Nicolas Mahut, en double ou en équipe, le collectif d'abord

Madrid, ESPAGNE - 19 novembre 2019 : Pierre-Hugues Herbert et Nicolas Mahut lors de la Coupe Davis 2019.
Madrid, ESPAGNE - 19 novembre 2019 : Pierre-Hugues Herbert et Nicolas Mahut lors de la Coupe Davis 2019.

Le tennisman français Nicolas Mahut a commencé le tennis, un sport individuel, pour gagner avec l’équipe de France. Après l’échec de Rio 2016, c’est ce qu’il veut faire à Tokyo 2020, en double et en équipe. 

« J’ai eu envie d’être joueur de tennis pour gagner la Coupe Davis, après la finale de 1991. »

Nicolas Mahut a neuf ans lorsque la France remporte cette victoire historique. Ce jour-là, le rêve de sa vie est né : devenir champion de tennis, un sport individuel. Mais ce qui l'a marqué dans cette invraisemblable victoire, c'est l'aspect collectif. Et, est-ce un hasard ou non, les plus grands succès de sa carrière seront aussi collectifs : car c'est avant tout en double que Mahut s'est taillé une réputation de champion.

Près de 30 ans après la conquête du saladier à Lyon par Henri Leconte et consorts, Nicolas Mahut a réalisé son rêve et remporté la Coupe Davis (2017). Mais après avoir disputé la campagne qui a mené la France en finale, il n’a pas été retenu pour faire partie du groupe victorieux contre la Belgique. « J’ai le trophée, mais je n’ai pas eu l’émotion », admet Mahut.

Dans moins de six mois, c’est ce que Nicolas Mahut ira chercher, à Tokyo 2020 : l’émotion de remporter un titre pour son pays.

« Une quête que je poursuis depuis de nombreuses années

Depuis quelques années, les Jeux Olympiques ont pris une importance particulière dans la carrière de Nicolas Mahut, qui a déjà remporté les quatre tournois du Grand Chelem et le Masters avec son partenaire Pierre-Hugues Herbert.

À quelques jours de l’Open d’Australie (8-21 février), qu’il s’apprête à disputer en double avec son compère, deux ans après avoir remporté le trophée, Nicolas Mahut a partagé son rêve olympique avec Tokyo 2020 depuis sa chambre d’hôtel.

« Les Jeux, c’est l’objectif majeur de cette année, très clairement. C’est une quête que je poursuis depuis de nombreuses années. J'ai commencé à l'INSEP [Institut national du sport, de l'expertise et de la performance] et j'ai vu Jean Galfione se préparer pour les Jeux d'Atlanta 1996. C'était incroyable d'être avec lui une semaine avant qu'il devienne champion olympique de saut à la perche. Cette quête olympique me motive encore à rester confiné 15 jours à l’autre bout du monde, loin de ma famille, car je sais que c’est important dans l’optique d’être performant [aux JO] », confie Mahut.

Après plusieurs mois d’arrêt en raison de la pandémie de COVID-19, "Nico" veut retrouver du rythme pour arriver à Tokyo en juillet avec une condition physique au top. Car à 39 ans, il admet que « ça a été difficile de relancer la machine ». Les prochains mois seront capitaux pour gagner en intensité, engranger de la confiance et recréer des automatismes avec son partenaire, « même s’ils reviennent très vite », confie-t-il.

 Le rêve ultime est de rentrer au club France avec une médaille d’or.

Ramener une médaille d’or au club France

Pour le moment, la paire française qui disputera le double à Tokyo 2020 n’est pas encore déterminée. La Fédération française de tennis (FFT) décidera après le tournoi de Roland Garros (23 mai - 6 juin), notamment en fonction du classement mondial du lundi 7 juin 2021.

Les chances de voir Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert aux prochains JO sont en revanche considérables, compte tenu de leurs 17 titres remportés ensemble et de la saison 2021 qu'ils s'apprêtent à disputer sur le circuit. En tous les cas, le tennisman angevin inclut son partenaire, avec qu’il a gagné Roland-Garros en 2018, dans son rêve olympique.

« J’associe pleinement Pierre-Hugues à cette quête », ajoute celui qui a disputé le match le plus long de l’histoire de tennis professionnel contre l’Américain John Isner (11 h 5 min). « Le rêve ultime est de rentrer au club France avec une médaille d’or et de faire la fête avec les autres athlètes. On a eu cette opportunité à Rio mais ça ne s’est pas passé comme prévu. »

Déception à Rio 2016

Le scénario était pourtant idéal. En juillet 2016, Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert remportaient Wimbledon, après avoir gagné les Masters 1000 d’Indian Wells, de Miami et de Monte-Carlo quelques semaines plus tôt. Ils étaient numéro 1 mondiaux et arrivaient sur le court du centre olympique de tennis de Rio 2016 avec le statut de tête de série numéro 1.

La suite logique aurait été de surfer sur la vague de victoires et de remporter la médaille d’or olympique. Mais la paire française s’est faite surprendre au premier tour par les Colombiens Juan Sebastián Cabal et Robert Farah (7-6, 6-3), aujourd’hui au premier rang mondial en double.

« C’était une vraie déception personnelle, mais on avait aussi le sentiment de décevoir les personnes qui nous faisaient confiance. C’était une défaite douloureuse pour nous. »

« Redorer le blason français à Tokyo 2020 »

D’autant plus que l’équipe de France de tennis a quitté le Brésil sur une note négative. Même si Gaël Monfils a atteint les quarts de finale, l’exclusion de Benoit Paire par la Fédération française de tennis (FFT) pour « manquements au règlement » et la colère de Kristina Mladenovic qui avait dû changer de tenue pour disputer son match de double avec Caroline Garcia avait terni l’image du tennis français.

« Depuis Séoul 1988, il y a eu un vraie volonté [de bien figurer] aux JO et on a grillé un joker à Rio. Il faut respecter ses prédécesseurs, assumer cet échec et tout faire pour redorer le blason français à Tokyo 2020 », lance Nicolas Mahut.

Douze ans après Séoul, le travail de la FFT portait ses fruits avec Arnaud Di Pasquale qui remportait une médaille de bronze en simple à Sydney 2000. Quatre ans plus tard, Amélie Mauresmo glanait l’argent à Athènes 2004 avant que les deux paires de doubles masculins françaises (Michaël Llodra et Jo-Wilfried Tsonga, Julien Benneteau et Richard Gasquet) ne remportent l’argent et le bronze à Londres 2012.

Une nouvelle page du tennis olympique français est à écrire. Et Nicolas Mahut a déjà le stylo à la main.

Vivre Tokyo et réfléchir à la suite

Pour accomplir sa quête, Nicolas Mahut s’apprête donc à disputer l’Open d’Australie avec Herbert afin d’emmagasiner le plus de matchs possibles. Il n’aura eu qu’un entraînement avec son partenaire avant d’aborder le premier match en double, et les premiers jeux passés sur le cours vont être décisif. À tel point qu’ils ont fixé plusieurs objectifs.

« L’objectif est de passer les deux premiers tours. Si on y arrive, notre niveau augmentera et nous serons plus performants. Mais nous l’avons déjà gagné, donc l’objectif [final] est de le gagner de nouveau. »

L’année olympique serait ainsi démarrée de la plus belle des manières. Ensuite, il ne restera plus que cinq mois avant d’atterrir à Tokyo pour tenter de vivre l’émotion que la bande de Yannick Noah a vécu 30 ans plus tôt en remportant un titre pour l’équipe de France. Sauf que cette-fois ci, ce serait un titre olympique. Une expérience qui pourrait même avoir des conséquences pour la suite.

« Continuer ou arrêter, je ne veux pas prendre cette décision à la légère. »

Cette décision aura inéluctablement un impact sur le groupe France et sur son comparse Pierre-Hugo Herbert. Mais cette fois, collectif ou pas, Nico devra sans doute décider seul...