Sarah Hanffou, les JO pour développer le ping au Ghana

Sarah Hanffou lors du Top 16 africain à Tunis le 24 février 2020.
Sarah Hanffou lors du Top 16 africain à Tunis le 24 février 2020.

La pongiste franco-camerounaise Sarah Hanffou s’apprête à vivre une année bien remplie. Entre la préparation de ses deuxièmes Jeux Olympiques à Tokyo en 2021, son emploi d’avocate à temps plein et son association Ping sans frontières avec laquelle elle vient d’intégrer l’incubateur de Paris 2024, son planning est chargé. Mais il régit l’équilibre de sa vie.

« C’est très bizarre à dire, mais je pense que si je n’avais pas l’association, je ne ferais pas les Jeux Olympiques. Et inversement. »

Sarah Hanffou jongle entre son travail d’avocate à plein temps, sa carrière de pongiste olympique et les actions caritatives qu’elle mène avec son association Ping Sans Frontières (PSF) .

Le tout en pleine année olympique avec les Jeux de Tokyo en 2021 qui se profilent, que la pongiste camerounaise prépare activement pour sa deuxième participation olympique.

En parallèle, la médaillée d'argent des Jeux Africains 2019 vient d’intégrer l’incubateur de l’Agence française du développement (AFD) et de Paris 2024 pour donner vie à son nouveau projet de développement du tennis de table et d’accompagnement scolaire dans la ville de Takoradi au Ghana.

Des projets qu’elle mène de front et qui lui demande une organisation millimétrée. Mais pour Hanffou, ce n'est pas un problème.

« Je ne suis pas quelqu’un d’exceptionnellement douée ou talentueuse, même dans ma manière de jouer au tennis de table. Mais j’ai peut être un don, c’est le travail. Je pourrais presque vous dire exactement ce que je vais faire tous les jours jusqu’à Tokyo. De 5h à 22h, mes journées sont toutes calées. Il n’y a pas de place à l’improvisation. »

PSF a changé le sens que je voulais donner à ma vie.

La naissance de Ping sans frontières

En 2006, Hanffou a 20 ans. Elle s’envole à Niamey, la capitale du Niger, avec l’équipe de France pour partir à la rencontre de ses homologues nigériens par le biais de l’association Athlètes du monde présidée par un certain Jean Galfione, champion olympique de saut à la perche à Atlanta 1996.

« L’équipe nationale jouait sur une table en bord de route, avec un filet troué. Ça été le déclic pour moi », explique Hanffou lors d'une interview avec Tokyo 2020.

À son retour en France, la pongiste a commencé à collecter du matériel pour le redistribuer à ceux qui en avaient le plus besoin. C’est ainsi qu’est née l’association Ping sans frontières.

Avec le soutien de la Fédération internationale de tennis de table (ITTF), PSF est désormais présente dans 15 pays et distribue pas moins d’une tonne de matériel chaque année.

« Je ne pourrais plus vivre sans ces projets. J’ai le sentiment de servir quelque chose de plus grand que moi et qui donne du sens à ma vie », confie-t-elle.

Cette année, l’association continue ses actions et développe ce nouveau projet pour favoriser l’accès au sport pour les filles de Takoradi au Ghana, soutenu par l’incubateur de Paris 2024.

Le soutien de Paris 2024

Dans le cadre de l’héritage et de l’impact des Jeux Olympiques, Paris 2024 et l’Agence française du développement ont lancé cette année un incubateur de projets. C'est dans ce cadre qu'une promotion de 26 athlètes-entrepreneurs porteurs de projets sociaux et environnementaux en France et en Afrique a été sélectionnée pour être accompagnée aussi bien en marketing, qu’en communication ou en gestion de projet.

Sarah Hanffou a intégré l’incubateur avec ce projet basé à Takoradi au Ghana.

« Nous voulons cibler toutes les écoles publiques de la ville et proposer du tennis de table dans le cadre périscolaire, deux à trois fois par semaine avec du soutien scolaire. »

Pour l'avocate pongiste, rejoindre l’incubateur représente bien plus qu’une aide logistique. C’est avant tout des échanges et du soutien avec les autres porteurs de projets avec lesquels elle est régulièrement en contact. Un sentiment de fraternité qu’elle retrouve aussi bien dans le monde associatif que dans le monde sportif.

« Vous savez, on se sent parfois seul quand on se lance dans ce genre de projet et l’idée d’avoir une émulation collective avec d’autres sportifs qui ont a priori le même ADN, les même valeurs et la même envie d’avoir un impact positif par le biais des projets menés, j’ai trouvé cela formidable. »

Parité hommes/femmes et questions environnementales

Derrière ses projets, l'olympienne de Londres 2012 veux transmettre des valeurs qui lui sont chères.

L’égalité des sexes est l’une des pierres angulaires de ce projet à Takoradi, qui part d’un constat simple : « Pour que les femmes aient une place différentes dans la société, il faut qu’elles aient accès à l’éducation. Et l’éducation, ça commence avec les petites filles et elle se construit en mixité avec les garçons », explique-t-elle avant d’ajouter : « Je ne me colle pas une étiquette féministe mais je suis convaincue que l’égalité hommes/femmes est nécéssaire. Pour moi, il n’y a même pas de débat à avoir là-dessus. Et on en est très loin. »

Outre la parité, Sarah Hanffou est très sensible aux questions environnementales. PSF mène déjà plusieurs actions pour réduire la quantité de plastique utilisée lors des compétitions de tennis de table et dans les clubs. Mais pour son projet au Ghana, l’association va encore plus loin.

« Nous allons créer une entreprise de construction de tables [de tennis de table] 100% made in Ghana, créées à Takoradi avec le bois ghanéen et le savoir-faire des gens sur place. Les bénéfices seront directement réinjectés dans le projet périscolaire pour les filles de Takoradi. On essaie de créer un cercle vertueux et un circuit court. »

Une économie circulaire qui réduit énormément l’empreinte carbone liée à l’import de tables d’Europe ou d’Asie et qui va créer des emplois et valoriser le savoir-faire local.

« Si ce n’était que pour moi, je pense très honnêtement que je ne serais pas allée aux JO »

Si c’est en voyageant avec l’équipe de France que Sarah Hanffou a eu le déclic pour monter l’association, c’est aujourd’hui PSF qui pousse Sarah Hanffou à se préparer pour disputer les Jeux de Tokyo 2020. En fait, sa carrière sportive est intimement liée à son activité caritative.

« Faire les Jeux, continuer à m’entretenir et me préparer pour des objectifs précis m’apporte beaucoup personnellement, mais ça apporte aussi pleins d’autres choses, qui peuvent servir à PSF. Je rencontre beaucoup de gens, j’ai pu intégrer l’incubateur Paris 2024 et cela ramène aussi des sponsors. Si ce n’était que pour moi, je pense très honnêtement que je ne serais pas allée aux JO. »

À 34 ans, Hanffou admet que le rythme de vie imposé par le sport de haut niveau n’a plus le même impact sur elle et qu’elle aimerait parfois « partir en vacances ou faire des soirées simples avec des amis ». Pour autant, la pongiste continue de performer.

En plus de sa médaille d’argent aux Jeux Africains 2019, elle a décroché sa qualification pour Tokyo en terminant troisième du Top 16 africain, le 26 février 2020 à Tunis. Juste avant que la pandémie de COVID-19 entraîne l'annulation des compétitions sportives et un confinement dans de nombreux pays du globe. Un soulagement pour Hanffou qui a pu aborder sa préparation olympique sans la pression de la qualification, pour ce qui sera probablement sa dernière expérience olympique en tant qu'athlète.

« Je fais partie des chanceux, j’ai pu me qualifier juste avant le confinement. Ça risque d’être mes derniers Jeux. Je ne sais pas si j’aurais l’envie, la force et le niveau pour aller à Paris 2024 donc oui, je savoure et je vais faire mon maximum pour être au top le jour J. »

Sarah Hanffou débutera son deuxième tournoi olympique le 24 juillet 2021 . Au moment où elle défendra les couleurs du Cameroun dans le Gymnase métropolitain de Tokyo , les ouvriers de Takoradi seront en train de construire des tables pour commencer à équiper les écoles de la ville afin que les enfants ghanéens puissent commencer le tennis de table dès la rentrée de septembre.