Toniutti : oublier Rio, profiter de Tokyo et rêver de Paris

Cracovie, POLOGNE - 7 septembre 2014 : Le Français Benjamin Toniutti lors d’un match contre la Belgique des Championnats du monde de volleyball 2014.
Cracovie, POLOGNE - 7 septembre 2014 : Le Français Benjamin Toniutti lors d’un match contre la Belgique des Championnats du monde de volleyball 2014.

Benjamin Toniutti, passeur de l'équipe de France de volley, compte bien remettre les pendules à l'heure à Tokyo après des Jeux ratés à Rio. Dans un entretien avec Olympic.org, le capitaine des Bleus est revenu sur la qualification héroïque, le confinement et les espoirs japonais. 

Benjamin Toniutti, 300 sélections en équipe de France, deux ligues mondiales (2015, 2017), un championnat d’Europe (2015), trois championnats de Pologne (2016, 2017, 2019), un championnat d’Allemagne (2015). Les bases sont posées.

Le passeur et capitaine de l’équipe de France de volley, du haut de ses 30 ans, a presque tout gagné tant en club qu’en équipe nationale. Presque. Parce que la fameuse Team Yavbou, qui faisait peur à tout le monde lorsqu’elle a remporté la Ligue mondiale, a raté son rendez-vous olympique à Rio en 2016.

Moment fort et frustration

Et même si l’expérience olympique a laissé un souvenir impérissable au Mulhousien qui admet que « le moment a été fort, que ce soit la cérémonie d'ouverture, notre premier match. Le village en particulier était quelque chose d'extraordinaire, croiser autant de monde au même endroit, ces énormes réfectoires, ce brassage international... » au micro d’Olympic.org, très vite il se souvient de la frustration sportive.

« Nous avons été forcément très déçus de notre résultat, nous voulions mieux faire. Nous n'avons pas atteint les quarts de finale en perdant un match couperet face au Brésil qui est ensuite devenu champion olympique. Le fait de nous retrouver dans le rythme olympique était quelque chose d'assez particulier pour nous volleyeurs, jouer tous les deux jours, être entourés d'autant de monde, ne pas bénéficier des plages de récupération avec salles vidéo… ».

Exploit retentissant

D’autant plus décevant qu’en 2016, les Bleus sortaient d’une période faste, Champions d’Europe en titre et vainqueurs de la Ligue mondiale en 2015, en développant un jeu spectaculaire dont Toniutti était le chef d’orchestre. « Disputer ses premiers Jeux est quelque chose de difficile car même si nous étions très concentrés, il est vrai que ce qui n'a pas marché, c'est que nous n'avions pas réussi à nous "mettre dedans" comme nous l'aurions dû », analyse-t-il à posteriori.

Mais l’ancien de l’Arago de Sète n’est pas du genre à regarder derrière et pense déjà à l’an prochain. Même si le report change un peu la donne. Car la bande de Laurent Tillie avait réussi en janvier un exploit retentissant en remportant le Tournoi de qualification olympique en Allemagne, retrouvant un allant qu’on ne lui avait plus connu depuis belle lurette.

Roulez jeunesse

Et ce malgré l’absence de trois habitués du groupe France : Thibault Rossard, Trévor Clévenot, Stephen Boyer. « On est arrivés un peu dans l'inconnu, beaucoup de blessures, des joueurs absents, en fait, tous les problèmes qui peuvent arriver à une équipe de sport collectif nous sont tombés dessus au même moment, sur un même tournoi, et il s'agissait du tournoi le plus important », se remémore le joueur de Kedzierzyn-Kolze en Pologne.

Mais comme souvent avec la France, c’est au moment où on l’attend le moins qu’elle sort du chapeau. « Nous avons retourné la situation en demi-finale où nous étions menés 2 sets à 0 par la Slovénie avant de revenir et de nous imposer 3-2, puis il y a eu cette finale contre le pays hôte, l'Allemagne. Ils attendaient ce match depuis longtemps et nous étions un peu les outsiders. Nous les avons battus 3-0 », détaille Toniutti.

Au passage, la jeunesse s’est fait une place dans ce groupe de stars qui se connaissent depuis bien longtemps. Les Yacine Louati, Jean Patri, Antoine Brizard ou Barthélémy Chinenyeze ont montré qu’ils étaient bien plus que de simples doublures.

Ngapeth touché par le COVID-19

C’est donc dans une dynamique incroyable que l’équipe de Toniutti abordait 2020, se frottant les mains d’avance des joutes tokyoites. Mais voilà, le COVID-19 est passé par-là. « Nous connaissions notre poule du premier tour, tout était planifié pour la préparation... Et puis tout s'est arrêté. »

Et « l’expérience » du virus a d’autant plus touché l’équipe de France qu’Earvin Ngapeth, la grande star du volley mondial, a lui-même été malade. « Nous avons pris au quotidien des nouvelles d’Earvin. Nous lui avons posé beaucoup de questions sur la façon dont ça se passait, comment étaient les symptômes, il nous a tout expliqué. »

Pillule difficile

Dur moment donc pour Toniutti, rentré à Sète en France en famille le temps du confinement. Mais la pilule est devenue encore plus amère lorsque les Jeux ont été reportés. « Le report, ça a été un peu dur à avaler. On était sur une bonne dynamique, dans l'état d'esprit d'aller défendre nos chances cet été, j'avais tout réservé pour ma famille. Et tout est tombé à l'eau. Nous étions préparés mentalement à attaquer ces Jeux. Mais compte tenu des conditions sanitaires, c'était clairement la meilleure décision à prendre. »

Mais, vous dit-on, « Totti » est plutôt du genre à voir le verre à moitié plein. Dès lors, les arguments positifs affluent. « Il y a quatre ans [nous nous étions qualifiés] à la dernière minute après avoir joué je ne sais combien de matchs. Cette fois, on avait six mois pour bien digérer, afin de se mettre en condition mentalement et physiquement. Maintenant, nous avons même un an et demi et cela devrait entrer encore plus dans nos têtes afin que nous soyons encore plus prêts », pense-t-il.

« Dans ce genre de situation, il faut prendre tout ce qu'il y a de positif et avancer. La situation est totalement inédite, on ne la verra je l'espère plus jamais. Il faut prendre ce positif pour se remettre en selle. Nous serons les seuls athlètes à avoir préparé les Jeux durant cinq ans », ajoute-t-il.

Reste que la montagne à gravir à Tokyo sera énorme. Peut-être encore plus effrayante qu’à Rio. « Nous allons évoluer dans une poule de six très compliquée avec l'Argentine, le Brésil, les Etats-Unis, la Russie et la Tunisie. Nous avons un peu le temps d'y réfléchir. Mais ce sera important d'y arriver tous en grande forme, bien préparés, avec déjà des certitudes. »

Benjamin Toniutti from France serves the ball while the FIVB World League volleyball match between Serbia and France at Tauron Arena on July 15, 2016 in Krakow, Poland.
Benjamin Toniutti from France serves the ball while the FIVB World League volleyball match between Serbia and France at Tauron Arena on July 15, 2016 in Krakow, Poland.
(Photo by Adam Nurkiewicz/Getty Images for FIVB)

Les Jeux à la maison

La clef, selon le passeur d’1,83m, résidera dans le premier match. Car le souvenir de la déculottée d’entrée face à la squadra azzurra (3-0) à Rio est encore vivace. « Ca nous a fait du mal, nous avons été pris à la gorge tout de suite. Cette défaite initiale, nous l'avons traînée comme un boulet durant toute la compétition. »

La leçon est retenue mais, petit problème, le premier adversaire des Bleus à Tokyo n’a rien à envier aux Italiens : troisièmes à la dernière Coupe du Monde (2019), troisièmes au dernier Championnat du Monde (2018), les USA sont dans le gotha mondial depuis longtemps. « C'est du très lourd, du très costaud, ils avaient fini troisièmes à Rio. C'est une équipe toujours très bien placée et qui sait se préparer pour ses compétitions », estime Toniutti.

Faire un résultat à Tokyo est donc dans un coin de la tête de « Benji », mais il ne peut cacher que la perspective de Paris 2024 n’est également pas très loin. « Si un sportif dit qu'il n'aimerait pas participer aux Jeux de son pays, c'est qu'il n'a pas assez de mentalité pour le haut niveau ! Forcément, cela fait rêver tout le monde… ». Quitte à rêver, autant y aller en grand : pourquoi ne pas défendre un titre olympique à la maison ?

USA vs RUS, Petite Finale du Volley masculin | Replay de Rio 2016
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