Simon Gauzy : « Décrocher une médaille olympique »

Rio de Janeiro, 7 août 2016 : Simon Gauzy lors du troisième tour de la compétition de tennis de table de Rio 2016. Il défiait l’Ukrainien Lei Kou.
Rio de Janeiro, 7 août 2016 : Simon Gauzy lors du troisième tour de la compétition de tennis de table de Rio 2016. Il défiait l’Ukrainien Lei Kou.

Le 19e meilleur pongiste mondial Simon Gauzy a connu une expérience difficile à Rio 2016 mais il n’a qu’une optique en tête : dépasser ses limites et ramener une médaille olympique à la France, 29 ans après. 

« Les Jeux sont fantastiques, mais que lorsqu’ils sont réussis. » La phrase en dit long, et Simon Gauzy, 25 ans, a bien l’intention de repartir de Tokyo 2020 après avoir vécu des Jeux fantastiques. 

Quelques semaines avant l’arrêt des compétitions internationales en raison de la pandémie de COVID-19, le numéro 1 français était dans la forme de sa vie. L’impression de facilité qu’il a donné lors de l’Open du Qatar, labellisé World Tour Platinum par l’ITTF, en mars dernier l’a prouvé.

En huitièmes de finale, il bat le Brésilien Hugo Calderano, numéro 6 mondial. En quarts, il défie le numéro 2 mondial chinois, Xu Xin. Un match d’anthologie, malheureusement perdu dans le dernier set (11-6, 6-11, 11-8, 8-11, 6-11, 11-8, 7-11) lors duquel le vice-champion d’Europe 2016 a sorti des défenses et contre-attaques qui défiaient la gravité. Ce match, Simon Gauzy le qualifie de « meilleur que l’année dernière », lorsque qu’il réalisait l’un des plus grands exploits de sa carrière aux Championnats du monde 2019 à Budapest. 

« J’étais à mon meilleur niveau » affirme-t-il à Tokyo 2020. « J’avais déjà battu Xu Xin l’année dernière à Budapest. Mais en terme de niveau de jeu, le match que je perds au Qatar est meilleur que ma victoire. Il n’y a pas photo. Ça m’a donné de la confiance pour l’avenir. »

« Me rapprocher du top 10 mondial »

Le natif de Toulouse vit et joue actuellement à Ochsenhausen en Allemagne, et le confinement était moins restrictif que dans d’autres pays. « Je peux continuer à m’entraîner, mais j’avais envie de continuer la compétition car je jouais de mieux en mieux. » ajoute-t-il.

Cependant, le report des Jeux Olympiques à l’été 2021 est une nouvelle qui lui est bénéfique. « Une année en plus est une opportunité d’aller encore plus haut et pourquoi pas me rapprocher du top 10 mondial. » Un classement qu’il avait déjà connu en novembre 2017, un peu plus d’un an après les Jeux de Rio 2016.

Une année en plus,

c'est une opportunité d’aller encore plus haut.

« Rio 2016, le pire souvenir de ma carrière »

Simon Gauzy a toujours rêvé des Jeux Olympiques et il compte bien devenir le premier pongiste français à décrocher une médaille, 28 ans après la médaille d’argent de Jean-Philippe Gatien à Barcelone 1992. « C’est mon ambition, mon rêve » explique-t-il. Mais lors de ses premiers JO, alors qu’il n’avait que 21 ans, l’ampleur de l’événement ajoutée à une pression revancharde l’a empêché de se libérer.

« J’idéalisais tellement les Jeux. J’étais émerveillé de voir tous ces sportifs dans le village olympique et je me suis un peu trop éparpillé. C’est la plus grande compétition au monde et il faut bien se préparer mentalement », estime Simon Gauzy.

« En 2012, je me suis tordu la cheville une semaine avant le Tournoi de Qualification Olympique pour les Jeux de Londres. Je suis arrivé à Rio en me disant que j’avais une revanche à prendre que je pouvais faire un gros coup. Je suis tombé contre quelqu’un que je n’avais jamais battu (l’Ukrainien Kou Lei, NDLR), et je n’ai pas réussi à m’en sortir. C’est le pire souvenir de ma carrière »

Rio de Janeiro, 12 août 2016 : Simon Gauzy lors de la compétition par équipes des Jeux Olympiques de Rio 2016.
Rio de Janeiro, 12 août 2016 : Simon Gauzy lors de la compétition par équipes des Jeux Olympiques de Rio 2016.
2016 Getty Images / Rob Carr

Belles années, blessure et rebond

Ce n’était pas pour cette fois. Cette expérience n’a fait que confirmer son ambition de toucher le graal de tout sportif, le podium olympique. Quelques mois plus tard, il devenait vice-champion d’Europe et un an plus tard, il parvenait à se hisser au huitième rang mondial. Son meilleur classement jamais atteint. 

Il était bien parti pour poursuivre sa progression mais une hernie discale en 2018 l’a contraint à l’arrêt du sport. Une année compliquée pour Gauzy, qui résume cette période en quelques mots. 

« J’ai repris le sport trop tôt et j’ai perdu ma confiance et ma motivation. Mes résultats étaient de moins en moins bons, les adversaires avaient de moins en moins peur de moi… J’ai fini l’année à la 34e place mondiale. »

C’est au même moment que Simon Gauzy est devenu père. Un événement qui lui a permis de changer sa vision des choses et de prendre plus de recul.

« Avoir un fils m’a apporté de la maturité et de la sagesse, moi qui suit assez explosif. Ça m’a donné une autre vision de la vie. J’ai moins de mal à accepter les mauvais côtés de ma carrière. »

Avoir un fils m’a apporté de la maturité et de la sagesse, moi qui suit assez explosif.

Près de 30 ans sans médaille olympique, éléments d'explication

La suite a été une progression constante jusqu’à retrouver son meilleur niveau et l’espoir de tutoyer le top niveau mondial. Un seul Français avait réalisé cet exploit : Jean-Philippe Gatien, champion du monde en 1993. « Quelqu’un de très intelligent dont je suis proche. Il m’a beaucoup appris », ajoute Simon Gauzy, qui explique notamment ce manque de réussite du « ping » français au plus haut niveau par un manque d’ambition de potentiels champions.

« En France, il y a eu de très bons joueurs. Mais on peut gagner de l’argent très rapidement. J’ai commencé à gagner de l’argent à 15 ans. On peut vite se prendre pour une star et beaucoup de joueurs français se contentent d’avoir une belle vie. Ils se demandent à quoi bon faire des efforts, se faire mal et faire des sacrifices alors qu’ils ont déjà une vie confortable. Je ne juge personne mais je ne suis pas trop dans cette optique. L’argent n’a jamais été une priorité pour mes parents et je crois avoir hérité de cette mentalité. »

« Tout faire pour décrocher la médaille olympique »

L’optique de Simon Gauzy : tout donner. Avec son l’entraîneur de son club allemand et Patrick Chila, l’entraineur de l’équipe de France de tennis de table, ils ont mis en place un « plan très ciblé pour Tokyo 2020 ». Si l’opportunité d’aller chercher une médaille se présente, il foncera. Il explique aussi que pour Paris 2024, il sera dans l’âge mur des pongiste. 

« J’aurais 29 ans à Paris 2024 et au niveau de la maturité, de l’expérience, de la tactique et de la technique, c’est à cet âge là qu’on est le plus fort. »

Peu importe les résultats et les circonstances, il ira au bout de soi-même : « Je veux voir mes limites en tant que pongiste professionnel. Peut-être que ma limite sera de rester à la porte de la médaille olympique, mais je vais tout faire pour la décrocher. »