Mélanie Dos Santos : « J’ai quitté la Martinique pour les Jeux Olympiques »

Stuttgart, ALLEMAGNE - 13 octobre 2019 : Mélanie De Jesus Dos Santos lors de la finale de l’épreuve de sol des Championnats du monde de gymnastique artistique de Stuttgart 2019.
Stuttgart, ALLEMAGNE - 13 octobre 2019 : Mélanie De Jesus Dos Santos lors de la finale de l’épreuve de sol des Championnats du monde de gymnastique artistique de Stuttgart 2019.

Confinée dans une maison avec trois consoeurs gymnastes dans la région de Saint-Etienne, Mélanie De Jesus Dos Santos ne perd pas son objectif de vue. N’ayant pas pu participer aux JO de Rio 2016, elle espère briller à Tokyo et le report d’un an est pour elle une opportunité d’améliorer son niveau.

En l’espace de trois ans, la carrière de Mélanie De Jesus Dos Santos a pris une toute autre tournure. En avril 2017, la jeune gymnaste de 20 ans remporte sa première médaille européenne avec le bronze au concours général des Championnats d’Europe de Cluj-Napoca. L’année suivante, elle est médaillée d’argent au concours général par équipe et remporte l’épreuve au sol des Championnats d’Europe de Glasgow 2018. Un premier titre européen dans sa jeune carrière.

Un an plus tard pour les Championnats d’Europe 2019 à Szczecin en Pologne, la gymnaste française signe un coup double en conservant son titre au sol. Elle devient ainsi la première gymnaste française à conserver un titre européen. Mais elle s’illustre également en remportant le concours général. Une consécration sur le plan continental mais pour Mélanie De Jesus Dos Santos, ce n’était qu’une étape de franchie qui lui a donné de la confiance :

« J’étais très contente d’être titrée au niveau européen » confie-t-elle à tokyo2020.org. « Cela m’a apporté de la confiance et de la motivation pour viser plus loin. J’ai pu prendre conscience que je faisais partie des meilleures gymnastes. Mais maintenant, il faut viser les podiums mondiaux. »

Les JO, le rêve de toute une vie

Et plus particulièrement les Jeux Olympiques. La compétition dont elle rêve, où seule Émilie Le Pennec est parvenue à décrocher une médaille olympique dans l'histoire de la gymnastique artistique féminine française. C'était lors des Jeux Olympiques d'Athènes 2004, où elle avait décroché l'or en barres asymétriques. À cette époque, Mélanie n'avait que 4 ans.

Ce rêve olympique est apparu très tôt dans sa vie. C’est ce rêve qui lui a donné la motivation et la détermination nécessaires pour quitter sa famille et son île natale, la Martinique, et rejoindre le pôle France de gymnastique de Saint-Etienne à l’âge de 12 ans. Un départ difficile à vivre mais les rêves ont une force particulière. « C’était compliqué de quitter mes parents, mes amis, mon île, mais je savais pourquoi je voulais venir. Si j’ai quitté la Martinique, c’est pour les Jeux Olympiques. »

Pas de famille, pas d’ami, elle ne connaissait personne à Saint-Etienne. « J’étais solo » ironise-t-elle. Mais elle a été bien accueillie dans ce centre d’entraînement de haut niveau, notamment par Monique et Éric Hagard, le couple qui l’a vu évoluer et qui l’entraîne actuellement. Elle a pu poursuivre sa scolarité tout en suivant un entraînement intensif en gymnastique. 

En 2015 alors qu’elle avait 15 ans, elle rêvait déjà de s’envoler pour les Jeux Olympiques de Rio 2016 mais une rupture des ligaments croisés sur une réception en saut de cheval l’a contraint à effectuer une pause de 9 mois. « J’ai tout de suite compris que j’étais écartée de la route olympique » se rappelle-t-elle. « Mais j’étais encore petite, j’avais beaucoup de choses à apprendre et je savais que j’aurai de nouvelles chances olympiques. »

La blessure rend plus forte

Cet arrêt forcé l’a d’abord rendu triste, mais lui a finalement permis d’endurcir un paramètre fondamental au haut niveau : « Cette blessure m’a forgé mentalement. Je n’ai pas pu faire de gym pendant longtemps, c’était très frustrant mais mon mental s’est renforcé. J’allais chez le kiné tous les jours avec la ferme envie de revenir. »

Avec un mental plus fort et une détermination sans faille, « DJDS » a obtenu ses premières médailles internationales en 2017 avant ses premiers titres qui lui permettent d’espérer de grandes choses aux Jeux Olympiques. « Mon objectif est d’atteindre le podium à Tokyo. Je serai capable de rentrer de nouvelles difficultés au sol notamment. C’est là que j’ai le plus de chances d’obtenir de bons résultats ».

Ce n’était pourtant pas sa spécialité lorsqu’elle est arrivée à Saint-Etienne. « J’étais nulle au sol » lance-t-elle. « Mais mes entraîneurs ont vu les bons côtés de mes enchaînements et m’ont dirigé vers des acrobaties faites pour moi et j’ai pu progresser. »

Priorité à la santé

Désormais capable d’exécuter le full-full (double backflip avec deux vrilles), elle veut rentrer le back-full tendu (double backflip avec une vrille dans le second salto) pour tenter de décrocher une place sur le podium. Mais pour le moment, l’heure est au confinement et donc à une nouvelle pause de l’entraînement.

La gym n’est cependant pas vraiment loin. Elle vit actuellement dans une maison dans les environs de Saint-Etienne avec quatre autres gymnastes prometteuses : Alizée Letrange-Mouakit, Lorette Charpy et Aline Friess. Elle continue de maintenir sa condition physique avec « deux heures et demi de sport tous les matins et parfois l’après-midi », même si elle prend également le temps de jouer au jeux de sociétés avec ses amies, et de « regarder tous les dessins animés de Disney ».

Le report n’a rien changé à ses ambitions. Elle prend cette annonce avec pragmatisme en sachant que « la priorité, c’est la santé. » Elle garde la même motivation et au final, ce n’est pas si mal : « Je prends la nouvelle avec du positif car je me dis que je serai plus forte en 2021. C’est une bonne opportunité pour augmenter mon niveau. »