L'unique médaille olympique : Le héros qui n'avait visité son pays qu'une seule fois

Beijing, CHINE -  12 août  2008 : Le togolais Benjamin Boukpeti lors de la finale du kayak (K1) aux Jeux Olympiques de Beijing 2008.
Beijing, CHINE - 12 août 2008 : Le togolais Benjamin Boukpeti lors de la finale du kayak (K1) aux Jeux Olympiques de Beijing 2008.

Si gagner une médaille olympique est un objectif personnel pour des milliers d'athlètes, pour 24 nations, c'est un rêve qui ne s'est réalisé qu'une seule fois. Tokyo 2020 se penche sur ces glorieux moments et sur l'impact qu'ils ont eu sur la vie de ces athlètes.

Le contexte

En 2003, Benjamin Boukpeti a pris une décision qui allait changer sa vie, et ancrer à jamais son nom dans l'histoire olympique du Togo.

Boukpeti est né à Lagny-sur-Marne, en France, d'une mère française et d'un père togolais. Il a voyagé une seule fois au Togo, lorsqu'il était enfant, pour de brèves visites lorsque sa mère l'a emmené voir sa grand-mère. Mais en tant que kayakiste talentueux avec des ambitions olympiques, son chemin vers la qualification a été bloqué dans son pays natal son classement national n'était pas suffisant.

C'est alors que Boukpeti a pris la décision cruciale de représenter le Togo, un pays dans lequel il n'avait mis les pieds qu'une seule fois. Sous le drapeau togolais, Boukpeti a pu participer au plus grand événement sportif au monde, les Jeux Olympiques.

Selon ses propres termes, c'était une décision compliquée. Car il a eu le sentiment que dans les deux pays, il était considéré comme un outsider.

« Au Togo, je suis français. En France, je suis togolais ».

Le moment historique

Sa première expérience olympique a lieu à Athènes en 2004, où il est le seul Africain à concourir dans cette épreuve. Il atteint la demi-finale et obtient une 18e place au classement général, un exploit.

Mais c'est quatre ans plus tard que son grand moment olympique - et celui du Togo - viendra.

Lors de Pékin 2008, Boukpeti a été choisi comme porte-drapeau de son pays pour la cérémonie d'ouverture, brandissant haut les couleurs togolaises au sein d'une petite équipe représentant cette nation qui dispute ses huitièmes Jeux Olympiques.

Au début de la compétition, Boukpeti (56e mondial) était loin d'être un favori. Les journalistes pensent même qu'il serait le nouveau Michael Edwards (premier skieur britannique aux JO) ou Éric Moussambani (premier nageur de Guinée Équatoriale à participer à une épreuve de natation olympique).

Mais Boukpeti avait des ambitions bien plus grandes que de devenir un favori du public.

Lors de la demi-finale, il a surpris tout le monde en réalisant le meilleur temps. Puis, de façon incroyable, il a maintenu sa performance en finale, revenant à la troisième place derrière l'Allemand Alexander Grimm, vainqueur, et le Français Fabien Lefevre.

Boukpeti avait remporté le bronze. Mais plus que cela, il avait remporté la toute première médaille olympique de l'histoire du Togo.

Dans un moment iconique, Boukpeti a célébré sa médaille en cassant sa rame sur son kayak, un moment symbolique de la fin de la traversée du désert du Togo, resté sans médaille pendant 32 ans.

Beijing, CHINE -  12 août  2008 : Le togolais médaillé de bronze Benjamin Boukpeti après avoir participé à la finale masculine de kayak aux Jeux Olympiques de Beijing 2008
Beijing, CHINE - 12 août 2008 : Le togolais médaillé de bronze Benjamin Boukpeti après avoir participé à la finale masculine de kayak aux Jeux Olympiques de Beijing 2008
Photo by Adam Pretty/Getty Images

Les conséquences

Lorsque Boukpeti est rentré au Togo en août 2008, c'était pour être accueilli en héros. Il a élevé au rang de Prince de la ville d'Aneho et il a mis du temps à s'adapter à son nouveau statut de personnalité populaire : « C'est drôle car France, je vis dans l'anonymat mais au Togo, je suis assez célèbre. Je n'y suis pas habitué ».

Après avoir offert au Togo son plus grand moment olympique, Boukpeti a utilisé sa nouvelle notoriété pour en faire profiter sa communauté. Il a créé un projet pour développer le kayak dans le pays et ouvert un centre sportif, donnant à des centaines d'enfants par an la possibilité d'essayer huit sports olympiques différents.

Il croit fermement aux valeurs défendues par le mouvement olympique et à leur capacité à améliorer la vie des gens. Comme il l'a dit dans une interview à Olympic Channel :

« L'esprit olympique nous maintient en vie. Il est universel et il fait de nous de meilleures personnes ».

Comment Benjamin Boukpeti a remporté la première médaille olympique du Togo
08:45