Mondo Duplantis peut-il vraiment devenir le prochain Bolt ?

Berlin, ALLEMAGNE – 12 août 2018 : Le Suédois Armand Duplantis après la finale du saut à la perche des Championnats d’Europe 2018.
Berlin, ALLEMAGNE – 12 août 2018 : Le Suédois Armand Duplantis après la finale du saut à la perche des Championnats d’Europe 2018.

Le Suédois a battu le record du monde à seulement 20 ans. Il place la barre très haut. Le ciel est désormais sa seule limite.

Armand Duplantis a ouvert une nouvelle ère. Lorsqu'il a battu le record du monde en sautant à 6,17 m le 8 février 2020, le monde entier est resté sous le choc. En battant son propre record une semaine plus tard avec un saut à 6,18 m, il a montré que le saut à la perche venait de changer de dimension.

Le jeune homme de 20 ans a tout de même essayé de calmer le jeu à Glasgow après son dernier saut record en déclarant : « C'est injuste de penser que je vais battre le record chaque fois que je participe à une compétition », mais il était déjà trop tard. La conversation sur la succession d'Usain Bolt était déjà lancée.

« Je ne leur en veux pas de dire que j'ai un début de carrière aussi fou qu'Usain Bolt, a-t-il déclaré à la BBC. Je vais essayer d'amener ce sport aussi loin que possible et je sais que la meilleure façon de le faire est de sauter très haut ».

Mondo, comme il se fait appelé, fait maintenant partie des meilleurs athlètes au monde, et il s'est également fixé l'objectif de devenir l'une des stars de Tokyo 2020. Mais peut-il vraiment devenir le prochain Bolt ?

Né pour voler

Un peu comme Bolt, le talent de Duplantis était évident dès son plus jeune âge. Il a commencé la perche dans son jardin à l'âge de 3 ans, et ses débuts précoces lui ont permis de battre des records dès ses 7 ans.

Son père Greg Duplantis était perchiste, sa mère Helena Hedlund était heptathlonienne, et ils forment aujourd'hui le tandem d'entraîneurs du recordman du monde.

Mais ses parents n'étaient pas ses uniques modèles. Mondo, a grandi en essayant également de suivre ses deux frères aînés Andreas et Antoine. Andreas a représenté la Suède en saut à la perche lors des championnats du monde juniors et jeunes en 2009 et 2012, tandis qu'Antoine a échangé la perche contre une batte, se frayant un chemin jusqu'à la Major League Baseball avec les New York Mets.

Il n'a pas fallu longtemps pour que le petit frère dépasse ses ainés, prouvant très tôt qu'il était spécial. Il a battu son premier record du monde dans sa catégorie à l'âge de 7 ans (3,86 m), et à 10 ans, il avait battu le record des 11 et 12 ans. En fait, Mondo possède toutes les meilleures performances mondiales, des moins de 7 ans aux moins de 12 ans, puis des moins de 17 ans jusqu'aux seniors.

Que s'est-il donc passé au début de l'adolescence ?

« 14, 15, 16 ans... J'étais encore petit » plaisante-t-il.

Lorsque Olympic Channel s'est entretenu avec le Suédois ailé en 2017, sa confiance en soi était évidente.

À 18 ans seulement, Duplantis n'avait pas de rêves, il avait des projets :

Aux Jeux de Tokyo, l'objectif est de remporter l'or.

Pourquoi pas Après tout ?

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« J'espère remporter d'autres championnats et battre le record du monde », a-t-il poursuivi, avant d'exposer son objectif à long terme dans ce sport :« Accomplir le fait d'être le meilleur perchiste de tous les temps ».

Certains appellent cela de l'arrogance, d'autres de la confiance en soi, quoi qu'il en soit, les choses marchent pour Mondo.

Mieux que Bubka ?

Quand Mondo a sauté 6,17 m, puis 6,18 m, cela rappelait le grand Sergey Bubka qui a battu le record du monde de saut à la perche à 17 reprises dans les années 80 et 90, généralement par petits paliers de 1 cm.

La superstar suédo-américaine est-elle donc prête à suivre la même recette ?

Pour l'instant, il ne se fixe aucune limite et ne donne aucune réponse définitive à la question évidente : Jusqu'où peut-il aller ?

« On me l'a posée tellement de fois la semaine dernière », en riant, lorsque la BBC lui a posé la question après son record en Pologne. « C'est la seule chose qu'on me demande maintenant, mais je suppose que c'est logique. Vous battez le record du monde, ils veulent juste savoir quand sera le prochain ».

Je ne veux pas me fixer de limites.

Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas atteindre des sommets à 20 ans.

D'autres n'hésitent pas à parler chiffres. Lorsque le médaillé d'or de Londres 2012, Renaud Lavillenie, a été interrogé par le journal français L'Equipe pour savoir si Duplantis pourrait un jour dépasser 6,20 m, il a déclaré que c'était « tout à fait concevable, il n'y a aucune raison que cela ne puisse pas l'être à long terme ».

Avec son saut de 6,18 m, il semblerait que même 6,30 m ne soit pas impossible à atteindre. Mondo a apporté un nouveau souffle à l'athlétisme, et tout le monde veut voir ce qu'il va faire par la suite.

Qu'est-ce qui est différent chez Duplantis ?

Sa taille de 1,81 m pour environ 80 kg n'en fait pas un athlète à part. Dans ce sport, c’est la combinaison de différents talents qui joue.

Pour devenir un sauteur de classe mondiale, il faut la vitesse d'un sprinter de haut niveau, la force d'un haltérophile olympique, l'agilité d'un gymnaste et la souplesse d'un patineur artistique.

Tout d'abord, il est rapide. Très rapide. 100 m en 10,57 s, avec l'ambition de réduire ce temps à 10,4 s.

Il s'est également concentré sur l'entraînement physique ainsi que la nutrition grâce à sa mère, une diététicienne renommée.

« Je ne serais pas ici sans l'aide de ma mère »

Son succès repose sur des bases familiales solides.

Son père était le perchiste de la famille et a une grande influence sur Mondo, mais sa relation avec sa mère est tout aussi forte.

La façon dont il a couru pour la serrer dans ses bras après avoir battu le premier record en Pologne le prouve, comme dans ses paroles après son deuxième saut en Écosse :

« Je ne serais pas dans cette situation sans ma mère, elle a été avec moi au cours de ces trois dernières compétitions et cela a été un grand moment pour nous, non seulement en tant qu’entraîneuse, mais aussi en tant que mère, une sorte de lien mère-fils ».

« Ça a commencé comme un rêve qu'elle et moi avions... C'est juste difficile d'assimiler tout ce qui se passe en ce moment, mais je suis content que cela se passe avec les gens qui étaient avec moi dès le premier jour, comme ma mère ».

Assise fièrement dans les tribunes, Helena a vu son fils battre un record du monde : « Quand j'étais dans le stade et que je le regardais, j'ai trouvé ça effrayant. Ça ne lui semblait pas si difficile. Je ne sais pas si je dois le dire, mais avec Bubka, ça n’avait pas l'air si facile ».

Elle l'a aussi aidé de différentes manières, En le poussant à devenir pro et à adopter une attitude de vainqueur.

Eugene, ÉTATS-UNIS – 27 mai 2017 : Armand Duplantis en pleine flexion de perche pendant le meeting Prefontaine Classic, comptant pour la Diamond League.
Eugene, ÉTATS-UNIS – 27 mai 2017 : Armand Duplantis en pleine flexion de perche pendant le meeting Prefontaine Classic, comptant pour la Diamond League.
2017 Getty Images / Jonathan Ferrey

Au top de sa forme

Après un an d'étude à l'université de Louisiane, Mondo est devenu pro début 2020 et a dû changer son style de vie, passant d'un physique d'étudiant en surpoids à celui d'un professionnel qui bat des records mondiaux.

Il a dû abandonner la nourriture frite, tant appréciée dans le sud des États-Unis. « Je viens de Louisiane, c'est assez difficile de ne pas en prendre », regrette-t-il, en empruntant maintenant un chemin plus sain et plus vert.

« Mondo n'a jamais vraiment apprécié les légumes, confie sa mère Helena. Il les mettait sur le côté de l'assiette ».

Vitesse, entraînement et alimentation contribuent à son succès, mais surtout, ce que Mondo fait si bien, c'est transformer tous ces différents éléments en un seul.

Mondo morceau par morceau

L'écouter parler des différentes phases du saut : la course - le piqué - le décollage - le dégagement - la chute - c'est comme écouter quelqu'un décrire une expérience quasi-mystique.

« Il faut mettre beaucoup d'énergie dans un saut, mais les meilleurs sauts que j'ai faits sont toujours sans effort, un beau mouvement fluide où aucune énergie n'a été perdue au cours du processus », explique-t-il dans cette excellente vidéo produite par l'un de ses sponsors, Red Bull.

Il n'est pas facile de mettre en mots le rythme, les sensations et les choses qui se trouvent au plus profond de la mémoire musculaire, mais le résultat est flagrant.

« Le saut se met en place dès la première étape », commence-t-il, méthodiquement. J'essaie d'avoir un élan explosif et puissant...c'est difficile de tout expliquer après ça, mais c'est le rythme qui est important. Et je l'ai dans ma tête, je peux l’entendre sur la piste ».

En le regardant courir avec la perche qui forme un arc parfait et la planter dans le butoir exactement au moment où il a atteint sa vitesse maximale, on voit ce qu'il entend par un mouvement fluide.

« Tout le saut est mis en place par le bouchon de la perche. Elle frappe le butoir et on peut sentir l'impact. Vous savez très vite si vous allez passer par-dessus la barre et si ça va être une réussite. Si c'est le cas, vous pouvez vous détendre et profiter de la chute libre. Je vis pour ces instants-là, je peux m'entraîner pendant cinq ans juste pour cette demi-seconde. »

Il a déjà vécu deux de ces moments, sachant qu'il est allé plus haut que personne dans l'histoire. Mais l en veut encore plus.

Plus impressionnant que Bolt ?

Mondo peut-il vraiment reprendre le flambeau de l'homme qui a régné en maître sur le monde de l'athlétisme pendant 12 ans ? Cette personnalité, ce charisme, ce flair et ce talent jamaïcain, que le monde a vu à maintes reprises sur la scène sportive ?

C'est beaucoup demander, et Duplantis le sait.

« La position dans laquelle je me trouve, je ne l'avais jamais vraiment imaginée. Les gens me parlent de représenter le monde de l’athlétisme ! Je ne suis qu'un perchiste, c'est une sensation tellement étrange et unique », dit-il.

« J'aime l’attention que ça apporte sur saut à la perche. Faire connaître ce sport est un rêve devenu réalité. La meilleure façon de continuer à le faire est de sauter encore plus haut. »