Plaisir, travail et égo : le triptyque gagnant selon Gargaud-Chanut

Rio de Janeiro, BRÉSIL - 9 août 2016 : Denis Gargaud-Chanut laisse exploser sa joie après son run en or lors des Jeux Olympiques de Rio 2016.
Rio de Janeiro, BRÉSIL - 9 août 2016 : Denis Gargaud-Chanut laisse exploser sa joie après son run en or lors des Jeux Olympiques de Rio 2016.

Denis Gargaud-Chanut a remporté la médaille d’or en canoë slalom à Rio 2016, mais il n’était pas parvenu à se qualifier pour Londres 2012. Dans une interview exclusive, il explique comment il a surmonté sa déception pour obtenir le titre ultime. Et c’est assez simple : plaisir, travail et égo.

« Revenir sur l’eau est très agréable. Ce confinement m’a fait prendre conscience que j’ai besoin d’être sur l’eau pour être heureux. » Après des semaines d’isolation, pas besoin de grand-chose pour prendre du plaisir.

Eau, bateau, pagaie, détente.

C’est exactement ce qu’a fait le champion olympique en titre de canoë slalom Denis Gargaud-Chanut lorsque le confinement a été assoupli en France. Pas d’eau vive, simplement un plan d’eau où il pouvait pagayer et prendre du plaisir, comme il l’explique dans une interview exclusive accordée à Tokyo 2020.

Plaisir. C’est ce qui guide le céiste français et c’est aussi grâce à cela qu’il a pu reprendre la route du succès pour atteindre l’or olympique. C’était à Rio 2016, lorsqu’il descendit le parcours du stade d’eau vive olympique de Deodoro en patron et prit le meilleur sur Matej Beňuš (SVK) et Takuya Haneda (JPN).

Il succédait ainsi à son compatriote Tony Estanguet, triple champion olympique de canoë slalom.

Cette médaille d’or représentait un grand moment de bonheur pour Gargaud-Chanut, après la déception de Londres 2012, où il n’était pas parvenu à se qualifier, ni en monoplace, ni en biplace.

Plaisir, travail et égo

« Entre l’échec de Londres et la victoire à Rio, ma recette a été de retrouver du plaisir. J’ai d’abord eu ce besoin vital de retrouver le plaisir. C’était en 2013. Je fais cinquième aux Mondiaux et je retrouve du plaisir » se rappelle Gargaud-Chanut.

Une année a été nécessaire pour retrouver le plaisir dans son bateau après la déception de Londres. Et c’est uniquement après cela qu’il a pu, en 2014, entamer un nouveau cycle de préparation et se mettre dans le dur en travaillant ardemment. Son principe était simple : tant que l’on n'apprécie pas ce que l’on fait, endurer des heures de travail quotidien est compliqué. C’était la seconde partie de sa rédemption olympique.

« Une fois que j’ai validé ça, il a fallu travailler sur un projet et je me suis mis dans l’état d’esprit d’un ouvrier. J’ai travaillé ma technique, j’ai voulu faire mieux, être plus fort et plus précis. C’était en 2014 et 2015 » explique-t-il.

Le travail a payé puisqu’il a retrouvé la victoire en Coupe du monde, mais les Championnats du monde 2014 ne se sont pas bien passés. Pire encore, il n’a pas pu se qualifier pour les Mondiaux 2015.

Un second échec qui n’a fait que réveiller le troisième et dernier élément lui permettant d’envisager le costume de prétendant au titre olympique. « Ma volonté de gagner est revenue tard dans l’olympiade. Après l’échec de 2015. C’était un véritable échec. Mais ce deuxième échec a fait ressortir cet orgueil de champion. On ne peut pas avoir envie de gagner sans être passé par un chemin particulier. »

J’avais d’abord des objectifs raisonnables après les JO.

Les Championnats du monde étaient à Pau et je voulais passer du bon temps.

Du bon temps

Une aventure riche en succès, partie d’une des sensations les plus simples mais des plus importantes. Le plaisir. Et Gargaud-Chanut n’a pas changé de recette pour préparer l’olympiade suivante, celle menant à Tokyo 2020 pour défendre son titre. Après sa médaille d’or, il a consacré une année à profiter de son titre olympique.

« J’avais d’abord des objectifs raisonnables après les JO. Les Championnats du monde étaient à Pau et je voulais passer du bon temps. Le résultat m’importait peu. » Il a terminé 10e, mais il a profité. 

L’année 2018 a ensuite été dédiée au travail, tant il désirait retrouver le niveau des meilleurs céistes mondiaux. « Je voulais retrouver le niveau international. Objectif podium, ce que j’ai fait en Coupe du monde. Ensuite, 2019, le niveau des Mondiaux était élevé et je voulais remonter au classement en me rapprochant du top 5. J’ai fini cinquième des Championnats du monde, et l’objectif était atteint » raconte-t-il.

Qualifié et non qualifié en quelques jours

Gargaud-Chanut a donc terminé cinquième en Espagne, où l’épreuve de slalom a été remportée par un autre français, Cédric Joly - l’un des deux athlètes, avec Martin Thomas, qu’il aurait dû affronter pour la qualification olympique. Car au Japon, un seul athlète représentera la France en canoë slalom.

Les sélections devaient avoir lieu lors des Championnats d’Europe de Londres en mai, mais la compétition a été annulée en raison du COVID-19. Une annonce qui a eu de grandes conséquences, surtout pour le champion français.

En cas d’annulation des Championnats d’Europe, les règles stipulaient que la qualification olympique revenait au céiste le mieux placé au classement mondial. C’était donc à Gargaud-Chanut, classé au neuvième rang mondial, que revenait automatiquement le billet pour Tokyo. Mais cette situation n’a duré que quelques semaines, avant le report officiel des Jeux. Avant cette annonce, le directeur technique national (DTN) du canoë français Ludovic Royé avait tempéré cette sélection automatique, en expliquant au journal l’Equipe : « Si les Jeux devaient être reportés, ce processus pourrait être révisé. »

Penrith, AUSTRALIE - 22 février 2019 : Denis Gargaud-Chanut lors des séries des Championnats d’Océanie.
Penrith, AUSTRALIE - 22 février 2019 : Denis Gargaud-Chanut lors des séries des Championnats d’Océanie.
2019 Getty Images / Mark Kolbe

Gagner sa qualification sur l’eau

Tout s’est passé en mars. Désormais, de nouvelles sélections olympiques auront lieu, dont le lieu et la date sont encore à déterminer. Mais dans tous les cas, Denis Gargaud-Chanut n’était pas heureux de ce processus de sélection. Comme il l’explique à Tokyo 2020, il a vécu des moments difficiles en attendant la décision finale.

« Ce n’était pas agréable à vivre. D’abord, la sélection en elle-même ne me plaisait pas, ce n’est pas comme ça que je l’imaginais. Je n’avais pas envie que mes collègues athlètes n’acceptent pas la sélection. Je voulais que ce soit fait dans les règles du sport. Le report est donc une bonne chose car ça n’aurait pas été agréable de courir les Jeux dans ces conditions. »

Même s’il n’était pas à l’aise avec ce procédé, apprendre qu’il n’était finalement plus qualifié n’était pas facile à encaisser, tant « la qualification olympique est difficile à obtenir » et que, tout simplement, « être dans l’attente n’est pas facile à vivre. »

Même si les dates de sélection ne sont pas encore connues, Gargaud-Chanut est heureux de pouvoir se battre pour sa qualification. C’est comme cela qu’il s’est rendu à Rio et il souhaite que sa qualification soit légitime, même en étant champion olympique. L’esprit sportif prédomine.

Concilier vie de famille et entraînement

En amont des sélections olympiques, Gargaud-Chanut et sa famille ont pris la décision de quitter Marseille, sa ville natale et où il vivait depuis huit ans, pour Pau. C’était en décembre 2019. Marseille étant dépourvu de stade d’eau vive, il a donc déménagé à Pau afin de se mettre dans les meilleures conditions possibles avant les Jeux.

« J’estimais que j’arrivais à la fin d’un cycle à Marseille après 8 ans de préparation là-bas. »

« Je voulais un endroit où je pouvais allier ma vie de famille et de sportif de haut niveau. Pau était la meilleure solution. J’ai pour ambition de continuer après Tokyo et je ne me voyais pas rester à Marseille en étant 250 jours par an hors de chez moi. »

Denis Gargaud-Chanut voudra également participer aux Jeux de Paris 2024, les Jeux à domicile. Sa dernière compétition. « J’arrêterai après Paris 2024. C’est sûr et certain, je n’irai pas plus loin. »

C’est Tony Estanguet, triple champion olympique de canoë slalom, qui préside le comité d’organisation de Paris 2024. Difficile donc d’imaginer une victoire non française, surtout dans une discipline où la France a remporté quatre médailles d’or sur huit possibles.

Un challenge qui n’échappe certainement pas à Gargaud-Chanut, mais son ambition est plus large : « Bien sûr qu’il faut que la France gagne à Paris, mais il faut aussi qu’elle gagne à Tokyo. C’est notre discipline et il faut que ça le reste. »