Malonga, les JO accrochés à la ceinture

Tokyo, JAPON - 30 août 2020 : La Française Madeleine Malonga célèbre sa victoire en finale des Championnats du monde 2019, catégorie -78 kg, contre la Japonaise HAMADA Shori, au Nippon Budokan de Tokyo.
Tokyo, JAPON - 30 août 2020 : La Française Madeleine Malonga célèbre sa victoire en finale des Championnats du monde 2019, catégorie -78 kg, contre la Japonaise HAMADA Shori, au Nippon Budokan de Tokyo.

Madeleine Malonga n’a qu’un seul objectif, remporter l’or aux Jeux Olympiques. Actuellement deuxième mondiale, la judokate française devra lutter pour obtenir la sélection dans sa catégorie, les -78 kg, mais sa détermination sans faille l’aidera dans sa quête olympique. À l’occasion de la journée internationale du judo, Tokyo 2020 vous présente une athlète en or. 

Dans neuf mois, ce sera peut-être l’aboutissement de 12 ans de travail sans relâche pour Madeleine Malonga. Si le trafic de la route vers les Jeux de Tokyo 2020 est aussi fluide que ces dernières années, la judokate de 26 ans participera à la compétition de judo des prochains JO, dans le mythique Nippon Budokan. Un rêve qui a commencé à prendre forme en 2008, alors qu’elle n’avait que 14 ans.

A l’époque, la championne du monde 2019 des -78 kg ne mesurait pas l’étendue des efforts à accomplir pour arriver à prétendre au titre olympique. Mais le rêve était déjà bien présent lorsqu’elle a pris la décision de quitter son domicile familial de Chambly (Oise) pour intégrer le pôle France de judo d’Amiens et tenter de faire de sa passion son métier.

« J’avais ce rêve à 14 ans déjà », raconte Madeleine Malonga à Tokyo2020.org. « Mais je n’avais pas conscience de tout ce que ça impliquait, tout ce qu’il fallait faire pour y arriver. Toute la persévérance, le courage et la détermination nécéssaires pour arriver en haut. »

Premier départ

Première épreuve, quitter sa famille à l’adolescence. Une expérience difficile à gérer, que Madeleine ne souhaitait pas. En premier lieu.

« C’était un âge très jeune et ça a été difficile de quitter le domicile familial pour aller en Sport-étude à Amiens. C’est d’ailleurs pour ça que je ne voulais pas partir au début. Mais mon père m’a expliqué que c’était une chance et que si ça ne se passait pas bien, ils pouvaient venir me chercher. Puis j’avais mes parents tous les soirs au téléphone. »

Mais lorsqu’un athlète intègre une structure de haut niveau, la solitude n’est que rarement présente : de nouveaux liens se font.

« En Sport-étude, on vit en communauté, on devient une famille et ça renforce les liens, on se soutient tous mutuellement. On se créé une nouvelle famille ! »

Première victoire en Grand Slam

En 2010, après avoir confirmé son potentiel dans les catégories de jeune, Malonga rejoignait l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP), la structure de sport de haut niveau française. Le temps d'obtenir sa ceinture noire, le plus haut grade du judo, et de changer de dimension. Le rêve s’est ainsi transformé en quelque chose de plus concret.

« Ce rêve d’enfant et est devenu un objectif quand j’ai intégré l’INSEP », confirme-t-elle.

Quatre ans plus tard, Malonga remportait la médaille d’argent du Tournoi de Paris, devant son public. À seulement 21 ans, la performance était de taille. D’autant plus que lors de cette même année, elle remportait son premier Grand Slam, le plus haut niveau des tournois internationaux de judo, à Bakou en Azerbaïdjan. Un début de carrière au sein de l’élite du judo mondial qui annonçait un avenir doré.

« Les JO sont au coeur de ma vie »

Car Malonga sait se faire mal pour s’améliorer constamment, tous les jours à l’entraînement. Elle sait pourquoi elle s’impose ses efforts : pour un jour atteindre le graal olympique.

« Les JO sont au coeur de ma vie. Tout s’articule autour de ce projet », admet-elle.

La vie d’une athlète de haut niveau n’est jamais ou très rarement linéaire. Les cycles de réussite tournent, mais selon Malonga, il ne faut jamais être passive et s’assurer de tout faire aller dans la direction du succès.

« On doit être actrice et pas spectatrice. Sur le tapis, tout le monde veut être championne olympique mais il y a un petit truc qui fait la différence. Parfois, il y a des périodes de flottement, dans l’entraînement ou en compétition. »

Il faut savoir pourquoi on est là et prendre le taureau par les cornes

pour pouvoir travailler ses points faibles et améliorer ses qualités au quotidien.

Les étapes européennes et mondiales

L’adage est connu, le travail paie. Mais faut-il encore se donner les moyens de travailler encore plus lorsque la récompense est à bout de bras. Lors des Championnats d’Europe 2018, Malonga atteint la finale de sa catégorie. Elle est opposée à un roc, championne en titre, qui plus est sa compatriote. Audrey Tcheuméo, championne du monde, vice-championne olympique à Rio 2016, médaillée de bronze à Londres 2012 et quadruple championne d’Europe.

À 24 ans, c’est le genre de configuration qui peut effrayer. Mais Malonga reste concentrée, elle sait ce qu’elle à a faire : ne pas être spectatrice.

Rapidement en tête grâce à un balayage, Malonga reste dans son combat et provoque les erreurs de son adversaire pour remporter la finale à la suite d’une troisième pénalité. Elle prive Tcheuméo d’un cinquième titre européen et remporte son premier titre majeur.

L’année suivante, elle remporte le Tournoi de Paris et lors des Championnats du monde 2019, elle atteint la finale. Une nouvelle fois, elle se retrouve face à la championne en titre et actuelle numéro 1 mondiale, la Japonaise Shōri Hamada. Le résultat est identique, sauf qu’elle remporte le combat par ippon. Propre. Sensationnel. Mais même si elle mesure l’ampleur de cet exploit (« l’un des plus beaux jours de sa vie », dit-elle), ces deux titres sont des étapes.

« Les Europe et les Monde étaient davantage des étapes qu’une fin en soi. Le but, ce sont les Jeux Olympiques. »

La suite logique interrompue

L’année 2020 s’annonçait donc comme une suite logique. Mais la pandémie de COVID-19 est venue perturber les plans de la championne française.

« Je suis championne d’Europe en 2018 et championne du monde en 2019, tout était réglé pour que 2020 soit dans cette lignée ! Il y a eu un petit changement de programme, ça chamboule un peu. Mais d’un autre côté, on aura encore plus de temps pour travailler et être plus forte. »

Être plus forte ne sera effectivement pas de trop. Car la catégorie des -78 kg française est dotée de judokates qui dominent le classement mondial. Madeleine Malonga occupe actuellement le deuxième rang mondial, mais elle est suivie de près par sa compatriote, partenaire d’entraînement et amie, Fanny-Estelle Posvite, troisième mondiale (28 ans). Avec Audrey Tcheuméo (30 ans) toujours au plus haut niveau, la sélection sera disputée.

Meilleure preuve de la rudesse de la concurrence : Tcheuméo vient de battre Posvite en finale du Grand Slam de Budapest (23-25 octobre). Malonga avait prévu de combattre en Hongrie, mais elle a dû déclarer forfait quelques jours plus tôt en raison d’une douleur au genou.

Décrocher le billet olympique

Une seule judokate française combattra à Tokyo chez les -78 kg, comme dans chacune des catégories. Madeleine Malonga est pour le moment la mieux placée pour empocher le billet pour Tokyo, compte tenu du classement mondial, mais la lutte sera palpitante jusqu’au bout et la décision finale interviendra courant 2021. Les Championnats d’Europe 2020 donneront cependant un nouvel avant-goût et seront une étape supplémentaire vers la sélection. Et le combat à trois sera d'autant plus rude que l'heureuse élue sera la grande favorite pour la médaille d’or olympique.