaine, et l’épreuve de patinage de vitesse l’année suivante aux Jeux d’hiver.

Si quelqu’un a effectivement été affecté par le report, c’est bien Vincent de Haître.

Je vous le dis tout de suite, je compte bien y aller.

Je n’abandonnerai pas maintenant.

Une sélection confirmée

Le 29 juillet 2020, le Canada a annoncé la composition de l’équipe de cyclisme qui représentera le pays aux Jeux Olympiques l’année prochaine. Parmi les noms cités figure celui de Vincent de Haître, un athlète de 26 ans né à Ottawa, qui prendra part à l’épreuve de poursuite par équipes de cyclisme sur piste.

Mais il ne s’agira pas de sa première participation aux Jeux Olympiques, ni même de son premier sport.

De Haître a participé à l’épreuve de patinage de vitesse à deux éditions des Jeux Olympiques d’hiver, à Sotchi 2014 (où il a terminé dans le top 20), et à PyeongChang 2018 (où une blessure est venue perturber sa participation). Il est aussi bien décidé à participer aux Jeux Olympiques d’hiver de Pékin 2022.

Alors, quand la nouvelle du report lui a été annoncée par son entraîneur, un décalage qui allait directement impacter sa préparation après Tokyo 2020, sa réponse a été quelque peu surprenante.

« Je vous le dis tout de suite, je compte bien y aller. Je n’abandonnerai pas maintenant. Pas après deux ans et demi. Je ne vais pas abandonner maintenant. »

Faire face à une nouvelle réalité

Pour que la transition soit parfaite entre le cyclisme à Tokyo 2020, et le patinage de vitesse à Pékin à peine six mois plus tard, de Haître va devoir complètement changer d’objectif, de méthode d’entraînement et d’état d’esprit.

Et il va devoir le faire rapidement.

« Après les Jeux de Tokyo, j’espère avoir une ou deux semaines de repos », explique-t-il.

« Et ensuite, je vais devoir reprendre assez vite, car entre la cérémonie de clôture et la cérémonie d’ouverture, il n’y aura que 180 jours. »

Mais s’il existe un athlète capable de suivre un plan aussi drastique, c’est bien Vincent de Haître.

Même lorsqu’il a dû choisir dans quelle discipline de cyclisme concourir, il pensait déjà à comment faciliter son retour au patinage de vitesse.

« J’ai dû choisir entre un programme d’entraînement en sprint, où il faut être en dessous de la barre des 30 secondes, et un programme d’entraînement en endurance, où il faut être autour des quatre minutes. J’ai eu de bons résultats aux tests dans les deux », explique le double athlète olympique.

« J’avais deux directions possibles, mais j’ai fini par choisir l’endurance, parce que je me suis dit que si je voulais revenir au patinage, ça aurait été plus difficile depuis le sprint. »

C’est ainsi qu’il a pris la décision de se concentrer sur la poursuite par équipes, une épreuve qui a au moins un point commun évident avec le patinage.

« Sur la glace, ma vitesse maximale est de 60 km/h. À vélo, en effet, je vais plus vite, mais on ne peut pas maintenir cette vitesse très longtemps. Donc en course, la vitesse moyenne est à peu de chose près la même. »

Comme je me suis dit que je pouvais le faire,

eh bien maintenant, si je ne le fais pas, je me serais menti à moi-même.

Se faire battre par tout le monde

On pourrait penser qu’un talent naturel est à l’origine d’une telle ascension au sommet, et dans deux disciplines qui plus est.

Mais ce ne fut pas le cas pour de Haître, du moins, si l’on s’en fie à son expérience.

« Tout le monde me battait », dit-il en évoquant ses trois premières années de patinage de vitesse. « Je me faisais battre par les garçons et par les filles, et je n’avais rien de spécial. »

De fait, on peut se demander ce qui le différencie des athlètes, qui eux, ne peuvent que rêver d’atteindre les mêmes sommets que lui.

Tout d’abord, c’est une détermination en acier qui le pousse à accomplir les objectifs qu’il s’est fixés. C’est aussi ce qui lui permet d’entreprendre ce que d’autres pensent impossible.

« Je crois qu’un jour, j’ai dû me dire que je pouvais le faire », dit-il tout naturellement. « Et comme je me suis dit ça, et bien maintenant, si je ne le fais pas, je me serais menti à moi-même. »

Le Canadien Vincent De Haitre lors de la course de 1000m des Championnats du Monde de vitesse ISU  de patinage de vitesse en 2015 à Heerenveen, aux Pays-Bas.
Le Canadien Vincent De Haitre lors de la course de 1000m des Championnats du Monde de vitesse ISU de patinage de vitesse en 2015 à Heerenveen, aux Pays-Bas.
(Photo by Dean Mouhtaropoulos/Getty Images)

Première étape : Tokyo

Bien sûr, l’aventure olympique de 180 jours de Vincent de Haître doit bien commencer quelque part. Et quel meilleur endroit pour cela que le plus grand évènement sportif du monde : Tokyo 2020.

Mais si n’importe quel athlète rêverait d’une médaille, et même s’il reste optimiste, de Haître est réaliste quant aux chances du Canada.

« Si l’on regarde nos résultats en coupes du monde, je dirais que ce n’est pas impossible, voire même réaliste. »

Au-delà des Jeux

Que va faire un athlète comme Vincent de Haître, une fois qu’il ne participera plus aux Jeux Olympiques ? La réponse n’est pas vraiment une surprise pour quelqu’un qui aime autant la vitesse.

« Je pense que j’aimerais faire de la course automobile, et je ne plaisante qu’à moitié. Si l’on me dit que je peux conduire une voiture à toute vitesse, bien sûr que je vais le faire. »

On pourrait presque penser que cela a toujours fait partie de son plan, car s’il y a bien une chose à retenir d’une interview avec Vincent de Haître, c’est que ce qui paraît impossible pour beaucoup, est tout à fait dans le domaine du raisonnable pour lui.

Il y aura d’abord Tokyo, puis 180 jours pendant lesquels il tentera de réaliser ce qui n’a jamais été fait auparavant.

Et s’il réussit à accomplir cet exploit de tous les records, qui pourrait le décourager de rêver de quoi que ce soit, même s’il s’agit de rêves parmi les plus fous ?