Van Bellinghen, finesse technique plutôt que force pure

L'haltérophile belge Anna Van Bellinghen lors des Championnats du monde d'haltérophilie 2017 à Anaheim aux États-Unis.
L'haltérophile belge Anna Van Bellinghen lors des Championnats du monde d'haltérophilie 2017 à Anaheim aux États-Unis.

Les espoirs de l’haltérophilie belge reposent sur Anna Van Bellinghen, et le report des Jeux Olympiques sonne comme une bonne nouvelle. Pour Tokyo 2020.org, elle explique comment ces Jeux pourraient lui être bénéfiques, comment elle doit faire attention aux voisins pour poursuivre son entraînement pendant le confinement ainsi que son goût pour la finesse des mouvements.

Au troisième étage d’un immeuble de Bruxelles, la capitale belge, la pratique de l’haltérophilie en période de confinement est délicate. « Il faut faire attention aux voisins du dessous car si je laisse tomber les poids, ils risquent d’être un peu sonnés ! » plaisante Anna Van Bellinghen, 26 ans, lors d’une interview avec Tokyo 2020.

Mais la chef de file de l’haltérophilie belge est très sérieuse lorsqu’il s’agit de son sport. Surtout quand on parle d’une éventuelle participation olympique. Avec leur report à l’été 2021 en raison de la pandémie de COVID-19, les Jeux de Tokyo 2020 sont à nouveau dans le viseur de la championne d’Europe 2019 de l’arraché en -81 kg.

« Le report tombe plutôt bien, car je n’aurais pas été capable de m’entraîner dur et reprendrela compétition à temps. »

Ressentant des douleurs persistantes dans le bas du dos, au niveau du sacro iliaque, Anna Van Bellinghen a repris l’entraînement. Certains athlètes de haut niveau belges dont elle fait partie ont accès à une salle de sport, « seule, avec prise de température systématique et désinfection des équipements » explique-t-elle, mais elle s’entraîne également chez elle. En prenant soin de retenir la barre lors de son retour au sol afin de ne pas surprendre ses voisins.

De nouvelles catégories idoines

Depuis que la période de qualification olympique a débuté en novembre 2018, Anna Van Bellinghen dispute toutes ses compétitions en pensant à Tokyo. Si elle parvient à se qualifier, elle serait seulement la deuxième haltérophile belge à disputer les Jeux Olympiques après Ingeborg Marx, qui avait terminé 11e (-58 kg) des JO de Sydney 2000, première édition ouverte aux athlètes féminines.

Jusqu’à Rio 2016, la catégorie de poids féminine la plus élevée était +75 kg. Toute athlète pesant plus de 75 kg était donc admise et la grande majorité des femmes de cette catégories présentait un poids supérieur à 100 kg. Pas idéal pour Van Bellinghen, dont le poids de forme se situe entre 83 et 85 kg.

Mais à Tokyo 2020, le système a évolué et les catégories de 76 kg et 87 kg ont notamment été ajoutées. Un changement bénéfique pour Anna Van Bellinghen, qui espère décrocher son billet dans la catégorie des 87 kg. Ce serait un aboutissement.

« Faire des TOP 10 ou des médailles mondiales, c’est super, mais les JO valident tout cela. Ils valident toute une carrière. »

Les Jeux Olympiques sont un aboutissement dans la carrière d’une athlète.

De l’athlétisme à l’haltérophilie

Une carrière d’haltérophile qui a débuté de manière inattendue. À l’âge de 16 ans, Anna Van Bellinghen pratiquait l’athlétisme au niveau national, avec les lancers du disque et du poids comme spécialités. Mais la rencontre de son entraîneur d’athlétisme avec un homologue haltérophile a tout changé.

Son coach d’athlé décide de présenter quelques uns de ses élèves à l’haltérophile, dont Anna. Les essais se multiplient rapidement et l’athlétisme se place progressivement au second plan. Elle parvient ensuite à se qualifier pour les Championnats d’Europe cadet, en seulement six mois de pratique.

« Lors de ces championnats, je me suis rendue compte que c’était cela que je voulais faire. » confie-t-elle. « L’ambiance de la compétition était très forte et j’ai beaucoup aimé les particularités de ce sport ».

« Ce sont des mouvements très satisfaisants. On arrive à déplacer une lourde charge vers le haut avec de la vitesse, de l’aisance, c’est très agréable. Ces mouvements m’ont beaucoup plu. »

La technique plus que la force

Des mouvements dont on pense qu'ils ne font appel qu'à la force pure, c'est une erreur. Même si certaines femmes arrivent à lever des barres de 130 kg à l’arraché et 170 kg à l’épaulé-jeté, la force ne vient qu'au second plan. Il faut avant tout disposer d’une excellente technique pour maîtriser ses mouvements.

« On ne dirait pas, mais ces mouvements sont très subtils. Les meilleurs haltérophiles sont les plus fins techniciens ».

C’est ce qui plaît à Anna Van Bellinghen. La précision des mouvements plus que la force, le timing et la coordination plus que la puissance.

« Le rythme est très important, notamment à l’arraché, le mouvement le plus technique. Si l’on utilise le haut du corps trop tôt par exemple, et que le mouvement d’extension des jambes n’est pas achevé, la barre ne montera pas et tombera devant l’athlète. Cela peut être deux centimètres voire un seul centimètre mais ils détermineront la performance, même si on la largement la force nécéssaire pour y parvenir»

Anna Van Bellinghen lors des Championnats d'Europe d'haltérophilie 2016, à Førde en Norvège.
Anna Van Bellinghen lors des Championnats d'Europe d'haltérophilie 2016, à Førde en Norvège.
Photo de All Things Gym

Un record à Tokyo ?

Une précision au centimètre qui requiert tout un savoir-faire que la jeune belge a décidé de transmettre, en parallèle de sa carrière d’haltérophile professionnelle. En 2017, Anna Van Bellinghen a fondé son propre club et entraîne aujourd’hui une quinzaine d’athlètes. Une activité dont elle est tombée amoureuse.

« J’aime beaucoup entraîner » explique-t-elle. « Quand je vois les progrès réalisés par les athlètes que j’entraîne, quand je vois leur record personnel tomber, c’est comme si c’était moi. Je ressens la même force ».

Pour sa part, ses records personnels sont aujourd’hui de 110 kg à l’arraché et à 132 kg à l’épaulé-jeté. Des performances qui pourraient suffire pour obtenir une qualification olympique, même si elle aimerait un jour atteindre la barre des 140 kg à l’épaulé-jeté. « Mais avec le report des Jeux à l’année prochaine, peut-être que je pourrais y parvenir à Tokyo. Qui sait ? »