Mélina Robert-Michon : cinq Jeux, cinq vies

Rio de Janeiro, BRÉSIL - 16 août 2016 : L’émotion de Mélina Robert-Michon après avoir remporté la médaille d’argent en lancer du disque lors des Jeux Olympiques de Rio 2016.
Rio de Janeiro, BRÉSIL - 16 août 2016 : L’émotion de Mélina Robert-Michon après avoir remporté la médaille d’argent en lancer du disque lors des Jeux Olympiques de Rio 2016.

La lanceuse de disque française a attendu 16 ans pour décrocher une médaille olympique à Rio 2016 (argent). Pour Tokyo202.org, elle revient sur ces cinq JO, partageant son aventure olympique dans tous ses aspects. Flash-back façon Mélina Robert-Michon. 

À 40 ans, Mélina Robert-Michon est maman de deux filles et continue de porter haut les couleurs de la France, avec une qualification pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 en poche pour tenter de décrocher l’or.

Dans une interview exclusive, l’athlète française partage ses souvenirs et vous offre une plongée dans ses cinq Jeux Olympiques. Ambiance, sentiments, émotions… Tout y est.

Avant de découvrir l'histoire de ses cinq JO, regardez plutôt.

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@melrobertmichon @franceolympique

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Sydney 2000 - L’inconnu

21 ans - 54,11 m - 29e

Démesure
C’était l’Australie, le bout du monde ! C’est l’une de mes premières grosses compétitions, mon entraîneur ne peut pas venir : beaucoup d’inconnus. Le village olympique est immense, il faut prendre le bus pour aller manger ! Tout est grand, démesuré. Je me sens toute petite, une petite athlète avec si peu d’expérience.

Au milieu de stars
Le défilé lors de la cérémonie d’ouverture est un grand moment. On attend quelques heures dans un gymnase au milieu des athlètes de tous les pays, c’est déjà génial. Quand on entre dans le stade devant 110 000 personnes, on se dit ‘ça y est, on est aux Jeux Olympiques’.

Au village olympique, je me rappelle avoir croisé Gustavo Kuerten (triple vainqueur de Roland-Garros, NDLR), la tête d’affiche du tournoi de tennis. Le voir tranquillement au milieu de tout le monde, c'est incroyable.

Qualifications devant 100 000 personnes
Les qualifications ont lieu vers 9h du matin et habituellement, il n’y a pas énormément de monde. À Sydney, il y a près de 100 000 personnes dans le stade. C’est hyper impressionnant. Lorsque je rate, j’entends le stade faire « oooohhh… ». Je me dis : ‘Mais tout le monde m’a vu, en fait !’. Ça m’a abattu et mentalement, mon concours est déjà fini . Je ne suis plus dedans. Mais cette expérience m’a motivé pour la suite.

Athènes 2004 - La déception

25 ans - 56,70 m - 31e

Je laisse beaucoup d’énergie pour me qualifier et du coup, lorsque j’arrive aux Jeux, je suis déjà épuisée. Ça se passe mal sur la compétition et il y a plus de deception qu’à Sydney car j’ai plus d’attentes. Je me suis peut-être mis trop de pression.

Je crois que dans mon esprit il y avait peut-être plus de pression car c'était Athènes, le pays des Jeux Olympiques, le Discobole… Je n’ai pas su gérer tout ça. Au final, je n’ai pas énormément de souvenir d’Athènes. Je crois que ma mémoire a fait le tri !

Pékin, CHINE - 18 août 2008 : Mélina Robert-Michon lors de l’épreuve de lancer du disque des JO de Pékin 2008.
Pékin, CHINE - 18 août 2008 : Mélina Robert-Michon lors de l’épreuve de lancer du disque des JO de Pékin 2008.
2008 Getty Images / Stu Forster

Pékin 2008 - La libération

29 ans - 62,2 m en qualifications, 60,66 en finale - 7e

Première finale
J’ai eu une grosse blessure en 2005 et j’ai du couper avec l’athlétisme, ça m'a permis de prendre du recul. Avec ma belle performance Championnats du monde 2007 (11e, NDLR), la Fédération Française d’Athlétisme me pré-qualifie pour les Jeux. Je me prépare pour les Jeux Olympiques et non pas pour me qualifier pour les Jeux.

J’ai plus d’expérience, mon entraîneur est là, je me sens mieux. Pour la première fois, j’arrive au Jeux Olympiques en forme et c'est payant. Je me qualifie enfin pour la finale, mais je fais moins bien qu’en qualifications. J’avais le niveau pour faire une bonne performance, mais pas assez pour enchaîner.

Le Nid d’oiseau
La cérémonie est un grand moment car le Nid d’oiseau est magnifique ! Le stade est immense et en même temps on a l’impression d’être confiné. C’est une très bonne sensation.

Une belle ambiance
Le village est agréable. On a des vélos pour se déplacer, beaucoup d’espaces verts, c’est très relaxant. On y est resté environ trois semaines et j’ai pu échanger avec beaucoup d’autres sportifs français. On réussit à avoir des places pour la finale de handball où la France gagne la médaille d’or, un grand moment.

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Il y a 7 ans jours pour jours 😍😍

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Londres 2012 - Le déclencheur

33 ans - 63,98 m - 5e

La première dernière
Cette olympiade est très différente car je suis devenue maman en 2010. Ces Jeux sont censés être les derniers et je vis tout avec ça en tête. Je vis tout au taquet !

Aux qualifications, je suis la première à lancer et c’était un très gros concours avec beaucoup de niveau. Jusqu’aux deux dernières lanceuses, c’est chaud. C’est très dur d’attendre sans rien pouvoir faire. Surtout que je vois que je perds des places au fur et à mesure que le temps passe. Mais finalement, tout se passe bien et j’obtiens la dernière place de qualification.

En finale, c’est la première fois que tout se passe bien. Le fait de repenser à ma grossesse, à ma fille… J’ai envie de montrer que j’ai fait les bons choix et que la naissance de ma fille n’est pas un frein à ma carrière. Je pense beaucoup à elle et je me sers de ça pour me motiver encore plus.

On continue ?
J’ai prévu d’arrêter mais en terminant cinquième, je suis tellement proche du podium... C’est la première fois que je sens que je fais partie de celles qui peuvent monter sur le podium. Avant je ne pensais pas forcément au podium et Londres est un déclencheur. Je me dis que c'est dommage de s’arrêter au pied du podium après tout ça. C’est à partir de là que je réfléchis à continuer.

La passion du public
L’ambiance est énorme. En Chine, c’était plus cadré alors qu’en Angleterre, on sent que c’est un public passionné de sport, dynamique, chaleureux et spontané. Nous sommes très proches du public, c’est super sympa. J’aurais eu plus de mal avec la proximité à l'époque à Sydney mais avec l’expérience, ça a l’effet inverse à Londres.

Rio de Janeiro, BRÉSIL - 16 août 2016 : Mélina Robert-Michon sur la seconde marche du podium avec la médaille d’argent (à gauche), au côté de la médaillée d’or croate Sandra Perkovic et de la médaillée de bronze cubaine Denia Caballero, après l’épreuve de lancer du disque des JO de Rio 2016.
Rio de Janeiro, BRÉSIL - 16 août 2016 : Mélina Robert-Michon sur la seconde marche du podium avec la médaille d’argent (à gauche), au côté de la médaillée d’or croate Sandra Perkovic et de la médaillée de bronze cubaine Denia Caballero, après l’épreuve de lancer du disque des JO de Rio 2016.
2016 Getty Images / Quinn Rooney

Rio 2016 - La consécration

37 ans - 66,73m - Médaille d’argent

Tuer le concours
C’est assez particulier car les qualifications se tiennent le soir et la finale le lendemain matin, en raison du décalage horaire et des droits TV. Je me qualifie assez facilement, au premier essai. Le plan idéal.

J’arrive au village olympique vers une heure du matin. J’apprends que je serai la première à lancer pendant la finale. Je me dis que c’est ma chance et que si j’arrive à faire un gros premier essai, je peux tuer le concours, car les filles ne m’attendent pas à ce niveau. Je m’endors en pensant à ça.

Être maman, ça aide
Je repars à 7 h le lendemain pour la finale à 11 h. J’ai un sentiment de sérénité. J’ai fait tout ce qu’il faut, j’ai beaucoup pensé à ma famille et je n’ai plus qu’à profiter. Au final, je crois que ma fille m’a bien préparé pendant ces dernières années car elle ne dormait pas toujours bien la nuit. Indirectement, c’était une préparation spécifique ! Ce qui aurait pu être un désavantage est finalement un avantage.

Le plan idéal aboutit
Au premier essai, je fais 65,52 m : ma meilleure performance depuis 2002 ! Intérieurement, je bouillonne. Mon plan idéal se passe parfaitement.

Je sors de la cage comme ci tout était normal, pour essayer de dire aux filles : ‘ce n’est que le début’. Je sais que je viens de faire un truc énorme et que je ne ferais peut-être jamais mieux mais c’est pas grave ! Je regarde plusieurs filles et j’en vois une ou deux abasourdies.

Je ne suis pas tranquille non plus car je sais qu’elles sont capable de faire mieux. Puis au cinquième et avant-dernier essai, j’améliore mon lancer : 66,73 m, record personnel, record de France et médaille d’argent.

L’émotion
La cérémonie s’est passée trop vite. On a envie de savourer ! Ça fait 16 ans que j’attends de connaître ça, il y a beaucoup d’émotion. Mais avoir attendu aussi longtemps rend les émotions encore plus fortes...

Tokyo 2020 - En route pour l’or ?

42 ans

Une nouvelle dernière
Après Rio, j’avais prévu de faire un an de plus et de terminer aux Championnats du monde d’athlétisme de Londres 2017. Après ma première grossesse, j’avais repris aux JO de Londres 2012 et je me suis dit que la boucle serait bouclée. Finalement, on a fait un deuxième enfant en 2018 et je suis repartie pour Tokyo 2020 !

L’or au bout du chemin ?
À Tokyo, je veux faire mieux que ce que j’ai déjà fait donc la médaille d’or, ce serait pas mal ! J’ai aussi envie de montrer qu’avoir deux enfants n’est pas un problème. Pour la vie personnelle, professionnelle ou sportive. Tout est possible. Et j’ai aussi envie de prouver qu’à 40 ans, on n’est pas finie.

Des Jeux symboliques
J’espère que les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 vont marquer symboliquement la fin de cette période compliquée. C’est l’occasion de montrer que la vie reprend.

Porte drapeau ?
Le fait que mon nom soit évoqué pour être porte drapeau, c'est déjà quelque chose... La petite jeune de campagne qui arrive aux Jeux de Sydney 2000 dans un sport peu médiatique, peu reconnu, n’aurait jamais pu penser à ça ! Ce serait un très grand symbole et un honneur immense. Ce serait peut-être la première fois qu’il y aurait un homme et une femme, ce serait encore mieux. Avec Renaud Lavillenie ? Ce serait super car on a un parcours différent, mais très complémentaire.

La dernière ?
On ne peut plus dire que c’est la fin ! Si j’ai encore le niveau, pourquoi pas. Continuer pour continuer ne m’intéresse pas. Mais s’il y a une chance d'être présente à Paris 2024, ce pourrait être l’occasion de vivre des choses fantastiques. Les Jeux à domicile ! La porte était fermée mais maintenant, elle est un peu entrouverte car avec le report des Jeux de Tokyo 2020 à l’été 2021, il n’y aura plus que 3 ans à attendre !