Maïva Hamadouche : « Devenir la première championne du monde professionnelle à remporter l’or olympique »

La Française Maïva Hamadouche (en bleu) contre la Vietnamienne Thi Vuong lors des Championnats du monde de boxe amateur 2012 en Chine.
La Française Maïva Hamadouche (en bleu) contre la Vietnamienne Thi Vuong lors des Championnats du monde de boxe amateur 2012 en Chine.

La boxeuse française Maïva Hamadouche souhaite devenir la première athlète à détenir une ceinture de championne du monde professionnelle et une médaille d’or olympique à Tokyo 2020. Un challenge délicat compte tenu des profondes différences entre ces deux mondes.

Son objectif est inédit.

« Je veux être la première championne du monde professionnelle en titre à devenir championne olympique », lance la boxeuse française au micro de Tokyo 2020 lors d’une interview exclusive.

« Si je continue à travailler comme ça, je ne vois pas bien qui pourrait m’en empêcher. Il y a beaucoup d’adversité et tout peut aller très vite en 9 minutes, c’est clair. Mais je ne vois pas qui pourrait me battre. »

Un objectif inédit pour des Jeux inédits. Quel meilleur endroit pour écrire l’histoire ?

« Je prends des risques et j’avance. »

Les premières lignes de cette histoire ont été écrites au printemps 2019. Elle détenait déjà la ceinture de championne du monde IBF (l’une des quatre fédérations internationales de boxe professionnelle) en poids super-plumes, qu'elle a remporté pour la première fois en 2016 et défendu à cinq reprises.

C’est en cette même année que l’AIBA, l’association internationale de boxe amateur, a autorisé les boxeurs professionnels à combattre aux Jeux Olympiques, où des règles différentes sont appliquées.

Lors des Jeux de Rio, trois boxeurs professionnels ont tenté l’aventure. Ils ont tous été sortis du tournoi après deux combats au mieux.

Alors quand la fédération française de boxe lui a proposer de revenir en équipe de France pour conquérir l’or olympique, la volonté était clairement présente pour celle qui avait quitté le monde amateur en 2013. Mais beaucoup d’éléments entraient en jeu.

« Il fallait que je refasse ma place en équipe de France, et ce n’est pas si facile », admet-elle. « Je me suis posée beaucoup de questions. Si je reviens en amateur, je vais être observée et attendue. Je ne peux pas me permettre de revenir et de me fracasser au premier combat. C’est un parcours dangereux mais c’est une opportunité à prendre. Si l’on veut avancer, il faut prendre des risques. C'est ce que je fais et j’avance. »

Boxer sur les deux tableaux

Si boxe professionnelle et boxe amateur peuvent paraître similaires, en réalité les différences sont considérables.

« C’est comme si on comparait un 200 m et un 800 m en athlétisme », confirme El Veneno, comme elle est surnommée.

En boxe olympique, les combats sont composés de 3 rounds de 3 minutes, chez les hommes et chez les femmes. En professionnel, ils sont composés de 10 rounds de 2 minutes chez les femmes, et 12 rounds de 3 minutes chez les hommes.

Les types de coups, la tactique et le rythme du combat sont donc totalement différents et changer de type de boxe est très délicat.

« En olympique, il n’y a pas trop de schéma tactique à mettre en place. Il y a beaucoup de rythme et on ne peut pas trop se poser sur nos appuis pour frapper. Alors qu’en professionnel, on a 10 rounds et tout est basé sur l’efficacité et le travail de sape », détaille-t-elle.

Hamadouche a changé toute son approche de l’entraînement, tout en poursuivant sa carrière en pro. Elle jongle donc entre les deux types de préparation, et précise qu’il faut « deux bonnes semaines d’adaptation avant de se remettre en boxe amateur ou olympique ».

Mon entraîneur n’attend pas que je me qualifie.

Il attend que je gagne le TQO pour marquer les esprits.

L’argent aux Championnats d’Europe amateur

Quelques mois après le début de l’aventure olympique de Maïva Hamadouche, en août 2019, elle combattait aux Championnats d’Europe de boxe amateur féminine. Un tournoi délicat où certaines des meilleures boxeuses au monde étaient présentes, comme la Finlandaise Mira Potkonen, médaillée de bronze aux JO de Rio 2016 en poids légers.

Même si Hamadouche était sûre de ses capacités, son grand retour sur la scène amateur n’était pas dénué de pression. « Sur mon premier combat aux Championnats d’Europe, j’ai eu énormément de pression. Je suis six fois championne du monde, imaginez si je perds au premier combat... Ça remettrait en question mon statut de championne, je n’avais pas le droit à l’erreur. J’ai vraiment transpiré sur ce premier combat ! »

Avec seulement trois semaines de préparation spécifique, elle s’est hissée en finale, où elle a perdu aux points contre Potkonen. Mais cette médaille d’argent légitimait son projet olympique et sa présence en sélection nationale. « Grâce à ça, j’ai fait ma place en équipe de France », appuie-t-elle.

La prochaine étape se déroulera au Tournoi de qualification olympique (TQO) en 2021, où elle tentera décrocher son billet pour Tokyo 2020. Mais pas seulement.

Anthony Veniant [responsable du collectif féminin de l’équipe de France] n’attend pas que je me qualifie. Il attend que je gagne le TQO pour marquer les esprits. Il veut faire de moi la prochaine championne olympique », assure Maïva Hamadouche, qui tentera de décrocher le titre olympique en poids légers, catégorie dans laquelle la Française Estelle Mossely a remporté l’or à Rio 2016.

Un travail d’orfèvre

Pour arriver à ce niveau, il a fallu que Maïva Hamadouche travaille dur afin d’assimiler les techniques et le rythme nécessaires à la boxe amateur. « Au début c’était compliqué. J’avais parfois l’impression que ce n’était pas possible d’y arriver ! »

Mais le temps lui a été bénéfique. Aujourd’hui, elle se sent à l’aise dans les deux boxes, et l’apport de la boxe olympique lui bénéficie en professionnel. « J’ai fait un gros travail d’un an [...] et je suis en train de trouver le bon équilibre. Ma boxe devient intéressante dans les deux disciplines et je commence à tirer profit de ce croisement. On apprend énormément sur l’aspect technique en boxe amateur. C’est un travail de précision, de détail. On est sur un travail d’orfèvre : le petit décalage de pied, la droite bien dans l’axe qui doit rentrer dans une pièce de monnaie, la rapidité d’exécution... La boxe olympique m’apporte énormément à ce niveau. »

Ayant déjà tout prouvé en professionnel, une médaille d’or à Tokyo 2020 serait donc une consécration pour elle, mais aussi une révolution pour le monde de la boxe. Une première inédite qui récompenserait une championne polyvalente, récemment engagée dans un travail d’orfèvre olympique.