Thomas Voeckler : « La France a une carte à jouer »

Le manager de l'équipe de France de cyclisme sur route Thomas Voeckler (casque blanc) en compagnie des coureurs français lors d'un entraînement avant les Championnats du monde 2019, dans le Yorkshire en Angleterre.
Le manager de l'équipe de France de cyclisme sur route Thomas Voeckler (casque blanc) en compagnie des coureurs français lors d'un entraînement avant les Championnats du monde 2019, dans le Yorkshire en Angleterre.

Le manager de l’équipe de France de cyclisme sur route fait un point sur les chances françaises en course en ligne masculine, qui se déroulera autour du Mont Fuji. 

La France peut-elle rêver à une première médaille olympique française en cyclisme sur route masculin depuis 1956 ? Les chances sont bien réelles. Le parcours relevé de la course en ligne de Tokyo 2020, long de 234 km avec 4 865 m de dénivelé positif, fait au moins penser à Thomas Voeckler, manager de l’équipe de France masculine, qu'elle pourrait « faire partie des nations qui ont une carte à jouer ».

Dans une interview accordée à Tokyo 2020, l’ancien porteur du maillot jaune sur le Tour de France et 20ème à Athènes 2004 revient sur les chances françaises, sa sélection de cinq coureurs, le trio de haute voltige Alaphilippe/Bardet/Pinot, et la saison 2020 condensée sur quatre mois.

La saison 2020 de cyclisme sera condensée d’août à novembre, cela aura-t-il un impact sur les coureurs en vue des JO ?

Ce sera une saison très spéciale, mais ce calendrier ne change rien concernant Tokyo. Même si elle se terminera à la mi-novembre après le Tour d’Espagne, il y aura une coupure hivernale digne de ce nom, donc les coureurs pourront récupérer.

Le problème, ce sera l’année prochaine. Les JO sont précédés du Tour de France. Et avec le parcours de Tokyo 2020, la majorité des participants à la course olympique sortiront du Tour.

Avant le report des Jeux, le départ de l’épreuve olympique aurait eu lieu six jours après l’arrivée du Tour. D’un point de vue psychologique, ça aurait pu être compliqué et d’un point de vue physique, avec un long voyage et le décalage horaire, il n’y aurait pas eu beaucoup de récupération.

Aujourd’hui, si le calendrier des épreuves olympiques en 2021 reste le même que le calendrier initial, à savoir une course en ligne masculine le lendemain de la cérémonie d’ouverture, elle aura lieu avant la fin du Tour. Il y a donc une équation qu’il faudra résoudre.

Que pensez-vous du parcours des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, qui présentera de nombreuses montées ?

Il est très atypique. Il est très difficile, mais il ne finit pas au sommet d’un col. Après le dernier col, il restera une quinzaine de kilomètres avec de la descente et du plat, la stratégie est différente.

Je suis convaincu que la nation qui parviendra à être « en surnombre » dans le final parviendra à remporter la victoire. Tout le monde n’est pas capable de faire un bon sprint, tout le monde n’est pas capable de faire 15 km en solitaire. C’est mon rôle d’anticiper tous ces scénarios et de choisir les hommes capables de les appliquer.

Thomas Voeckler, manager de l'équipe de France masculine de cyclisme sur route.
Thomas Voeckler, manager de l'équipe de France masculine de cyclisme sur route.
FFC

Comment établissez-vous votre sélection ?

Je fais ma sélection en fonction du parcours, des qualités de chacun mais aussi des affinités. Car ce n’est pas en mettant les meilleurs coureurs ensemble que l’on forme une équipe. Il faut être sûr de la loyauté de chacun. Il faut aussi tenir compte de l’état de forme de chacun. Je travaille beaucoup à la confiance et dans la mesure où le coureur me renvoie cette confiance, mon choix devient plus évident.

Qui sont ces coureurs ?

Le trio Julian Alaphilippe, Romain Bardet et Thibaut Pinot est en bonne position, en raison du parcours. S’ils sont à 100 % de leurs moyens physiques, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne soient pas engagés. La question se pose pour les deux autres coureurs. Car ce report d’un an peut redistribuer quelques cartes même s’il y a une hiérarchie établie.

Je ferai en fonction de l’état de forme de chacun et des résultats de la saison, mais David Gaudu, Warren Barguil, Guillaume Martin, Rudy Molard, Pierre Latour, Kenny Elissonde, Benoît Cosnefroy font partie de cette liste non-exhaustive.

Je regarde aussi les jeunes à fort potentiel car on a vu ces deux ou trois dernières années que l’on n’a pas besoin d’avoir 28 ans pour être au niveau mondial.

Avec ce parcours, la France a-t-elle des chances de remporter la médaille d’or ?

Je ne dis pas que la France sera favorite pour le titre, mais elle fera partie des nations qui ont une carte à jouer. On ne vient pas pour faire le nombre.

Comment déterminerez-vous le leader avec trois coureurs de top niveau comme Alaphilippe, Bardet et Pinot ?

Si l’on veut une stratégie d’équipe, il faudra que ces coureurs soient prêts à courir en équipe. Et ce n’est pas évident car généralement, les grimpeurs sont les leaders de leur propre équipe pendant la saison. Un travail d’équipier, cela ne s’apprend pas le jour J. Il faudra anticiper plusieurs scénarios car je ne pourrais pas communiquer avec eux pendant la course.

Il y aura un plan établi mais il faudra que je puisse compter sur la confiance et l’honnêteté des coureurs. Ils sont adversaires tout au long de l’année mais il faudra être franc ce jour-là si les sensations ne sont pas au rendez-vous.

Cela faisait des mois que je réfléchissais comment bâtir mon équipe et j’ai encore quelques mois supplémentaires !

Vous connaissez les Jeux Olympiques grâce à votre participation à Athènes 2004, avez-vous un discours particulier ?

Je n’ai pas besoin d’avoir de discours particulier. Avec les années, l’épreuve olympique a pris de plus en plus de poids. Avant, c’était l’épreuve qui suivait le Tour, maintenant c’est devenu un titre qui n’a rien à envier au Tour de France. C’est incomparable.

Et si le coureur se dit qu’il a une chance de faire un résultat, la participation aux JO devient un rêve olympique. Pas uniquement pour le leader, c’est la même chose pour le coureur qui va aider son compatriote à faire le meilleur résultat possible.