Laëtitia Guapo : « Je faisais 4h de route par jour pour m’entraîner et étudier »

Debrecen, HONGRIE - 30 août 2019 : La basketteuse française de 3x3 Laëtitia Guapo lors de la Coupe d’Europe de 3x3 contre la Hongrie.
Debrecen, HONGRIE - 30 août 2019 : La basketteuse française de 3x3 Laëtitia Guapo lors de la Coupe d’Europe de 3x3 contre la Hongrie.

Après un été 2019 totalement fou avec l’équipe de France féminine de 3x3 et un titre de championne d’Europe remporté, Laëtitia Guapo a été propulsée à la première place du classement mondial pour sa première année dans la discipline, qui fera ses débuts à Tokyo 2020. La Française à l’endurance exceptionnelle nous parle de ce sport qui va « faire le buzz » et de sa détermination sans limite. 

Son ascension en 3x3 est allée aussi vite que ses accélérations sur le terrain.

Lorsque Laëtitia Guapo soulevait le trophée de championne d’Europe de basket 3x3 2019 avec ses partenaires de l’équipe de France, cela ne faisait que quelques mois qu’elle avait rejoint la sélection. La basketteuse de 25 ans, dont la vitesse et l’endurance exceptionnelles ont été analysées dans un épisode de la série Anatomy Of d’Olympic Channel, remportait son premier titre international et grimpait à toute allure dans le classement mondial individuel.

Aujourd’hui, elle est numéro 1 mondiale, devant ses compatriotes Migna Touré et Ana Maria Filip qui complètent le top 3 d’une discipline palpitante, disputée pour la première fois de l’histoire aux Jeux de Tokyo 2020.

Une endurance hors du commun

Si Guapo est parvenue à grimper si haut en si peu de temps, c’est parce qu’elle a trouvé dans le 3x3 un style de jeu qui convenait parfaitement à ses capacités physiques. Le « trois-trois » en compétition internationale, c’est plusieurs matchs de 10 minutes par jour lors desquels l’intensité ne diminue jamais, ce qui rend la discipline spectaculaire.

« J’ai de suite beaucoup aimé car je trouve que mes qualités correspondent beaucoup au style de jeu du 3x3 », raconte Guapo dans une interview exclusive avec Tokyo 2020. « Sur un match tendu, je sais que l’on peut passer à la vitesse supérieure sur les trois dernières minutes alors que les adversaires n’en peuvent plus. C’est parfois là que l’on fait la différence. »

La resistance est donc clé en 3x3. Cela s’est notamment remarqué en finale des Championnats d’Europe 2019 contre l’Espagne, où la France ne s’est imposée qu’avec deux points d’écarts (14-12). Et à ce jeu, Laëtitia Guapo est au-dessus.

Concrètement, Guapo est capable de courir une course à pied de 9,3 km sur route en 35 min 41 s, comme elle l’a fait à Clermont-Ferrand en 2019. Cela représente une vitesse de 15,64 km/h. Une vitesse qui lui permettrait d’être dans le top 50 du Championnat de France du 10 km sur route féminin en 2019. Le tout, sans pratiquer la course à pied.

L’adrénaline, son moteur

En revanche, Guapo est engagée dans une autre course. Celle qui mène à Tokyo 2020. « Mon objectif, mon rêve », ajoute-t-elle.

Avec Laëtitia Guapo, Marie-Ève Paget, Mamignan Touré et Ana Filip, la France a remporté la médaille de bronze lors des derniers Championnats du monde et l’or, donc, aux Championnats d’Europe 2019 où elle était tenante du titre, mais elle devra passer par le Tournoi de Qualification Olympique (TQO) en mai 2021 pour s’envoler pour le Japon.

Seules la Russie, la Chine, la Mongolie et la Roumanie sont directement qualifiées, de par le classement mondial de chaque nation.

Trois tickets pour les Jeux seront disponibles au TQO, et Laëtitia Guapo a bien l’intention de placer la France dans les heureux élus. Peu importe les difficultés que présentent cette aventure olympique inédite.

« Quand on a su que l’on n’était pas qualifiées et qu’il fallait passer par le TQO, on s’est dit que c’était un obstacle mais que l’on allait le surmonter. Nouvel obstacle avec le confinement, le report, mais on a jamais dit que le chemin était simple et rapide ! Ce sera encore plus beau si l’on y parvient. »

Le chemin est sinueux, mais Laëtitia Guapo n’a jamais choisi les issues faciles où toute sa personne n’est pas sollicitée. Le confort, ce n’est pas son truc. Elle préfère l’adrénaline.

C’est d’ailleurs ce qui lui a manqué le plus lors de la période de confinement, où même si elle a continué à s’entraîner, elle n’avait pas cette « adrénaline inhérente au dépassement de ses limites ».

J’assistais à une heure et demi de cours et je repartais à Charnay pour l’entraînement.

Ensuite, je mangeais dans ma voiture et je retournais en cours l’après-midi.

N°1 mondiale, « une récompense à toute cette détermination »

Pas plus tard qu’en 2018, alors qu’elle jouait pour le club de basket 5x5 de Charnay en Ligue 2 féminine avant de monter en Ligue principale, il était déjà questions de limites. 

En parallèle de sa vie de sportive de haut niveau, Laëtitia Guapo mettait tout en oeuvre pour passer le CAPEPS, le concours de professeur d’éducation physique et sportive. « Je voulais assurer mes arrières », explique-t-elle.

Elle était engagée dans un rythme de vie qui, déjà, repoussait ses limites et où la majorité des individus normalement constitués aurait aisément abandonné.

« Je me levais à 5h30 pour faire une heure de route et rejoindre Lyon, où je faisais mes études. J’assistais à une heure et demi de cours et je repartais à Charnay pour l’entraînement. Ensuite, je mangeais dans ma voiture et je retournais en cours l’après-midi. J’aurais pu faire le choix de dormir le matin, mais je ne le regrette pas. »

Pourtant à cette période, la Clermontoise avait une opportunité de rejoindre l’équipe de France de 3x3. Mais elle a refusé, pour terminer ce qu’elle avait commencer.

Un an plus tard, elle rejoignait donc l’équipe de France, remportait son premier titre et devenait numéro 1 mondiale. 

« Une grande fierté. C’est une récompense à toute cette détermination. Mais cette place de numéro 1 n’aurait jamais pu être possible sans l’équipe et la fédération », tempère-t-elle.

Tout semble possible

Guapo est allée chercher une autre récompense cette année. Elle a rejoint les Tangos de Bourges, une équipe historique de 5x5 (11 titres de championnes de France et 3 EuroLigues notamment) taillée pour le titre de championne de France qui dispute également l’EuroLigue.

C’est le club de sa région, qu’elle allait supporter quand elle était plus jeune dans cette salle emblématique et incroyablement bruyante du Prado. « Depuis toute petite, je venais voir jouer les Tangos, c’était mon rêve de jouer dans une telle équipe. »

En rejoignant une équipe du haut de tableau, au niveau national et international, après plusieurs saisons dans des catégories inférieures, Guapo s'aventure dans un nouveau challenge. Elle n'a pas tardé à montrer qu'elle était de taille à le relever en affichant des statistiques impressionnantes dès les cinq premières rencontres de son équipe : cinq victoires, deuxième meilleure marqueuse avec une moyenne de 15,2 points par match, 4,2 rebonds et 1,6 passes décisives.

Si l’équipe de France de 3x3 parvient à se qualifier pour Tokyo 2020, Guapo aimerait ensuite disputer les Jeux de Paris 2024, à la maison. « J’aurai 29 ans et je verrai après si je veux continuer ou non. J’y pense très fortement ! »

Pour Laëtitia Guapo, tout semble possible. Enfin tout… Vraiment tout ? Même tenter de courir le marathon olympique des Jeux de Los Angeles 2028 ? « Pourquoi pas ! » rigole-t-elle. « J’aime bien me challenger, alors pourquoi pas ! »

Anatomie d'une basketteuse: L'incroyable endurance de Laëtitia Guapo
08:47

Nous avons emmené la basketteuse française de 3x3 Laëtitia Guapo pour étudier son physique unique dans un laboratoire scientifique du sport pour comprendre ce qu'il faut pour être la joueuse de basket classée numéro une mondiale FIBA. Avec l'aide de l'ancienne olympienne Lolo Jones, chaque épisode de notre série originale sur la science dans le sport Anatomy Of étudie les pouvoirs et le physiques d'un athlète pour voir ce qui le rend si spécial dans son sport.

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