Président du CIO : « La flamme olympique sera la lumière au bout de ce sombre tunnel »

BEIJING, CHINE - 21 AOÛT : Le président du CIO, Thomas Bach, s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse après la réunion du Conseil de l'IAAF et de la Commission exécutive du CIO à l'hôtel Intercontinental Beijing Beichen le 21 août 2015 à Pékin, en Chine.  (Photo par Alexander Hassenstein/Getty Images pour l'IAAF)
BEIJING, CHINE - 21 AOÛT : Le président du CIO, Thomas Bach, s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse après la réunion du Conseil de l'IAAF et de la Commission exécutive du CIO à l'hôtel Intercontinental Beijing Beichen le 21 août 2015 à Pékin, en Chine. (Photo par Alexander Hassenstein/Getty Images pour l'IAAF)

Thomas Bach, président du CIO, s'est adressé mardi 24 mars aux agences de presse internationales lors d'une téléconférence de presse sur la décision conjointe du CIO et du comité d'organisation de Tokyo 2020 de reporter les Jeux Olympiques.

Propos liminaires du président du CIO, Thomas Bach

À la suite de l'appel téléphonique que nous avons tenu au CIO avec le Premier ministre Abe, nos partenaires et amis japonais, nous sommes non seulement conscients de la gravité de cette pandémie mondiale, mais aussi, et surtout, de ses conséquences sur la vie dans le monde. Nous sommes très préoccupés par les derniers développements et les chiffres alarmants communiqués ces derniers jours. En ce qui concerne l'Afrique par exemple, les chiffres montrent que nous ne sommes qu'au début de l'apparition du virus. Nous avons également des chiffres très alarmants en Amérique du Sud et en Océanie, ainsi que dans de nombreuses autres régions du monde. Cette prise de conscience a conduit à la réunion de la commission exécutive du CIO dimanche. Juste après - dimanche soir et lundi - nous avons observé des chiffres plus alarmants et davantage de restrictions aux voyages internationaux.

En raison de la croissance de la pandémie et de sa propagation, plus tard dans la journée de lundi, l'Organisation mondiale de la Santé a tiré la sonnette d'alarme en déclarant que la propagation du virus s'accélérait et qu'elle voulait s'adresser aux dirigeants du G20. Nous nous sommes alors mis d'accord sur un appel téléphonique entre le Premier ministre Abe et moi-même, ce mardi. Lors de cet appel, nous avons convenu, dans ces circonstances, de ce qui suit : les Jeux de la XXXIIe Olympiade à Tokyo et les Jeux Paralympiques doivent être reportés à une date ultérieure à 2020, mais pas plus tard que l'été 2021, afin de préserver la santé des athlètes, de tous ceux qui participent aux Jeux Olympiques et de la communauté internationale. Nous avons également convenu que la flamme olympique resterait au Japon, en tant que symbole de notre engagement, mais aussi en tant que symbole d'espoir. Nous conserverons aussi, pour ces raisons symboliques, le nom de Jeux Olympiques Tokyo 2020.

Nous avons tous deux exprimé l'espoir que l'année prochaine, ces Jeux Olympiques de Tokyo 2020 puissent être une célébration de l'humanité, pour avoir surmonté cette crise sans précédent de la pandémie COVID-19. De cette façon, la flamme olympique pourra vraiment devenir la lumière au bout de ce sombre tunnel que le monde entier traverse ensemble en ce moment, et dont nous ne connaissons pas la date d'échéance. Permettez-moi d'ajouter que, dans l'intervalle, après la conversation téléphonique [avec le Premier ministre Abe], nous avons eu une réunion de la commission exécutive du CIO, où les membres de la commission exécutive ont approuvé cet accord entre le Premier ministre Abe et moi. Le président du Comité International Paralympique, Andrew Parsons, a également été invité et, au nom du Comité International Paralympique, il a soutenu cet accord.

En ce qui concerne les dates, avez-vous indiqué que les Jeux se dérouleront en été, ou à peu près à la même période que les Jeux Olympiques de 2020 ? Avez-vous abordé la question des éventuels coûts supplémentaires liés à cette décision ?

Le Premier ministre et moi-même n'avons pas discuté du calendrier. Cela dépendra de la Commission de coordination et du Comité d'organisation. Cela fait partie de leurs discussions sur les différents scénarios. Il y a beaucoup de pièces dans ce puzzle gigantesque et très complexe. Les Jeux Olympiques sont peut-être l'événement le plus complexe de la planète, et tout assembler ne peut se faire en un simple coup de téléphone entre nous deux. Nous devons compter sur le travail de la commission de coordination en coopération avec les fédérations internationales en particulier, mais aussi avec de nombreux autres partenaires. C'est vraiment un immense défi. Les finances n'ont pas été abordées, car il s'agit de protéger des vies humaines, et les considérations financières ne peuvent pas être prioritaires. Le Premier ministre Abe a déclaré le soutien et l'engagement total du gouvernement japonais pour que cette solution fonctionne et que les Jeux soient finalement un succès. De mon côté, j'ai déclaré que le CIO s'engageait pleinement à parvenir à un résultat positif.

Vous avez mentionné les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé et les conseils qui ont beaucoup changé au cours du week-end, et vous aviez indiqué dans une interview donnée au New York Times que vos pensées évoluaient. La réaction des athlètes la semaine dernière a-t-elle contribué à changer votre point de vue, ou quelle influence cela a-t-il eu sur ce changement ou sur le report envisagé ?

Je pense que vous avez vu dans ma lettre aux athlètes que je me sens très proche d'eux et que nous devons tous faire face à la situation d'incertitude qui les affecte clairement. C'est une situation dans laquelle nous n'avons jamais été et ne voulons pas être. C'est donc pour les athlètes une situation extrêmement difficile dans de nombreuses régions du monde. Nous avons également bénéficié de la compréhension de nombreux athlètes à travers le monde. Par conséquent, notre approche a toujours été de nous adapter à la situation au bon moment et, bien sûr, le plus rapidement possible.

Nous avons constaté, si vous regardez cette évolution globale, un net changement de la situation.

Au tout début, la question était de savoir si le Japon pouvait offrir des conditions sûres pour accueillir les athlètes du monde entier. À ce moment-là, nous avions une confiance grandissante sur l'évolution du Japon, en voyant toutes les mesures prises, en voyant les chiffres, et nous avions la certitude que, dans quatre mois et demi, ces conditions de sécurité pourraient être offertes.

Mais, ensuite, nous avons eu cette grande vague venant du reste du monde et ces évolutions très, très inquiétantes, en particulier ces derniers jours. L'Afrique est évidemment au début de la propagation du virus, et l'Organisation mondiale de la Santé a déclaré il y a quelques heures que ce continent doit se préparer au pire. Nous voyons les chiffres augmenter dans de nombreuses autres régions du monde.

C'est pourquoi, suivant les principes que nous avons établis de toujours préserver la santé des athlètes, contribuer à contenir le virus et prendre soin des personnes touchées par le virus partout dans le monde, nous avons pris ces mesures, dont vous pouvez voir les résultats aujourd'hui. Si vous êtes intéressé, pour vous donner quelques chiffres sur ce que signifie le changement : il a fallu 67 jours pour atteindre les 100 000 premiers cas. Puis, au bout de 11 jours, nous en avons eu 200 000, et quatre jours plus tard, 300 000. Nous sommes maintenant au-delà de 375 000. Il y en a partout dans le monde, et ce ne sont que les cas signalés.

Pensez-vous qu'il s'agisse de la pire crise du mouvement olympique depuis les Seconde et Première Guerres mondiales, qui ont obligé le CIO à annuler les Jeux Olympiques?

Les comparaisons sont toujours dangereuses car elles peuvent être interprétées de manière très différente. Comparer un report des Jeux, puisque vous parlez des Jeux, avec une annulation en raison de la guerre, n'est pas, je pense, la bonne chose à faire : la souffrance humaine engendrée par les guerres et les conséquences à long terme d'une guerre n'ont rien de comparable. Ce que nous pouvons dire, c'est qu'il s'agit d'une crise sans précédent pour l'humanité. Nous n'avons jamais vu une telle propagation d'un virus à l'échelle mondiale auparavant. C'est donc aussi un défi sans précédent pour les Jeux Olympiques. C'est pourquoi, à ma connaissance, ce report des Jeux est une première dans l'histoire olympique.

Les fédérations internationales dépendent de l'argent des Jeux Olympiques pour survivre. Beaucoup d'entre elles sont déjà en difficulté. Vont-elles survivre sans fonds olympiques dans les prochains mois ? Prévoyez-vous de les aider ?

Nous n'avons pas discuté de ce sujet avec le Premier ministre Abe aujourd'hui. En ce moment, il s'agit d'organiser et de s'engager dans l'organisation des Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Les objectifs et les critères sont de préserver la santé des athlètes et de toutes les personnes concernées et de contribuer à contenir le virus. Tout autre intérêt commun doit venir après cela. Il s'agit de vies humaines et de la santé des populations.

Personne ne peut savoir si la situation sera maîtrisée d'ici l'été prochain. Donc, si la situation ne s'améliore pas, reconsidérerez-vous la possibilité d'un report ou d'une annulation?

Deuxièmement, avez-vous toujours l'intention de vous rendre au Japon et à Hiroshima en mai ou allez-vous reconsidérer ce plan ?

La préoccupation et l'engagement du CIO sont d'organiser les Jeux Olympiques dans un environnement et d'une manière qui préserve la santé de toutes les personnes impliquées, de chaque participant à quelque titre que ce soit. Cet engagement ne changera pas, et ce principe nous guidera dans toutes les décisions que nous prendrons, comme il nous a guidé dans toutes les décisions que nous avons prises dans le passé.

Ma visite au Japon au mois de mai a fait l'objet d'une discussion entre le Premier ministre et moi-même lors de la conversation téléphonique. Je me rendrai au Japon aux dates prévues et je serai heureux d'être au Japon pour montrer, par ma présence, notre engagement total dans la réussite des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 et pour exprimer notre gratitude au Comité d'organisation, à tous les niveaux du gouvernement et à tous les Japonais pour l'énorme travail accompli jusqu'à présent dans la préparation de ces Jeux Olympiques. Également pour leur enthousiasme pour ces Jeux, pour leur soutien, je veux leur assurer que nous sommes pleinement engagés à les mener, enfin, au succès, qui, comme le Premier ministre Abe et moi-même l'avons déjà déclaré, sera une célébration de l'humanité pour avoir surmonté cette crise sans précédent du coronavirus.

Les championnats du monde d'athlétisme et de natation auront également lieu l'année prochaine. Cela s'avérera-t-il être un défi en termes d'organisation si les Jeux olympiques devaient avoir lieu pendant l'été 2021?

C'est exactement pour ces raisons que nous avions décidé, dimanche, qu'il nous fallait au moins quatre semaines pour traiter ces questions. Ces événements ne sont pas les seuls. Les Jeux Olympiques sont l'événement le plus complexe au monde. Ils rassemblent 11 000 athlètes de 206 comités nationaux olympiques ainsi que l'équipe olympique du CIO pour les réfugiés ; il y a le comité d'organisation ; les supporters, les sponsors, les diffuseurs ; il y a l'alignement avec les fédérations internationales, les comités nationaux olympiques. Je ne fais que nommer quelques-unes des pièces de ce puzzle.

Cela demande un certain temps et la commission de coordination a déjà commencé le travail. Il y a déjà eu, depuis dimanche, des contacts avec un certain nombre de parties prenantes, et nous sommes convaincus qu'ils aboutiront à un excellent résultat pour faire de ces Jeux le succès que nous souhaitons tous. Je suis sûr que les fédérations internationales, ainsi que leurs athlètes, veulent absolument participer aux Jeux olympiques.