Une brève histoire du fair-play aux Jeux Olympiques 

Rio de Janeiro - 16 août 2016 : L’Américaine Abbey D'Agostino (à droite) est aidée par la Néo-zélandaise Nikki Hamblin après une collision pendant les séries du 5 000 m féminin des Jeux de Rio 2016.
Rio de Janeiro - 16 août 2016 : L’Américaine Abbey D'Agostino (à droite) est aidée par la Néo-zélandaise Nikki Hamblin après une collision pendant les séries du 5 000 m féminin des Jeux de Rio 2016.

En ces temps difficiles, la solidarité est devenue un élément essentiel de la lutte mondiale contre le COVID-19, et les athlètes se joignent au combat contre la pandémie, eux aussi.

En réalité, cette solidarité s'inscrit parfaitement dans l'esprit olympique, tel que défini par Pierre de Coubertin il y a plus d'un siècle. Le baron lui-même a dit un jour « Pour chaque individu, le sport est une source possible de développement personnel ».

Cette liste non exhaustive de moments de solidarité issus de différents Jeux Olympiques montre à quel point Pierre de Coubertin avait vu juste.

Fair-play

À Los Angeles en 1932, Judy Guinness visait la médaille d'or en escrime. En tête de la finale contre l'Autrichienne Ellen Preis, elle a été l'auteure d'un geste de fair-play remarquable. Guinness a indiqué aux juges qu'ils avaient oublié de donner deux points à Preis pour des touches réussies. Ce faisant, elle a perdu la finale, et Preis a remporté la médaille d'or.

Un geste de fair-play similaire, mais peut-être encore plus symbolique, a été observé quatre ans plus tard aux Jeux Olympiques de Berlin. Lors de la finale du saut en longueur, le légendaire athlète américain Jesse Owens avait mordu ses deux premiers essais. L'Allemand Luz Long, qui se battait pour l'or, a conseillé à Owens de changer sa course d'élan pour avoir plus de marge d'erreur. Cet ajustement a permis à Owens de se qualifier et de remporter finalement la médaille d'or. Dans une histoire qui défiait la terrible politique de l'époque, les deux hommes restèrent amis jusqu'à la mort de Long, lors de la Seconde Guerre mondiale.

1936 : Jesse Owens participe à l’épreuve de saut en longueur lors d’une rencontre d’athlétisme entre les États-Unis et la Grande-Bretagne à White City à Londres.
1936 : Jesse Owens participe à l’épreuve de saut en longueur lors d’une rencontre d’athlétisme entre les États-Unis et la Grande-Bretagne à White City à Londres.

À Los Angeles en 1984, le Japonais Yasuhiro Yamashita était le favori pour remporter l'or en judo chez les +95 kg. Cependant, lors de son deuxième match, l'athlète s'est déchiré un muscle du mollet droit. Malgré la douleur, l'athlète japonais a réussi à atteindre la finale où il a affronté l'Égyptien Mohamed Ali Rashwan. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le champion japonais a remporté la finale, mais ce n'est que plus tard que l'histoire du combat final a été révélée. Rashwan a en effet expliqué qu'il avait délibérément refusé d'attaquer la jambe blessée de son adversaire, car cela aurait été contraire à ses principes. Chapeau !

Un Yamashita blessé remporte la médaille d'or
00:29

Partager la gloire

Lors des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin, une situation inhabituelle s'est produite dans l'épreuve du saut à la perche. Les athlètes japonais Sueo Oe et Shuhei Nishida ont tous deux sauté à la même hauteur, soit 4,25 m, pour terminer ex-aequo à la deuxième place derrière Earle Meadows. Finalement, Nishida a reçu la médaille d'argent au nombre d'essais tandis que Oe remportait le bronze. Mais l'histoire ne s'est pas arrêtée là. Les deux athlètes, qui étaient de grands amis, ont fait couper les médailles en deux pour créer une paire de médailles mixtes uniques, connues plus tard sous le nom de « Médailles de l'amitié éternelle ».

Oe et Nishida: L'histoire derrière la 'Médaille de l'Amitié'
00:36

D'une autre manière, Shawn Crawford a également partagé sa médaille d'argent de Pékin 2008. Le sprinteur américain a terminé quatrième dans la finale du 200 m mais Churandy Martina (qui avait terminé deuxième) a été disqualifié pour avoir mordu sur la ligne de son couloir. En conséquence, et en raison du fait que l'athlète classé troisième avait également été disqualifié, Crawford a reçu la médaille d'argent. Mais, dans une pure démonstration de fair-play, l'Américain a envoyé la médaille à Martina quelques semaines plus tard, avec une note disant « Je sais que cela ne remplacera pas le moment présent, mais je veux que tu l'aies, parce que je crois qu'elle te revient de droit ! »

Ne jamais baisser les bras

Cette scène est l'un des moments emblématiques des Jeux Olympiques de Barcelone de 1992. Lors de la finale du 400 m, Derek Redmond s'est blessé à l'ischio-jambier à la moitié de la course, l'obligeant à s'arrêter sur la piste, en larmes. Voyant son fils en détresse, le père de Redmond (qui était assis dans les tribunes) est venu à son secours, l'accompagnant jusqu'à la ligne d'arrivée. C'est resté comme l'une des images les plus poignantes de l'histoire olympique.

La course inspirante de Derek Redmond | Barcelone 1992
06:51

Le Tanzanien John Stephen Akhwari a vécu une histoire similaire lorsqu'il a couru le marathon olympique de 1968. Tombé pendant la course, il s'est gravement blessé au genou. Refusant d'abandonner son objectif, il a fini par terminer la course environ 20 minutes après les autres coureurs, au bout de la souffrance. Lorsque les journalistes lui ont demandé pourquoi il n'avait pas simplement abandonné, sa réponse a été l'une des plus inspirantes de l'histoire olympique : « Mon pays ne m'a pas fait parcourir 5 000 miles pour commencer la course, il m'a fait parcourir 5 000 miles pour la terminer ».

Un Akhwari blessé réalise un superbe marathon
00:48

S'entraider

Parfois, de petits détails peuvent ruiner l'expérience Olympique d'un athlète. Ce fut le cas de la nageuse suédoise Therese Alshammar qui se préparait à participer à l'épreuve du 50m nage libre à Beijing en 2008. Par malchance, son maillot se déchire avant le début de la course et malgré l'aide de Dara Torres (qui était favorite pour l'or), elle ne parvient pas à le réparer. Mais Dara Torres n'abandonne pas la Suédoise. Elle est elle-même allée demander aux officiels de reporter le départ de la course pour donner une chance à Alshammar de se changer. Les officiels ont dûment accepté la demande et la Suédoise a pu nager sa demi-finale.

Lors de la course du 5000 m de Rio 2016, un événement malheureux mais relativement courant s'est produit : La Néo-Zélandaise Nikki Hamblin est entrée en collision avec l'Américaine Abbey D'Agostino, faisant chuter lourdement celle-ci. Ce qui est moins fréquent, c'est ce qui s'est passé ensuite. Hamblin s'est arrêtée et a aidé D'Agostino à se relever, avant de courir clopin-clopant à ses côtés jusqu'à la ligne d'arrivée. D'Agostino a réussi à terminer la course malgré une déchirure du ligament croisé antérieur et du ménisque.

L'effort supplémentaire - quand l'esprit sportif reigne à Rio
02:59

A Beijing en 2008, dans la classe de voile 49er, l'équipe danoise (Jonas Warrer et Martin Kirketerp) doit certainement sa médaille d'or à l'équipe croate, Pavle Kostov et Petar Cupac. Quinze minutes avant la dernière course, le mât du bateau danois s'est cassé. Les Croates, qui étaient déjà hors compétition, ont rapidement préparé leur bateau pour le prêter aux Danois, qui ont pris le départ de la course avec quatre minutes de retard. L'équipe danoise a finalement terminé septième, ce qui a suffi pour s'assurer une médaille d'or au classement général.

L'histoire du marin canadien Lawrence Lemieux, à Séoul en 1988, est encore plus frappante. Lors de la cinquième de ses sept courses dans la classe Finn, il était en deuxième position. Mais voyant que les marins singapouriens Joseph Chan et Shaw Her Siew étaient tombés à l'eau et étaient en réel danger, il a changé de direction, tirant Chan sur son bateau avant de sauver Siew. Lemieux a tout de même terminé la course, mais loin derrière tous les leaders, se classant finalement 11e au général.