Nicole Frank est à une longueur du rêve, après 80 ans d’attente

Nicole Frank.
Nicole Frank.

Angelika Rädche s’est qualifiée pour les Jeux Olympiques de 1940, mais ses chances de participation se sont envolées à cause de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, 80 ans plus tard, sa petite fille Nicole Frank pourrait bien être en mesure de réaliser le rêve familial.

Il y a 80 ans, Angelika Rädche était une Uruguayenne qui vivait en Allemagne.

Cette nageuse qui avait gagné plusieurs titres européens et nationaux s’était qualifiée pour les Jeux Olympiques de 1940 à Helsinki. Cependant, ceux-ci ont dû être annulés en raison de la Seconde Guerre mondiale qui avait démarré un an plus tôt. Angelika, quant à elle, a été envoyée au front avec son mari.

Le couple a survécu, et après la guerre, ils sont retournés en Uruguay pour fonder une famille.

Leur petite fille est née en 2004 : Nicole Frank.

Nicole a aujourd’hui 16 ans et compte parmi les meilleures nageuses de son pays, tant et si bien qu’elle pourrait aller aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020 l’année prochaine et réaliser le rêve de sa famille. Même si sa grand-mère n’est plus là pour y assister, ce serait lui rendre le plus beau des hommages.

« Dans ma famille, tout le monde a fait du sport, et surtout de la natation. Mes deux grand-mères, ma tante, mon père, ma mère, mon frère... tous ont essayé ce sport. Je ne ressens pas de pression pour l’instant, mais j’ai envie de continuer sur la même lignée que ma grand-mère. Je peux réaliser son rêve et le mien en même temps. J’ai parlé de ça avec mon père, son fils », confie Nicole Frank à Tokyo 2020.

Nicole Frank encore enfant, avec ses deux grands-mères. Angelika Rädche est a droite.
Nicole Frank encore enfant, avec ses deux grands-mères. Angelika Rädche est a droite.
Photo de Nicole Frank.

L’appel de l’eau

C’est d’ailleurs grâce à sa famille que Nicole Frank est entrée dans l’eau pour la première fois.

Elle a aussi exécuté ses premiers enchaînements de gymnastique artistique.

« Quand j’étais petite, je faisais de la natation et de la gymnastique artistique. Mais à partir d’un moment, je ne pouvais plus faire les deux en même temps. Alors, j’ai choisi la natation, parce que j’étais déjà folle de l’eau. Je ne pouvais pas m’en passer. Et je ne regrette pas cette décision. Maintenant, je ne serais plus capable de faire ce que je faisais en gymnastique ! », dit-elle en plaisantant.

« Ma mère a été gymnaste de haut niveau, et maintenant elle est professeure d’éducation physique, alors elle a une très bonne connaissance des différents sports. Elle me donne beaucoup de conseils pour progresser. Toute ma famille en général m’aide beaucoup, mais ils me laissent suivre mon propre chemin. Ils veulent que je prenne du plaisir et que je donne le meilleur de moi-même, mais ils ne font que m’accompagner sur cette voie. »

Et c’est d’ailleurs en suivant sa propre voie qu’à un très jeune âge, elle n’a pas pu résister à l’appel de l’eau.

« Je ne sais pas d’où ça vient. Je me sens juste bien dans l’eau. J’aime ça parce que j’ai l’impression d’être dans mon espace à moi. C’est l’endroit où je peux me défouler, m’amuser, apprendre, me faire des amis... C’est vraiment super de pouvoir retourner à l’eau maintenant », explique-t-elle.

Le simple fait d’être de retour dans l’eau nous a rendus heureux.

C’était important de pouvoir la sentir à nouveau.

Plusieurs mois hors des bassins

Frank a dû rester loin de son élément naturel à cause de la pandémie de COVID-19.

Depuis décembre 2019, elle est installée à Atlanta où elle s’entraîne « pour aller à Tokyo », car comme elle l’explique, elle a reçu une subvention de la Fédération Internationale de Natation.

Mais la pandémie s’est mise en travers de son chemin.

« Nous avons arrêté d’aller à l’eau à partir du 11 mars. Nous n’avons pas pu nager pendant quatre ou cinq mois. Il y a trois semaines, nous avons fait notre retour dans les bassins. »

« Quand j’ai recommencé à nager, ça a été bizarre pour moi. C’était comme si je ne savais plus faire. Mes mouvements de bras étaient horribles et je ne savais ni me servir de mes jambes ni même flotter. C’était affreux ! Mais le simple fait d’être de retour dans l’eau nous a rendus heureux. Ce sentiment n’était rien, au final. C’était important de pouvoir sentir l’eau à nouveau. »

Aux Championnats du monde à 15 ans

Toutes ces choses se sont produites après une année 2019 incroyable pour Nicole Frank. L’année dernière, elle a participé aux Jeux panaméricains de Lima et aux Championnats du monde de natation en Corée.

Là-bas, elle s’est retrouvée entourée de toutes les stars qu’elle admire, alors qu’elle n’avait que 15 ans.

« C’était une expérience unique. C’était incomparable. C’est quelque chose que je n’oublierai jamais, et l’une des meilleures expériences de ma vie. Au début, c’était étrange de voir tous ces nageurs autour de moi. C’était vraiment génial de les voir concourir, s’entraîner ou battre des records. »

Les Jeux ne sont pas différents. Ce n’est pas vraiment un jeu.

Parler de Tokyo 2020 demande une approche différente.

Le rêve à portée de nage

C’est justement grâce à sa participation à des championnats de haut niveau qu’elle est apparue pour l’Uruguay comme l’un des meilleurs espoirs de qualification pour Tokyo 2020.

« Ça me motive et ça me fait réaliser que mon travail porte ses fruits. Je suis fière rien qu’à l’idée que j’ai des chances d’aller à Tokyo. De vraies chances. Ce n’est pas qu’un rêve », affirme Frank, qui reconnaît également que c’est dans les épreuves de 200 m nage libre et de 200 m quatre nages qu’elle a le plus de chances d’aller aux Jeux Olympiques.

Désormais, il lui reste un an pour faire de ce rêve une réalité. Et c’est à l’âge de 17 ans qu’elle participera à Tokyo 2020, si elle parvient à se qualifier.

« Comme je suis la plus jeune, je suis celle avec le moins d’expérience. Maintenant, j’ai plus de temps pour me préparer physiquement, mais aussi mentalement. Les Jeux ne sont pas différents. Ce n’est pas vraiment un jeu. Parler de Tokyo 2020 demande une approche différente. »

Aujourd’hui, sa famille n’a jamais été aussi proche des Jeux Olympiques depuis 1940.

Aussi proche que la maison de sa grand-mère, qui vivait en Uruguay sur la même terre que Nicole Frank, ses parents et son frère. Ce même endroit où sa grand-mère l’attendait à son retour de chacune de ses compétitions de natation. Elle était la première à voir ses médailles.

« Ma grand-mère ne parlait pas beaucoup de sa carrière avec moi ou mon frère, mais elle nageait le 400 m et le 800 m. Elle a toujours voulu aller aux Jeux Olympiques, mais elle n’a pas pu à cause de la guerre. Elle me disait toujours qu’il fallait que je m’amuse dans le sport, et que si j’avais un rêve, je devais essayer autant de fois qu’il le faut, parce que ça en vaut toujours la peine », se souvient Frank.

Et jusqu’à présent, elle a eu parfaitement raison.