Molly Seidel : d'un café local au marathon olympique

Atlanta, ÉTATS-UNIS - 29 février 2020 : La joie de Molly Seidel après avoir terminé deuxième des sélections américains pour le marathon olympique et obtenu sa qualification pour Tokyo 2020.
Atlanta, ÉTATS-UNIS - 29 février 2020 : La joie de Molly Seidel après avoir terminé deuxième des sélections américains pour le marathon olympique et obtenu sa qualification pour Tokyo 2020.

Le 29 février dernier à Atlanta aux États-Unis, de grands noms de la course à pied américaine s'apprêtent à participer aux sélections du marathon olympique, dans l'espoir de réserver leur billet pour Tokyo 2020. Parmi ces athlètes chevronnés et décorés, une femme qui court son premier marathon.

Elle s'appelle Molly Seidel.

Elle a 25 ans et partage sa vie entre un boulot de baby-sitter et de vendeuse dans un café de Boston. Après sa deuxième place obtenue lors des sélections, elle s'est qualifiée pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

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So, that happened 🇺🇸 #olympicdream . . I can’t put into words the happiness, gratitude, and sheer shock I’m feeling right now but I’ll try... . Thank you @atlantatrackclub + @usatf for putting on an incredible race. Logistically managing that was a feat and you somehow pulled it off . Thank you to all the amazing women competing yesterday. It was an honor to race in the deepest field in marathon OTs history; many of these women are the heroes I grew up cheering for, and I’m continually inspired by the greatness of the women I’m surrounded by . Thank you to my family and friends for coming to Atlanta to support me, and for supporting me in all the other less-glamorous moments. These are the people that drove me to XC meets, made me PBJs, picked me up when I fell, and now get to share this incredible joy with me . Thank you to my coach & friend Jon Green. Thank you for helping me get to the line healthy and fit, and for being just as dumb as I am to think I could go out and compete in the marathon Olympic trials. #fullsendpjct forever 🤙🏼 . Thank you @saucony for supporting me regardless of whether I was injured or healthy. And for putting me in the greatest pair of shoes a marathoner could ask for . Finally, thank you to everyone out there cheering yesterday. It was incredible to run 26.2 miles and not hit a silent spot along the whole course. I will never forget this race as long as I live #teamUSA #olympictrials #teamtotal #runforgood PC: @justinbritton

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Des débuts prometteurs

Dire que Molly Seidel a surpris le monde du sport ce jour-là serait un euphémisme. Toutefois, l'idée qu'elle soit apparue de nulle part est légèrement fausse.

Il y a quatre ans de ça, Molly Seidel était la figure de proue de la NCAA (National Collegiate Athletic Association), avec quatre titres nationaux à son actif. Elle semblait destinée à faire une grande carrière, mais les blessures et les problèmes personnels ont eu raison de cette carrière très prometteuse.

Molly Seidel avait déjà ce rêve olympique en tête pour les JO 2016 et désirait disputer les sélections olympiques, mais une fracture de fatigue, blessure courante chez les coureurs, avait annihilé ses ambitions. Elle luttait également depuis longtemps contre un trouble obsessionnel-compulsif qui avait entraîné le développement d'un problème alimentaire.

Comme elle l'a déclaré au magazine Runner's World lors d'une récente interview : « Avec un TOC, tu es tout le temps anxieuse et tu as l'impression de ne rien pouvoir contrôler, alors tu développes de mauvaises habitudes et des problèmes ».

« Je frappais de manière compulsive sur les objets selon un rituel personnel parce que j'avais l'impression d'avoir un certain contrôle sur l'univers. Avec le temps, avec la course, cela s'est transformé en un système de contrôle de mon alimentation ou de ma façon de courir ».

Au final, au lieu de se lancer dans une carrière d'athlète, Molly Seidel a d'abord cherché à se faire soigner de son trouble alimentaire. Elle s'est rendue à la clinique REDI dans le Wisconsin pour une période de quatre mois, puis a suivi une thérapie pendant deux ans.

A ce moment-là, sa carrière de coureuse semblait terminée.

Atlanta, ÉTATS-UNIS - 29 février 2020 : Molly Seidel franchit la ligne d'arrivée en deuxième place des sélections américains pour le marathon olympique de Tokyo 2020.
Atlanta, ÉTATS-UNIS - 29 février 2020 : Molly Seidel franchit la ligne d'arrivée en deuxième place des sélections américains pour le marathon olympique de Tokyo 2020.
2020 Getty Images / Kevin C. Cox

42 kilomètres avant la gloire

Avance rapide vers 2020. Molly Seidel est sur le point de se mesurer à un peloton de championnes lors des sélections olympiques des États-Unis. Ce n'est que deux mois plus tôt qu'elle s'était qualifiée pour la course après une impressionnante victoire au semi-marathon Rock 'n' Roll de San Antonio. Mais au début de la course, ses attentes étaient modestes. Réalistes, diront certains.

« De la 10e à la 20e place, ce serait une bonne journée pour moi. Toutes ces femmes sont vraiment fortes, elles ont de bons chronos. Je veux me lancer et être réaliste, mais ne pas m'exclure de la course », a-t-elle déclaré à Runner's World.

Ce qui s'est passé ensuite appartient à l'histoire.

Après 34 premiers kilomètres relativement calmes et un high-five de sa sœur au km 11, Seidel s'est détachée du peloton. Aux côtés d'Aliphine Tuliamuk et de Sally Kipyego, l'écart était net entre les premières et le groupe des poursuivantes.

Ce mouvement était à double tranchant, pouvant être une victoire spectaculaire ou un échec, Seidel reconnaissant qu'elle allait « soit faire partie de l'équipe, soit s'effondrer complètement ».

À la fin de la course, il était clair pour tout le monde que le pari avait fonctionné. De manière époustouflante.

Non seulement Seidel avait couru le 10e marathon le plus rapide jamais réalisé par une Américaine, mais elle a également terminé deuxième.

Et, ce faisant, elle a réalisé son rêve de se qualifier pour les Jeux Olympiques.

De l'ordinaire à l'extraordinaire

L'une des facettes les plus attachantes de l'histoire de Seidel est le fait que sa vie avant la course semble avoir été si normale. Elle occupe toujours deux emplois, dont un dans un café local.

« Je me lève, je fais ma séance d'entraînement, je reviens, je travaille quelques heures au café ou je fais du baby-sitting, puis je cours plus tard dans la journée », a-t-elle déclaré au New York Times.

Ses clients étaient très heureux de la nouvelle, mais ne semblaient pas étonnés pour autant.

« Je leur ai dit que je m'étais qualifiée pour les essais olympiques et ils étaient enthousiastes, mais ils m'ont aussi dit : 'Vous êtes une intello qui court' ».

Mais si sa vie d'avant était normale, elle est désormais sur le point de prendre un tournant spectaculaire alors que Seidel se prépare à affronter les meilleurs du monde sur la plus grande scène sportive de tous les temps : les Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Y aura-t-il un autre rebondissement dans cette fabuleuse histoire de la marathonienne qui a ébloui le monde entier ?