Mondial : Les Bleus terminent quatrième et regardent vers le TQO

Le Caire, ÉGYPTE - 31 janvier 2021 : Le sélectionneur de l'équipe de France masculine de handball Guillaume Gille (à droite) et le gardien de but Yann Genty (à gauche) après la défaite contre l'Espagne lors du match pour la médaille de bronze du Mondial 2021.
Le Caire, ÉGYPTE - 31 janvier 2021 : Le sélectionneur de l'équipe de France masculine de handball Guillaume Gille (à droite) et le gardien de but Yann Genty (à gauche) après la défaite contre l'Espagne lors du match pour la médaille de bronze du Mondial 2021.

Avec de nombreux blessés et des incertitudes, la France termine au pied du podium mondial après une défaite face à l’Espagne lors du match pour la médaille de bronze (29-35). Place au tournoi de qualification olympique, en mars.

Certes, il y a la défaite. Mais après un Mondial (13-31 janvier) soldé par sept victoires consécutives et deux défaites, les Bleus repartent d’Egypte avec plus de certitudes qu’à l’entame de la compétition.

Dimanche 31 janvier face à l’Espagne, les Bleus de Guillaume Gille tentaient de remporter la médaille de bronze, la même qu’au Championnat du monde de 2019. Mais dès le début du match, les Espagnols ont montré leur solidité et surtout, leur efficacité. Après cinq minutes de jeu, la Roja menait 4-0.

Le match semblait prendre une tournure similaire au quart de finale remporté face à la Hongrie, où le score affichait 1-7 après 11 minutes. Face aux Magyars, les Bleus étaient parvenus à recoller au score, notamment grâce au capitaine Michaël Guigou, auteur de quatre buts en quatre minutes (six buts pour six tirs au total) dans le premier quart d'heure de jeu. Le Nîmois avait montré l'exemple et permis à ses partenaires de revenir dans le match, tant sur le plan comptable que mentalement. Score final : 35-32.

En demi-finale face à la Suède, l'équipe de France a couru derrière tout le long. Sans succès cette fois, les Suédois, solides, ne laissant jamais les Français s'approcher au tableau d'affichage (26-32).

La Suède s'est ensuite inclinée face au Danemark en finale (26-24), les champions olympiques de Rio 2016 remportant ainsi leur deuxième titre de champion du monde consécutif, confirmant leur domination actuelle du hand mondial.

Pas de remontée contre l’Espagne

Pour tenter revenir au score dans ce match pour la troisième place, les Bleus on pu compter sur une bonne performance de Ludovic Fabregas mais jamais la France n’est parvenue à réduire l’écart. En fin de première mi-temps, les hommes de Guillaume Gille ont eu l'occasion de revenir à -1, mais ont raté le coche.

Lors de la deuxième période, l'écart au score ne change pratiquement plus et le gardien espagnol Rodrigo Corrales, qui totalisera 12 arrêts sur 47 tentatives, finit de dégouter les Bleus, tandis que de l'autre côté du terrain, l’arrière droit Alex Dujshebaev martyrise la défense (8 buts).

Même si Hugo Descat a une nouvelle fois été l'auteur d'un grand match avec 7 buts (11e meilleur buteur du tournoi avec 38 buts), les Espagnols remportaient le match 35-29 et confirmaient leur stabilité au haut niveau, après deux titres de champions d’Europe (2018, 2020).

« On n’a pas forcément cru en nous »

« Nous avons été derrière tout au long de ce rapport de force avec l’Espagne, analyse le sélectionneur de l’équipe de France de handball Guillaume Gille. « Même si nous avons été capables de proposer des choses intéressantes sur certaines phases, nous avons été pris dans le piège Corrales ou rattrapés par certaines maladresses malvenues. Il y a un peu de frustration sur des moments charnières mal maîtrisés, et l’évidence d’une supériorité espagnole au répertoire plus stable et expérimenté que le nôtre. »

Le demi-centre français Kentin Mahé pense que l’équipe n’a pas su prendre les risques suffisants dans ce type de match.

« Il nous a manqué de l’audace, de l’envie et un peu plus de folie certainement. J’ai l’impression que nous n’avons pas forcément cru en nous dans cette quête de médaille, contrairement au début de cette compétition. »

Condition initiales compliquées mais rythme retrouvé

Le début de compétition s'annonçait pourtant très incertain. Tout d'abord car c'était la première compétition internationale du sélectionneur Guillaume Gille, qui a pris la tête des Bleus après le désastre de l'Euro 2020 (9-26 janvier), lors duquel la France est sortie dès le tour préliminaire.

À cela s'ajoutait l'absence de Nikola Karabatic, double champion olympique (2008, 2012) et élu trois fois meilleur joueur du monde (2007, 2014, 2016). Blessé au ligament croisé du genou gauche en octobre dernier, la star du PSG sera d'ailleurs absente pour le tournoi de qualification olympique, du 12 au 14 mars prochain à Montpellier .

Quelques jours avant le Mondial, le jeune arrière gauche Élohim Prandi déclarait à son tour forfait en raison d'une douleur à l'épaule droite. À 22 ans, le Parisien pointe à plus de 4 buts par match avec son club depuis le début de la saison 2020-2021 et représentait un élément important du collectif français.

Enfin les deux matchs contre la Serbie (un match nul, une défaite) comptant pour les qualifications pour l'Euro 2022, début janvier, n'avaient pas rassurer.

Mais après une entrée en lice réussie contre la Norvège (28-24) et huit victoires qui ont suivi, de la phase de groupe jusqu'au quart de finale en passant par le tour principal, les Bleus se sentaient visiblement bien. Ils montraient un visage conquérant et solidaire, à l'image des tauliers double champions olympiques Luc Abalo (36 ans, 14 buts pendant le Mondial) et Michaël Guigou (39 ans).

La complémentarité avec des joueurs plus "nouveaux" comme Hugo Descat (28 ans), Nicolas Tournat (26 ans) et Ludovic Fabregas (24 ans), fonctionnait. Le natif de Perpignan a d'ailleurs été nommé dans l'équipe type du Mondial en tant que meilleur pivot, aux côtés notamment du Danois Mikkel Hansen (MVP et meilleur arrière gauche).

Mais en quart de finale contre la Hongrie, les blessures de Luka Karabatic et Timothey N’Guessan, qui venaient s'ajouter à celle du gardien Wesley Pardin, blessé face à la Suisse en phase de groupe, apportaient un nouveau coup dur aux Bleus. Des absences qui ont trop pesé face à la Suède et à l'Espagne, notamment en défense où Luka Karabatic était jusque-là décisif.

« Nous savions que ce dernier match ne serait de toutes façons pas une partie de plaisir, mais les deux blessures du quart de finale nous ont fait mal et sérieusement pénalisé, alors qu’il me semblait que l’on avait trouvé notre rythme, dans le jeu et les rotations », regrette le capitaine Michaël Guigou.

On peut voir cette compétition sous l’angle un peu négatif de ce qu’il nous a manqué, j’avoue préférer le regarder sous l’angle positif.

Un état d’esprit prometteur

Les conditions n'étaient donc pas optimales pour attendre une belle performance. De fait, une quatrième place mondiale parmi 32 nations, une première dans l’histoire de la compétition, a inéluctablement une connotation positive, même si Guillaume Gille ne se satisfait pas du pied du podium.

« Ce qui est certain c’est que sur ce Mondial nous avons alterné le très bon et le moyen voire l’insuffisant », amorce le double champion olympique. « Voilà qui donne un bilan plutôt mitigé en terme de jeu. On peut voir cette compétition sous l’angle un peu négatif de ce qu’il nous a manqué, j’avoue préférer le regarder sous l’angle positif de nos progrès et notre avancée en dépit des conditions assez exceptionnelles et un contexte pas toujours favorables. Je trouve que l’état d’esprit dégagé par ces Bleus est prometteur et de nature à donner de l’espoir pour la suite. Même s’il y a encore du boulot. On ne peut pas se satisfaire du rôle de figurant sur un dernier carré. Ce n’est pas dans notre ADN. »

Positif à quelques semaines du TQO

Et la suite arrive rapidement, donc. Dans un peu plus d’un mois, l’équipe de France disputera le TQO à Montpelier. Les Bleus seront opposés à la Croatie, à la Tunisie et au Portugal dans un groupe où seules les deux premières équipes obtiendront leur billet pour Tokyo 2020. Mais les performances de ce Mondial et notamment la large victoire face au Portugal au tour principal (32-23) permettent d'entrevoir cette compétition avec plus de sérénité.

Depuis Barcelone 1992 et sa première apparition olympique en handball, la France a toujours été qualifiée et bien figuré aux JO. Avec notamment l’apothéose et une première médaille d’or aux Jeux de Beijing 2008, suivie d’un nouveau titre olympique à Londres 2012 et d’une médaille d’argent à Rio 2016.

Les Bleus vont désormais rentrer dans leurs clubs respectifs et se retrouver au début de mois du mars pour préparer le TQO. Selon l’arrière droit du PSG Nedim Remili, il y a encore beaucoup à faire mais les Bleus peuvent compter sur l’état d’esprit affiché pendant ces deux semaines de Mondial.

« Il nous manquait clairement de trop nombreux détails sur cette fin de semaine, il faudra encore du travail, du travail et du travail, sachant que l’on se retrouve maintenant dans moins de quatre semaines pour préparer le TQO. Il faut retenir toute la détermination, l’énergie et l’efficacité que l’on a pu mettre dans les matchs précédents. »