Julian Alaphilippe, légendes d'automne

Imola, ITALIE - 27 septembre : Le coureur cycliste français Julian Alaphilippe place une attaque décisive à 12 kilomètres de l’arrivée, qui lui a permis de décrocher le titre de champion du monde de course en ligne 2020.
Imola, ITALIE - 27 septembre : Le coureur cycliste français Julian Alaphilippe place une attaque décisive à 12 kilomètres de l’arrivée, qui lui a permis de décrocher le titre de champion du monde de course en ligne 2020.

Sacré champion du monde de cyclisme sur route en septembre dernier, Julian Alaphilippe s’est fracturé la main moins d’un mois plus tard, après une lourde chute lors du Tour des Flandres. Sa récupération se passe bien et désormais, cap sur 2021 avec les JO de Tokyo en ligne de mire.

Le 18 octobre dernier, Julian Alaphilippe disputait son premier Tour des Flandres. Une classique qu’il rêvait d’ajouter à son riche palmarès, d’autant plus avec le maillot arc-en-ciel de champion du monde, fraîchement conquis le 27 septembre à Imola en Italie au terme d’un final haletant.

À 35 kilomètres de l’arrivée en Belgique, il figurait dans le groupe de tête avec les favoris, le Néerlandais Mathieu van der Poel et le Belge Wout van Aert, respectivement premier et deuxième.

Mais une collision avec une moto de l’organisation qu’il n’a pas pu éviter lui a fait subir une chute spectaculaire qui l’a contraint à arrêter sa saison 2020, exceptionnelle à tous les points de vue.

« Je n’ai rien pu faire »

Le diagnostic était cruel : double fracture de la main droite. Opéré dès le lendemain en Belgique, intervention lors de laquelle les chirurgiens lui ont posé des plaques, il est désormais rentré chez lui, à Andorre, où il se repose et assure que sa convalescence se passe bien.

« La douleur s’atténue. Les jours qui ont suivi l’opération, je ne m’attendais pas à avoir aussi mal. La main était très gonflée. Je dormais mal », a-t-il confié lors d’une interview avec le journal l’Équipe. « De toute façon, je n’avais pas le choix, c’étaient deux vilaines fractures, déplacées. L’opération n’était même plus une option, il fallait la faire. »

Lorsqu’il revient sur sa chute qui a brusquement stoppé sa saison, l’athlète de 28 ans estime ne rien avoir pu faire. « Honnêtement, je n’ai pas eu le temps de comprendre ce qui m’arrivait. J’étais derrière Van der Poel, côté gauche. Je suis allé vers le côté droit pour prendre l’aspiration et, au moment où il s’écarte, je prends la moto en pleine gueule. Je suis habile sur le vélo, j’arrive à éviter les obstacles, à passer par des endroits où c’est serré. Là, je n’ai rien pu faire. »

Les Mondiaux plus que le Tour de France

Cet accident intervenait moins d’un mois après son sacre aux Championnats du monde. Un titre dont il a toujours rêvé et pour lequel il s’était préparé depuis le début de la saison. Le coureur français a même confié que son équipe, Deceuninck-Quick-Step, et lui-même n’avaient pas axé la préparation pour obtenir une bonne place au général lors du Tour de France.

Sur la Grande Boucle, il a certes porté le maillot jaune de leader pendant 3 jours, mais l'objectif était d’atteindre son pic de forme lors des Mondiaux, au milieu d'une saison rendue très intense en raison de la pandémie de COVID-19 : toutes les courses majeures ont été concentrées sur quatre mois, de août à novembre.

« Je m’étais préparé à cette saison concentrée, intense, après un confinement qui n’a pas été toujours évident à vivre pour un hyperactif comme moi. […] Quand j’ai perdu le Maillot Jaune, l’objectif était encore plus de me servir du Tour comme d’un bloc pour le Championnat du monde. »

La pression du maillot de champion du monde

Une semaine après sa victoire aux Mondiaux avec l’équipe de France, Alaphilippe était en Belgique et revêtait la tunique de son équipe, Deceuninck-Quick-Step, avec les bandeaux arc-en-ciel de champion du monde pour courir Liège-Bastogne-Liège, la doyenne des courses cyclistes où il avait terminé deuxième en 2015. Sa première course en tant que champion du monde. Un nouveau statut à honorer, qui a fini par perturber le natif de Saint-Amand-Montrond, dans le centre de la France.

Tout se passait pourtant idéalement jusqu'à quelques kilomètres de l’arrivée. Il était alors dans le groupe de tête qui allait se jouer la victoire, aux côtés du Slovène Tadej Pogačar, vainqueur du Tour de France 2020, son compatriote et dauphin Primož Roglič, ainsi que le Suisse Marc Hirschi, redoutable sur ce type d’épreuve et de finish.

« Manque de lucidité »

C’est en déviant de sa ligne sur le sprint final qu’Alaphilippe a légèrement coupé la route de Hirschi, avant de commettre une seconde erreur et de lever les bras trop tôt. Roglic déboulait sur sa droite pour lui chipper la victoire. Déclassé suite à son changement de ligne, Alaphilippe n'avait pas de regrets à avoir, mais l'erreur était grossière.

« J’ai eu un gros manque de lucidité avec cette envie de gagner qui m’a submergé », admet-il, toujours au journal l'Équipe. Elle était si forte que je n’ai pas su la contenir en voyant la ligne se rapprocher. Et j’ai fait deux erreurs coup sur coup.

Le plus dur pour moi, ça n’était pas d’avoir perdu la course, c’était de savoir que j’étais fautif. Je me suis vite excusé. 

Je sais qui je suis : je ne cours pas pour faire perdre les autres. »

Une première à Tokyo 2020 ?

De nouveau en selle trois jours plus tard lors de la Flèche brabançonne 2020, toujours en Belgique, Alaphilippe commettait une nouvelle fois l’erreur de lever les bras trop tôt alors qu’il était en tête dans le sprint final. Il remportait tout de même la course, pour quelque centimètres.

L’avant-dernière course d’un automne un peu fou, sans pause, où il a su gérer sa récupération pour réaliser son rêve de devenir champion du monde.

« C’est à bloc, comme toujours chez moi ! Mais je mets le Championnat du monde au- dessus de tout parce qu’il y a tellement de choses derrière ce maillot. Je me suis accroché à mon rêve d’être champion du monde. J’y pensais à chaque fois que je montais sur le vélo. C’est un accomplissement dans ma carrière et, humainement, des moments très forts, inoubliables, partagés avec mes coéquipiers et le staff de l’équipe de France. »

Une équipe de France avec laquelle il disputera les prochains Jeux Olympiques de Tokyo 2020, a propos desquels le sélectionneur Thomas Voeckler déclarait récemment sur tokyo2020.org qu’Alaphilippe faisait partie du trio de favoris avec ses compatriotes Romain Bardet et Thibaut Pinot, sur un parcours vallonné, exceptionnel lors d’une épreuve olympique.

Un parcours qui pourra peut-être couronner le premier champion du monde de course en ligne en titre à devenir champion olympique.