Teddy Riner : Le poids du corps, le poids sur les épaules 

Rio de Janeiro, BRÉSIL - 12 août 2016 : Le champion olympique Teddy Riner montre sa joie après sa victoire en finale des +100 kg des Jeux Olympiques de Rio 2016.
Rio de Janeiro, BRÉSIL - 12 août 2016 : Le champion olympique Teddy Riner montre sa joie après sa victoire en finale des +100 kg des Jeux Olympiques de Rio 2016.

France 3 a suivi le double champion olympique de judo Teddy Riner pendant un an et demi dans sa quête d’une troisième médaille d’or à Tokyo 2020. Perte de poids, sucre, défaite… Tokyo2020.org revient sur les meilleurs moments de ce documentaire.

Après son dixième titre de champion du monde décroché à Marrakech en novembre 2017, Teddy Riner a décidé de faire une pause. Avec deux titres olympiques obtenus à Londres 2012 et Rio 2016, le judoka le plus titré de l’histoire du sport désirait prendre du temps pour lui avant d’attaquer sa quête d’un troisième titre olympique.

La « première fois depuis 14 ans » que le champion français pouvait s’écarter d’une vie à enchaîner les cycles de préparation et les plus grandes compétitions internationales.

C’est en décembre 2018 que Teddy Riner a repris l’entraînement, et c’est également à ce moment qu’une équipe de journalistes de France 3 l’a suivi au plus près pendant une période d’un an et demi. Tokyo2020.org revient sur certains moments marquant de ce reportage au long cours, diffusé hier, mardi 20 juillet.

Le poids, un aspect décisif

Lorsque le judoka de 2,04 m est revenu à l’entraînement, ce n’était pas dans une forme olympique. La balance affichait un poids de 166,6 kg.

L’évolution de son poids est d’ailleurs un fil conducteur du documentaire, qui nous fait comprendre combien la notion de poids est décisive dans la réussite de Teddy et combien elle est compliquée à gérer pour lui.

« Le poids est un enjeu constant pour moi », lance sans ambage Riner. « Sans ça, je ne peux pas produire mon meilleur judo, je ne peux pas être dynamique comme je l’ai toujours été sur mes combats, je ne peux pas déclencher et être ce gars qui a de la TNT dans les jambes. »

« Quand on sait que là où il a été le meilleur, c’est lorsqu’il était en dessous de 140 kg... » explique Yann Morisseau, le préparateur physique de Teddy Riner. « C’est un chantier de grande ampleur. Quand il est en surpoids, l’enjeu est de le mettre dans des situations qui vont le faire détester d’être gros. Pour reprendre la compétition, il devra faire moins de 150 kg. »

Au terme d’une préparation physique intense entre la France et le Japon, Teddy Riner est parvenu à descendre sous la barre des 150 kg en juin 2019, 8 mois après la reprise et quelques semaines avant le Tournoi de Montréal.

Les stars du judo révèlent ce qui rend Teddy Riner si spécial
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Retour réussi avant la blessure

Retour difficile mais réussi avec une nouvelle victoire en finale contre le Japonais HARASAWA Hisayoshi. Ni plus ni moins que son adversaire en finale des Jeux Olympiques de Rio 2016.

Il enchaîne trois mois plus tard sur une nouvelle victoire au tournoi de Brasilia mais il subit ensuite des blessures en bas du dos et se fracture une côte à l’entraînement.

Un nouveau temps d’arrêt qui voit son poids de nouveau augmenter autour des 160 kg.

Le porte-drapeaux de la délégation française aux Jeux de Rio 2016 se confie en longueur sur cet aspect de sa personnalité. Il évoque également son rapport au sucre. Sa valise qui l’accompagne est toujours remplie de barres et sucreries, et sa femme, Luthna Plocus, explique qu’il « a un rapport émotionnel avec le sucre, un rapport amour-haine ».

« J’adore le sucre depuis tout jeune, donc c’est très compliqué », confie Teddy Riner. « Quand je commence a vouloir perdre du poids, c’est tout doucement, on ne peut pas me sevrer d’un coup. »

Lors d’un échange sur le plateau de France TV à la suite du documentaire, la mère de ses deux enfant Eden et Isis, explique même que pendant le confinement, elle cachait les sucreries « dans un coffre fermé à clé ! »

Une technique qui a plutôt bien fonctionné. Pendant le confinement, Teddy Riner a monté une salle de sport éphémère au dessus de ses bureaux. Tous les jours, il s’y rendait pour effectuer des séances éprouvantes. Son coach personnel Laurent Calleja était lui même étonné : « Il est imprévisible, tout le temps. Pendant le confinement il a fait des séances tous les jours, tout seul, des fois il les a doublées. Depuis le Tournoi de Paris il a perdu 25 kilos, il est à 145 kilos. »

Réaction à chaud après la défaite

Le tournoi de Paris. Ce fameux tournoi de Paris, en février 2020, où après 154 victoires consécutives et près de dix ans d’invincibilité, Teddy Riner est tombé. En tentant un Uchi-Mata, la spécialité du Français, Riner s’est fait contré par le Japonais KAGEURA Kokogo au troisième tour de la compétition parisienne, où il n’était pas retourné depuis 7 ans.

Des images saisissantes sont proposées dans le documentaire, où il se confie à chaud, dans le vestiaire du palais omnisports de Paris-Bercy.

« Ça fait longtemps… », lâche-t-il avec un regard flottant entre le vide et ses pensées. « Ça faisait 10 ans ! Tu peux pas savoir comme ça me décharge les épaules. Ça fait bizarre aussi ! »

Mais il tient tout de même à corriger son entourage : « Je ne suis pas tombé, j’ai trébuché. »

A froid, il explique la pression que représentait cette incroyable série d'invicibilité. « Je suis fier de ce que je fais mais après 10 ans, c’est pesant. Pour Tokyo, j’ai besoin du moins de pression possible. C’est un poids en moins sur mes épaules. »

Un petit contretemps qui, au final, pourrait être utile dans sa quête d’une troisième médaille d’or olympique. Comme en 2010, l’année de sa dernière défaite en finale des Championnats du monde toutes catégories, sur une décision arbitrale.

« Cette finale de 2010 a construit sa personnalité », explique Laurent Calleja. « Il a tellement souffert qu’il s’est dit 'plus jamais ca'. C’était une telle injustice pour lui qu’il s’est dit qu’il ne laisserait plus jamais la place au hasard. »

Repérages à Tokyo

C’est bien le cas. Dans sa quête d’une troisième médaille d’or olympique, Teddy Riner ne laisse rien au hasard. Il s’est même rendu au Nippon Budokan en décembre 2018, le temple du judo japonais où se disputera la compétition olympique en juillet 2021. 

Une séquence du documentaire le montre sur le tatami, à regarder autour de lui pour analyser les lieux, comme s’il y était déjà. « L’atmosphère des Jeux est palpable, c’est dingue. Il peut y avoir beaucoup de pression vu que je suis attendu. Donc autant prendre des repères », explique Teddy.

Le judoka de 31 ans sera l’homme à battre à Tokyo 2020. Son père, Moïse Riner, le sait et mesure bien ce que signifie une victoire l’année prochaine.

« Cette troisième médaille d’or représente énormément de choses. Pendant 10 années, les Japonais se sont appliqués à le décortiquer sous tous les angles. Là, ca sera au Japon. En judo, c’est le Graal. »

Rendez-vous le vendredi 30 juillet aux alentours de 6h du matin (heure française) pour le premier combat de sa catégorie des +100 kg aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Documentaire disponible en replay sur France.tv.