Le nouveau rôle de Karabatic

Nikola Karabatic sur le banc lors des Championnats du monde 2019 au Danemark et en Allemagne.
Nikola Karabatic sur le banc lors des Championnats du monde 2019 au Danemark et en Allemagne.

En équipe de France depuis 2002, Nikola Karabatic a tout gagné. Plusieurs fois, même. Mais à 36 ans, l’un des meilleurs handballeurs de l’histoire a désormais un rôle qui dépasse le sportif. Pour Tokyo 2020, il revient sur le nouveau Karabatic qui tentera de qualifier les Bleus pour les prochains Jeux Olympiques.

Bientôt 18 ans que Nikola Karabatic défend les couleurs françaises. Une mission qu’il a débuté à l’âge de 18 ans, un an après l’arrivée de Claude Onesta aux commandes des Bleus. À cette époque, la France n’avait jamais encore goûté au titre olympique. Aujourd’hui, elle a remporté deux fois le trophée tant convoité (2008, 2012).

Le premier titre olympique coincide avec l’émergence de l’équipe la plus talentueuse de l’histoire du handball international. Les experts, c’était leur surnom. Plutôt parlant.

Quatre titres mondiaux (2009, 2011, 2015, 2017) et deux titres européens (2010, 2014) sont à mettre au crédit de cette génération dorée, qui succédait à des formations bleues (déjà) auréolées de titres et de surnoms tout aussi colorés : les bronzés, les barjots, les costauds...

Nikola Karabatic est le symbole d’une équipe invincible à l’allure de belle bande de potes.

Mais aujourd’hui, l’équipe de France de handball est en plein renouveau. Claude Onesta a quitté ses fonctions en 2016, marquant la fin d’une période faste de plus de 10 ans, même si les Bleus ont remporté un dernier titre mondial en 2017.

D’autres cadres comme Thierry Omeyer ou Daniel Narcisse ont également pris leur retraite internationale.

Nikola Karabatic est toujours là. Toujours aussi décisif sur le terrain et désormais omniprésent hors du terrain.

La légende du handball Karabatic et l'évolution des rôles au fil du temps
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« L’importance du maillot bleu »

Dans une interview accordée à Tokyo 2020, le meilleur handballeur mondial des années 2007, 2014 et 2016 a retracé l’évolution de son rôle au sein de l’équipe de France. Un rôle rapidement devenu central.

« Je suis arrivé à l’âge de 18 ans, je faisais partie des plus jeunes joueurs jamais sélectionnés (deuxième plus jeune sélectionné en Bleu, NDLR) », rappelle le joueur du Paris Saint-Germain Handball. « Mon rôle a rapidement évolué. J’ai eu beaucoup de responsabilités très jeune et fait rapidement partie des titulaires et des leaders. »

Il est ensuite devenu une référence sur laquelle s’appuyer pour les jeunes nouveaux, qui devaient s’intégrer dans une équipe de champions.

« Mon rôle a aussi évolué en dehors du terrain avec l’intégration des jeunes. Je faisais en sorte de leur faciliter le travail, de les intégrer dans le jeu par la tactique et de les rassurer car ce n’est pas simple d’arriver dans une équipe qui a gagné autant de titres. »

Désormais, son rôle dépasse la tactique pure. Karabatic se charge de sensibiliser les néo-Bleus à la responsabilité inhérente au fait de revêtir la tunique tricolore.

« Aujourd’hui je fais partie des plus anciens. Je continue d’accompagner les nouveaux qui arrivent en leur montrant les exigences qu’il faut avoir en équipe de France et l’importance qu’il y a à porter le maillot bleu, les responsabilités que ça entraîne. »

Il faut qu’on se rachète au vu des très mauvais résultats à l’Euro,

il y a beaucoup d’attentes autour de notre équipe.

« J’ai confiance en eux »

D’autant plus que les Bleus traversent aujourd’hui l’une des périodes les plus difficiles de leur histoire récente. Lors du dernier Championnat d’Europe (9-26 janvier 2020), la France n’a pas passé le tour préliminaire. Une élimination prématurée et inédite à l’Euro depuis 1998. L’entraîneur Didier Dinart, double champion olympique en tant que joueur, successeur de Claude Onesta, a ensuite été évincé de son poste pour laisser la place à Guillaume Gille, lui aussi double champion olympique.

Se relever est un véritable défi mais Nikola Karabatic reste confiant.

« Il faut qu’on se rachète au vu des très mauvais résultats à l’Euro, donc il y a beaucoup d’attentes autour de notre équipe », constate l’homme aux 18 titres nationaux.

« Les joueurs ont beaucoup de pression mais j’ai confiance car c’est un groupe qui a beaucoup de potentiel, de qualités et de talent à quasiment tous les postes. Mais il nous faut peut-être un grand résultat pour lancer cette génération, dont beaucoup de membres n’ont jamais gagné de titres en Bleu. »

Et il est vrai que si les résultats n'ont pas été à la hauteur stratosphérique habituelle des Bleus depuis trois ans, les « nouveaux » noms de l'équipe de France ont déjà de quoi inquiéter une bonne partie des défenseurs du monde entier : Ludovic Fabregas, 24 ans, du FC Barcelone, Melvyn Richardson, 23 ans (Montpellier), fils de Jackson, Dika Mem, 22 ans (FC Barcelone) ou encore Nedim Remili, 24 ans, du Paris Saint-Germain. Soit du « potentiel » à revendre, comme le dit Nikola.

La case TQO, un véritable défi

Cette élimination de l’Euro 2020 était également synonyme de non-qualification pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Les Bleus devront donc disputer l’épineux et relevé tournoi de qualification olympique en France (mars 2021), où la marge de manœuvre est très faible. La France sera opposée à la Croatie (finalistes malheureux contre la France lors des Euro 2010 et des Mondiaux 2009), au Portugal et à la Tunisie. Les deux premières équipes seront qualifiées. Des adversaires que Nikola Karabatic estime redoutables.

« Ca sera très dur. La Croatie est vice-championne d’Europe en titre, le Portugal nous a éliminé lors du dernier Euro et la Tunisie est l’une des meilleures nations africaines avec des joueurs de haute qualité qui évoluent dans le championnat de France. Nous avons l’avantage de jouer en France mais cela ne garantit rien, c’est juste un plus.

« Ca ne sera pas une mince affaire. On ne pourra pas jouer à 80%, il faudra être à notre meilleur niveau. »

Le demi-centre a déjà connu l’expérience d’un TQO, en 2008. Les Français étaient sortis vainqueurs contre l'Espagne, la Norvège et la Tunisie, avant de s’envoler à Pékin pour conquérir la première médaille d’or olympique française. Il est donc bien conscient de la difficulté de ce genre de tournoi.

« C’est très spécial car c’est généralement calé en plein milieu de la saison de club. Il y a peu de temps pour se préparer et on a trois matchs en trois jours. C’est tellement court qu’une petite blessure la veille du match peut vous faire rater tout le TQO. »

« Il y a donc beaucoup de paramètres et aussi beaucoup de pression : tu rates un match et tu ne vas pas aux Jeux. Ca peut se jouer sur très peu de choses. Il n’y a pas de droit à l’erreur, c’est compliqué. »

Les titres, je les ai déjà.

Je veux aider mes coéquipiers à les gagner aussi.

Lancer la nouvelle génération

À 36 ans, Karabatic aura à coeur d’emmener cette nouvelle génération pour Tokyo 2020. Pour conquérir une nouvelle médaille olympique, après l’argent à Rio 2016 ? « Déjà, il faut se qualifier ! Mais si on le fait, alors tout peut se passer », affirme-t-il.

Si les Bleus obtiennent leur billet pour Tokyo, ces jeux seront peut-être les derniers pour Nikola Karabatic. Il est conscient que de poursuivre jusqu’à Paris 2024 peut être compliqué, mais il ne se ferme aucune porte. Il veut simplement être à même de remplir son rôle.

« Je cherche à ralentir un peu le temps (rires) ! À mon âge on ne se projette plus aussi loin qu’avant. Je vois saison après saison, je ferai le bilan physique pour voir si je suis suffisamment en forme pour encore tenir le coup sur tous les tableaux, en équipe de France et en club sans porter préjudice à l’une ou à l’autre. En ce moment je me sens en pleine possession de mes moyens et donc à même d’aider mes coéquipiers mais je ne me projette pas plus loin que Tokyo. »

Mais plus que tout, Niko cherche à mettre son expérience, sa personnalité et sa technique au service de la nouvelle génération et à prendre du plaisir.

« Je suis plus proche de la fin ma carrière que du début, c’est un fait. Les titres, je les ai déjà, mais je veux aider mes coéquipiers à les gagner aussi et peut-être toucher une dernière fois au Graal d’un grand titre. J’essaie d’en profiter au maximum en ne pensant pas qu’à l’enjeu ou aux titres, de profiter du chemin. »