NISHIKORI Kei : Représenter mon pays me donne la force de réussir

Le Japonais Kei Nishikori évolue au plus haut niveau depuis près de 15 ans.
Le Japonais Kei Nishikori évolue au plus haut niveau depuis près de 15 ans.

Un désir intarissable de progresser 

NISHIKORI Kei a surmonté de nombreuses épreuves tout au long de sa carrière de joueur de tennis. Il a dû se tenir à l’écart des compétitions pendant de longues périodes en raison de blessures, et le tennisman japonais a frôlé l’un des titres du Grand Chelem sans malheureusement pouvoir l’atteindre. Les joueurs de tennis reçoivent énormément de soutien en dehors des courts, mais une fois sur le terrain, ils ne sont plus que seuls face à eux-mêmes. Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, l’issue du match repose uniquement entre leurs mains.

Cela fait désormais plus d’une décennie que Nishikori évolue dans cet environnement, depuis qu’il est devenu joueur professionnel en octobre 2017 à l’âge de 17 ans.

« Je sens qu’être passé par toutes ces expériences m’a rendu plus fort qu’avant. Je pense que j’ai gagné en maturité et que j’ai plus de sang-froid », dit-il.

À l’adolescence, Nishikori était un tennisman au style audacieux et offensif. Aux alentours de 25 ans, il s’était installé parmi les meilleurs joueurs mondiaux, équilibrant parfaitement attaque et défense. À l’US Open 2014, il a réussi l’exploit jusqu’alors jamais réalisé par un Japonais : atteindre la finale d’un tournoi du Grand Chelem. Il a également atteint la demi-finale de ce même tournoi en 2016 et en 2018. Se battre contre les meilleurs joueurs de Grand Chelem, sous les yeux du monde entier, a rendu Nishikori plus fort. Mais, le stress et la pression d’être performant en de telles circonstances peuvent être inimaginables.

« Mon amour pour le tennis, et mon désir intarissable de progresser en tant que joueur m’ont permis d’avancer », observe-t-il en repensant à sa carrière.

Alors qu’il a toujours fait en sorte d’atteindre son plus haut niveau de jeu, Nishikori a réalisé qu’il l’avait emporté sur la plupart de ses rivaux. Est alors apparu ce sentiment de responsabilité, de détermination et de solitude, que seuls connaissent ceux qui ont gravi les plus hauts échelons du sport professionnel. Cependant, ce mélange complexe d’émotions s’est révélé être une source d’évolution inestimable.

Le tennisman japonais Kei Nishikori
05:31

Une année d’absence qui a changé son état d’esprit

Les blessures ont changé l'état d'esprit de Kei Nishikori.
Les blessures ont changé l'état d'esprit de Kei Nishikori.
(c) Tokyo 2020

Nishikori a dû se tenir écarté des courts en 2009 à cause d’une blessure au coude, ce qui a marqué un tournant dans sa carrière de joueur de tennis professionnel.

« À une époque, je n’ai pas pu jouer un seul match pendant toute une année à cause d’une blessure au coude droit. Ça a été difficile pour moi de devoir subir ma première opération, et je m’inquiétais de savoir si je pourrais retrouver une place dans le top 100, mais cette période compliquée m’a aussi beaucoup appris. Grâce à cette blessure, j’ai fini par comprendre l’importance de prendre soin de son corps », dit-il.

C’est en 2008 que cette blessure est apparue, soit un an après être passé professionnel et peu de temps après qu’il ait décroché son premier titre ATP à l’open de Delray Beach, qui lui a permis d’intégrer le top 100. Rester en dehors des compétitions pendant un an a dû être difficile pour un joueur en pleine ascension, mais il a réussi à apprendre à contrôler ses émotions.

« Quand je ne peux pas jouer, je fais en sorte de garder la tête vide », dit Nishikori.

Il supprime tous désirs de retour prématuré et contrôle ses émotions de façon à garder le cap. Cette approche fonctionne également pendant un match. La clé est de rester aussi placide que possible, même face à l’adversité. Il est naturel pour toute personne de parfois se laisser dépasser par ses émotions, mais Nishikori fait constamment en sorte de rester positif.

« On ne peut pas dire avec certitude que l’on n’a plus aucune chance, tant que ce n’est pas fini. Même si votre adversaire joue à 150 %, la dynamique du match peut changer. Quand les choses sont hors de votre contrôle, ce qui arrive souvent, il faut juste être patient et attendre qu’une opportunité de renverser la situation se présente. Même quand je suis dans une mauvaise passe et que je ne joue pas bien, je reste positif et je continue de croire que ma chance va tourner », dit-il.

Nishikori adore les devises « essaie à fond » et « n’abandonne jamais ». L’importance du sens de ces deux phrases lui a au départ été enseignée par l’ancien joueur de tennis MATSUOKA Shuzo, quand Nishikori a participé au stage de tennis pour enfants appelé le « Shuzo Challenge ». Elles sont aussi fréquemment utilisées par son coach, Michael CHANG. Encore aujourd’hui, Nishikori vit selon la devise « essaie à fond et n’abandonne jamais », précepte si essentiel au développement personnel.

Jouer pour le Japon, et non pour soi-même

Le Japonais Kei Nishikori célèbre sa victoire après avoir gagné le match pour la médaille de bronze en simples face à l’Espagnol Rafael Nadal aux Jeux Olympiques de Rio 2016.
Le Japonais Kei Nishikori célèbre sa victoire après avoir gagné le match pour la médaille de bronze en simples face à l’Espagnol Rafael Nadal aux Jeux Olympiques de Rio 2016.
Photo de Julian Finney/Getty Images

Les Jeux Olympiques ont toujours été un moment spécial pour ce triple olympien. Au fur et à mesure de ses participations, il est devenu de plus en plus conscient de ses faiblesses. Il a également gagné en confiance en lui. Les titres les plus convoités par les joueurs de tennis sont ceux du Grand Chelem, mais les Jeux Olympiques sont aussi stimulants et motivants pour une raison particulière.

« Aux Jeux Olympiques, je peux voir d’autres athlètes japonais de près, et c’est très motivant. Même si nous participons dans des disciplines différentes, on est reliés par un sentiment d’unité. Ça a une influence positive sur mon tennis et ça me rend plus fort. »

L’Espagnol Rafael Nadal félicite le Japonais Kei Nishikori pour avoir remporté le match pour la médaille de bronze en simples aux Jeux Olympiques de Rio 2016.
L’Espagnol Rafael Nadal félicite le Japonais Kei Nishikori pour avoir remporté le match pour la médaille de bronze en simples aux Jeux Olympiques de Rio 2016.
Photo de Julian Finney/Getty Images

Nishikori avait pour habitude de dire qu’il jouait au tennis « pour lui-même », mais aux Jeux Olympiques de Rio 2016, il a déclaré jouer « pour le Japon ». En quart de finale contre Gaël Monfils, il était dos au mur lorsqu’il a fait face à trois balles de match contre lui lors d’un jeu décisif à 3 à 6. Mais il a réussi à marquer 5 points d’affilée face au Français, renversant ainsi la situation pour se qualifier en demi-finale.

Lors de la rencontre pour la médaille de bronze, Nishikori a affronté Rafael Nadal dans sa quête pour décrocher la première médaille japonaise en tennis depuis 96 ans. Bien qu’il ait remporté le premier set, il plia devant l’Espagnol au second. Mais même s’il a laissé temporairement le vent tourner en sa défaveur, Nishikori a su rebondir. Il est même parvenu à s’imposer face à la légende espagnole pour décrocher la médaille de bronze. S’il n’avait joué que pour lui-même, peut-être aurait-il perdu le feu sacré et plié devant la pression.

« Je désirais vraiment pouvoir apporter une bonne nouvelle au Japon. Ça a été une source de motivation supplémentaire pour gagner, et ça m’a aidé à donner le meilleur de moi-même, en particulier dans les moments difficiles. J’ai su garder la tête froide tout du long, et bien sûr, je n’ai jamais abandonné. C’est l’idée de rendre mes supporters heureux qui m’a permis de tout donner, même s’il ne s’agissait peut-être que d’une ou deux personnes. Ce sont eux qui m’ont donné la force et j’ai beaucoup appris de cette expérience », déclare-t-il.

Le Japonais Kei Nishikori exécute un revers lors des huitièmes de finale du simple messieurs contre le Slovaque Andrej Martin aux Jeux Olympiques de Rio 2016
Le Japonais Kei Nishikori exécute un revers lors des huitièmes de finale du simple messieurs contre le Slovaque Andrej Martin aux Jeux Olympiques de Rio 2016
Photo de Clive Brunskill/Getty Images

« Le tennis est mon passe-temps favori. Pour moi, c’est comme construire des maquettes. »

Nishikori a fêté ses trente ans fin 2019 et fait maintenant partie des joueurs vétérans. Mais, cela ne l’empêche pas de continuer de progresser de jour en jour. Il est toujours à l’affût de nouvelles choses intéressantes qui pourraient l’occuper, alors le triple olympien modifie régulièrement son entraînement quotidien pour rester motivé, et recherche constamment de nouvelles façons de s’amuser. Sa palette de coups n’a cessé de se développer au fil des saisons, ce qui lui a permis de toujours plus profiter des joies du tennis.

Ces derniers temps, il a décidé d’observer davantage les autres sports pour trouver de nouvelles sources d’inspiration. Il a particulièrement été impressionné par le jeu de HARIMOTO Tomokazu lors d’un récent match de tennis de table. En plus d’apprécier les similitudes entre ce sport et le tennis, peut-être a-t-il reconnu un peu de lui-même au même âge chez cet adolescent de 16 ans qui figurait déjà dans le classement mondial.

« Au tennis de table, les coups s’enchaînent de façon si rapide que j’ai eu envie de me rapprocher pour mieux voir. Les joueurs devaient décider de comment frapper en une fraction de seconde. Au tennis, on a peu de temps pour réfléchir, mais c’est encore pire pour les joueurs de tennis de table. Ce monde, où la compétition se joue à la fraction de seconde, m’a fasciné », raconte-t-il.

Pour Nishikori, le tennis est un passe temps, comme « construire des maquettes ».
Pour Nishikori, le tennis est un passe temps, comme « construire des maquettes ».
(c) Tokyo 2020

L’objectif de Nishikori pour les Jeux de Tokyo 2020 est de donner le meilleur à chaque match. Aux Jeux de Pékin 2008, il n’avait jamais été aussi tendu de toute sa carrière professionnelle. À Londres 2012, il a gagné en confiance en lui en battant plusieurs joueurs de niveau mondial. Et à Rio 2016, il s’est emparé de la médaille de bronze pour la plus grande joie de ses supporters japonais. À chaque participation aux Jeux Olympiques, il s’est forgé des souvenirs inoubliables qui sont devenus une part essentielle de son être.

« J’ai hâte d’être à Tokyo 2020. J’espère en faire une expérience pleine de sens », dit-il.

Lorsque nous lui avons demandé ce que le tennis représentait pour lui, il a réfléchi un instant avant de répondre avec un doux sourire : « Le tennis est mon métier, mais c’est aussi un peu comme mon passe-temps favori. Je joue au tennis avec le même niveau d’enthousiasme que lorsque je construis des maquettes, et j’espère parvenir à maîtriser parfaitement ce sport. »

Même après avoir participé à de nombreuses compétitions difficiles, la passion de Nishikori est toujours aussi intense. L’origine de sa force vient du fait que le tennis est toujours comme un « passe-temps » pour lui, qu’il aime autant que « construire des maquettes ».