Kirani James : retour en piste

Le Grenadien Kirani James célèbre sa victoire après sur le 400 m des Jeux Olympiques de Londres 2012.
Le Grenadien Kirani James célèbre sa victoire après sur le 400 m des Jeux Olympiques de Londres 2012.

La carrière du champion olympique du 400 m des JO de Londres 2012 prend un nouveau départ après avoir vaincu la maladie de Basedow. Avec un an de plus pour se préparer, il puise son inspiration dans l’histoire de Gail Devers, qui a effectué un retour dans des conditions similaires avec 3 médailles d’or à la clé.

Petite île. Grands rêves.

Kirani James est une légende vivante de son pays, Grenade, petite île des Caraïbes comptant un peu plus de 100 000 habitants. 

James est le seul médaillé olympique de son pays. Il a remporté l’or à Londres 2012 et l’argent à Rio 2016.

Plus jeune, Kirani James était déjà un talent prometteur et avait acquis le surnom de « jaguar » en courant le 400 m le plus rapide de l’histoire pour un adolescent de 14 ans, en 46,96 s. Ce n’était pas longtemps avant qu’il confirme toutes les promesses placées en lui en devenant le premier athlète à remporter les titres de champion du monde U18, U20 et senior et champion olympique.

Lors de la finale des JO de Londres 2012, James a couru le 400 m en 43,94 s. En plus de remporter l’or, il est devenu le premier coureur non-américain à passer la barre des 44 secondes.

Il était bien parti pour dominer sa discipline pour les années suivantes.

Kirani James à 17 ans
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Quatre ans plus tard à Rio 2016, Kirani James s’élançait en tant que favori pour une seconde médaille d’or, étant invaincu pendant toute la saison. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévues pour le champion du monde. C’est le sud-africain Wayde van Niekerk qui s’est imposé en finale en battant le record du monde : 43,03 s. Un record toujours d’actualité.

Même s’il a perdu son titre, la réponse de Kirani James était pragmatique : 

« Wayde était injouable, tout simplement » a-t-il confié. « Son finish était très fort et il a couru plus vite que n’importe quel coureur dans l’histoire. Je n’ai jamais été dans une course similaire et je n’ai rien pu faire. »

Le moment qui a tout changé

Juste après Rio 2016, la vie de James a pris un tout autre tournant. 

Il a réalisé cela lorsqu’il s’est rendu aux Drake Relays 2017, pour la seconde course de sa saison. Il a couru le 400 m en 46,21 s et il a immédiatement compris que quelque chose n’allait pas. 

C’était le chrono le plus lent en finale depuis l’âge de 16 ans. 

« Je me sentais bien pendant l’échauffement malgré la forme du début de saison, je me suis également senti bien pendant la course. Mais après la course, j’ai eu besoin de beaucoup de temps pour récupérer et j’ai compris que ce n’était pas normal. Je suis donc allé faire un check-up » avait-il déclaré à la World Athletics. 

« Après avoir vérifié mes symptômes et effectué mes analyses sanguines pour voir ce qui n’allait pas, les résultats ont montré quelque chose d’anormal avec ma thyroïde. »

Un spécialiste a ensuite confirmé que James souffrait de la maladie de Basedow, une maladie autoimmune qui génère une hyperactivité de la glande thyroïde. Si elle n’est pas traitée, la maladie peut causer de nombreux symptômes, comme de la perte de poids, des faiblesses musculaires et de l’essoufflement. 

C’était le début d’un long chemin vers le rétablissement pour le sprinteur grenadien, qui a perdu près de 10 kg. Il a ensuite cherché le meilleur traitement pour guérir, ce qui l’a éloigné du sport pendant 13 mois.

Kirani James après les séries du 400 m des Championnats du monde d’athlétisme 2019 à Doha, au Qatar.
Kirani James après les séries du 400 m des Championnats du monde d’athlétisme 2019 à Doha, au Qatar.

L’inspiration inattendue

Lorsque James a été diagnostiqué de la maladie de Basedow, son coach a immédiatement pensé à un autre athlète ayant souffert de la même maladie : Gail Devers.

La triple champion olympique était encore à l’université lorsqu’elle a été diagnostiquée : 

« Le plus bizarre était ma perte de poids : je pesais environ 53 kg à l’époque » expliquait Gail Devers à la chaîne américaine CNN en 2013. 

« Le moment le plus critique, et je dis cela car j’ai arrêté de me peser car je ne supportais plus l’apparence que j’avais, je pesais 38 kg. Je me suis alors dit, ‘il y a vraiment quelque chose qui ne va pas. »

Mais Devers n’a jamais laissé son état remettre en question sa carrière d’athlète. Après trois années éloignées des pistes, elle est revenue à la compétition de manière fracassante en remportant l’or aux Jeux Olympiques de Barcelone 1992. 

L’histoire de cette légende olympique a été une source d’inspiration pour James. 

« Mon coach a discuté avec Gail Devers pour me rassurer » a déclaré James à la World Athletics. « Savoir qu’elle a souffert de cette maladie, surement de manière plus grave, avant de revenir m’a redonné de la confiance.

Atlanta, ÉTATS-UNIS : (de gauche à droite) Gwen Torrence (USA), médaillée de bronze, Gail Devers (USA), médaillée d’or, et Merlene Ottey (JAM), médaillée d’argent, sur le podium du 100 m féminin des Jeux Olympiques d’Atlanta 1996.
Atlanta, ÉTATS-UNIS : (de gauche à droite) Gwen Torrence (USA), médaillée de bronze, Gail Devers (USA), médaillée d’or, et Merlene Ottey (JAM), médaillée d’argent, sur le podium du 100 m féminin des Jeux Olympiques d’Atlanta 1996.
Gary M. Prior/Getty Images

De retour sur les pistes

James a fait son retour lors du Racers Grand Prix de Kingston en Jamaïque, 14 mois après sa dernière course. Il avait récupéré son poids de forme, un peu mois de 80 kg, et il a remporté la course dans un final dantesque en s’imposant dans le dernier mètre. 

Depuis, il a eu du temps pour peaufiner sa condition physique. Mais avec une année de plus pour préparer les Jeux Olympiques, aura-t-il le temps pour réunir les conditions d’un retour triomphal à Tokyo 2020 ? Il croît en tous cas que ce report ne réduit pas ses chances.

« Je ne pense pas » expliquait-il au média américain TideSports en parlant d’une éventuelle diminution de ses chances de victoire à Tokyo. « En tous cas aujourd’hui, c’est comme ça. »

« C’est de la faute de personne. Nous devons simplement composer avec et se préparer de la meilleure des manières. C’est cette décision qui a été prise et nous devons l’accepter. Nous devons tout faire pour bien nous préparer. »

Sur ce qu’il pense de la décision du report des Jeux, voici ce que Kirani James déclare : 

« La manière dont je vois ça, c’est qu’ils ont pris cette pandémie très au sérieux et que je suis sûr que s’il y avait un moyen de les maintenir cette année, ils l’auraient fait. Mais ils ont manifestement épuisé toutes les options. C’est comme ça. Au final, la sécurité et la santé l’emporteront toujours. »

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