Ons Jabeur, la Tunisie au cœur et Tokyo dans l’objectif

Ons Jabeur fête la victoire lors du quatrième tour de l'Open d'Australie 2020 face à la Chinoise Qiang Wang au Melbourne Park le 26 janvier 2020.
Ons Jabeur fête la victoire lors du quatrième tour de l'Open d'Australie 2020 face à la Chinoise Qiang Wang au Melbourne Park le 26 janvier 2020.

La joueuse de tennis Ons Jabeur aime les premières : première tunisienne à remporter Roland Garros juniors, première joueuse arabe à atteindre les quarts de finales d’un tournoi du Grand Chelem. Sera-t-elle la première joueuse arabe à glaner une médaille à Tokyo l’an prochain ? « Rien n’est impossible » est sa devise…

Quart à Melbourne

En début de saison, Ons Jabeur s’est fixée un objectif clair : entrer dans le top 20 mondial du tennis féminin. Un déclic s’est sans doute produit à ce moment précis chez la Tunisienne, qui l’a expliqué dans un Insta live avec Olympic Channel la nuit-dernière depuis New York, où elle prépare l’US Open. « Avant le début de la saison, j’ai dit à toute mon équipe que l’objectif était de rentrer dans le top 20. A partir de ce moment-là, mon état d’esprit a totalement changé ».

De fait, les résultats n’ont pas tardé, avec un parcours extraordinaire dès l’Open d’Australie en janvier, où la Tunisienne a atteint les quarts de finales, une première pour une joueuse de tennis arabe. « Melbourne a été un rêve. J’espérais pouvoir jouer Serena au quatrième tour mais finalement ça a été Wang Qiang, on a eu un match très accroché avec un tie break au premier set et je m’en suis sortie ». Au tour suivant, la joueuse de 25 ans s’est inclinée contre Sofia Kenin, future lauréate du tournoi.

J’ai dit à toute mon équipe que l’objectif était de rentrer dans le top 20.

A partir de ce moment-là, mon état d’esprit a totalement changé

Transition délicate

Mais cette performance incroyable a changé la donne pour la jeune femme originaire de Sousse. Car celle qui a commencé le tennis à trois ans avec sa maman, partie à Tunis dès ses 13 ans et sacrifié son adolescence pour sa passion, n’a pas toujours eu la partie facile. Considérée comme un phénomène en 2011 lorsqu’elle remporte Roland Garros Juniors à 16 ans, soutenue par tout un peuple, sa transition vers le circuit professionnel a été délicate.

« Il n’y a pas eu de vainqueur tunisien ou même Africain en Grand Chelem donc quand j’ai gagné Roland Juniors en 2011, ça a fait grand bruit en Tunisie. Les gens ont été formidables avec moi au pays, mais la transition a été dure : le circuit Séniors WTA, c’est autre chose, je l’ai appris à mes dépens. Je crois que mon jeu polyvalent, paradoxalement, ne m’a pas toujours aidé à avoir un plan de jeu clair et simple. »

S'améliorer pendant le confinement

Cependant petit à petit, Ons a progressé et 39ème mondiale en début d’année, elle était en train de se rapprocher de son objectif, le top 20. Mais, alors qu’elle sortait d’un Open d’Australie magique, elle a été stoppée nette par l’apparition du COVID-19.

« Ca a été dur surtout au début, car on était dans l’incertitude : quand pourrons-nous reprendre ? Et à la reprise de l’entraînement, la difficulté a été de se remotiver sans savoir les échéances, les tournois à venir seraient-ils annulés ? »

Cependant Ons n’est pas du genre à se morfondre, bien au contraire. Elle voit plutôt le verre à moitié plein, y compris concernant les Jeux Olympiques de Tokyo. « Bien sûr j’étais triste quand le report a été annoncé mais au final je l’ai pris comme une opportunité de mieux me préparer. J’ai plus de temps pour améliorer mes défauts, par exemple pendant le confinement j’ai travaillé sur la gestion de mes émotions sur le court et sur la confiance en moi. »

Bien sûr j’étais triste quand le report a été annoncé

mais au final je l’ai pris comme une opportunité de mieux me préparer.

Les Jeux, jamais deux sans trois ?

Même s’il est un peu tôt pour afficher ses ambitions à Tokyo, Jabeur souhaite vivre une troisième fois le bonheur Olympique, après Londres 2012 et Rio 2016, où les résultats n’ont pas été à la hauteur (deux défaites au premier tour). « A Londres, j’avais 18 ans et j’ai eu un premier tour difficile face à Sabine Lisicki, très forte cette année-là sur gazon. J’ai perdu mais j’étais tellement fière de représenter mon pays, de montrer qui j’étais… »

Une chose est sûre, représenter son pays et plus largement le monde arabe compte beaucoup pour la finaliste du tournoi de Moscou en 2018. « La Tunisie est un petit pays, les gens sont derrière moi depuis ma victoire en Juniors et représenter ce pays et le monde arabe est en moi. Être aux Jeux avec d’autres athlètes tunisiens, c’est comme un sport collectif, il y a un esprit d’équipe, c’est un sentiment génial. Je suis très impatiente d’être à Tokyo pour le revivre ! »

Inspirer les jeunes Tunisiens

Mieux encore, elle souhaite pouvoir inspirer les enfants de son pays et croit dans ce rôle de catalyseur, comme Selima Sfar a pu l’être pour elle. « Vous savez, les fans arabes me suivent partout. Je me souviens de la foule à Dubaï, et à Doha je ne pouvais pas faire l’interview d’après-match, les gens chantaient et couvraient ma voix ! Dès que je le peux, j’essaie de jouer avec les petits qui me le demandent mais surtout j’essaie de leur donner des conseils simples : dans la vie rien n’est impossible, il faut croire en vous et vous réussirez. Des gens vous diront sûrement que ce n’est pas possible, mais c’est en vous : si vous y croyez vraiment, ça arrivera. »

Un conseil qu’elle s’applique à elle-même tous les jours et, qui sait, qui la mènera peut-être à une médaille dorée l’an prochain à Tokyo ?