Jenny Egan : « Dans 10 ans, j'espère que nous ne parlerons plus d'égalité des sexes dans le sport »

L’Irlandaise Jenny Egan en amont des Jeux Européens de Minsk en 2019.
L’Irlandaise Jenny Egan en amont des Jeux Européens de Minsk en 2019.

La canoéiste irlandaise Jenny Egan, médaillée aux Championnats du monde et d'Europe et en Coupe du monde, est numéro 1 mondiale en K1 5000 m. Tokyo 2020 l'a interviewé pour parler de son enfance, des Jeux Olympiques de l'année prochaine et de son rôle dans l'amélioration de la visibilité des femmes dans le sport.

Jenny Egan préférerait de loin ne pas parler de cela avec Tokyo 2020.

Non pas car elle ne veut pas parler (Egan pense qu'en ce moment, il est important de profiter de toutes les occasions de donner plus de visibilité). Et non pas car elle n'a rien à dire (son expérience fait d'elle une autorité incontestable sur le sujet).

Mais parce que s'il n'était plus nécessaire d'avoir cette conversation, la société serait dans une bien meilleure situation qu'aujourd'hui.

« Dans les dix prochaines années, j'espère que nous ne parlerons plus des femmes dans le sport », a expliqué Egan.

« Il ne sera plus nécessaire de mener de grandes campagnes pour accroître la visibilité, ou augmenter la participation ou la fréquentation des matchs. Ce sera tout simplement normal. »

Peut-être que dans une décennie, ses interviews ne parleront plus que de sa vie d'athlète - ce qui serait facile, vu son palmarès impressionnant. Après tout, elle est la première Irlandaise à avoir remporté une médaille au Championnat du monde et au Championnat d'Europe de canoë-kayak, ainsi que la première Irlandaise à avoir remporté une médaille à la Coupe du monde de canoë-kayak, hommes et femmes confondus.

Mais pour l'instant, ces conversations sont importantes. Une étape nécessaire pour parvenir à l'égalité et, par conséquent, à l'égalité des chances pour les athlètes féminines du monde entier.

Plus de visibilité, la clé du progrès

En tant que seule représentante des athlètes au sein du Sport Ireland Women in Sport Steering Committee (Comité directeur de Sport Ireland pour les femmes dans le sport), et l'une des 20 athlètes féminines sélectionnées pour faire partie de la campagne 20x20 (une initiative visant à augmenter de 20 % la couverture médiatique du sport féminin, la participation et la fréquentation des femmes aux événements sportifs), Egan est l'avant-garde du mouvement pour l'égalité des sexes dans le sport en Irlande.

Et s'il y a un facteur de changement qu'elle souhaite aborder, il peut se résumer en un mot :

Visibilité.

Si vous voulez ouvrir des portes, vous devez être vu. Et pour inspirer la prochaine génération d'athlètes, les femmes doivent être visibles.

« Je dis toujours qu'en tant qu'ambassadrice de notre sport, nous devrions saisir toutes les occasions possibles dans les médias, quels qu'ils soient, pour essayer de faire connaître notre sport et de le faire voir au public. »

« Parce que la visibilité est tellement essentielle pour aider la prochaine génération d'athlètes à se développer. »

Et ce n'est pas seulement une question de visibilité en termes de compétitions et de résultats. Egan pense qu'il est tout aussi important de raconter l'histoire des athlètes féminines, afin que le public puisse les identifier et les accompagner tout au long de leur carrière.

« Si un jeune garçon ou une jeune fille nous voit, moi une autre ou un autre athlète, participer à une compétition et qu'il nous voit gagner des médailles aux Championnats du monde, il se dit : "Wow, si elle peut le faire, je peux le faire". »

« C'est pourquoi je suis vraiment motivée pour essayer de raconter ma vie jusqu'à aujourd'hui, juste pour qu'il soit normal de voir que je ne suis qu'une personne normale et que ce que j'ai accompli est réalisable pour quiconque voulant y parvenir. »

Bien sûr, le sport ne se limite pas aux athlètes. Les femmes doivent être visibles dans tous les domaines du sport si nous voulons une représentation équitable, du management aux niveaux de la direction.

« C'est la visibilité des femmes dans tous les domaines du sport. La visibilité des dirigeantes de sport et des entraîneuses dans le sport. »

« Il n'est pas nécessaire d'être un athlète pour être impliqué dans le sport. Vous pouvez vouloir être entraîneur, vous pouvez vouloir être directeur d'équipe, vous pouvez vouloir être PDG d'un organisme national. »

« C'est donc la preuve qu'il y a vraiment une place pour les femmes dans toutes les verticales du sport. »

Née sur l'eau

L'histoire de l'ascension d'Egan au sommet commence tôt.

« Je suis une personne normale. J'ai fait du canoë toute ma vie et ce que j'ai accompli n'est pas arrivé du jour au lendemain. »

« Les gens se disent : "Mon Dieu, elle se débrouille si bien". Mais cela a été un tel parcours, un parcours incroyable. »

En fait, Egan était dans l'eau dès sa naissance. Sa mère était également canoéiste, pratiquant même lorsqu'elle était enceinte d'Egan.

« Ma mère s'est entraînée avec moi quand elle était enceinte. C'était il y a 33 ou 34 ans », explique Egan.

« Ma mère a participé à des régates pour l'Irlande. C'était une pionnière à l'époque. Le monde était tellement différent. »

Egan a commencé à naviguer seule à l'âge de trois ans. Elle a fait sa première course à Nottingham, en Angleterre, à l'âge de huit ans. Adolescente, elle est devenue championne nationale de sprint et de marathon en U-14. Cela a marqué un tournant pour elle en tant qu'athlète, puisqu'elle a décidé de se concentrer sur le canoë plutôt que sur ses autres centres d'intérêt.

Le succès a suivi ainsi que sa part de déceptions - elle a manqué Londres 2012 à une place près et n'a pas pu se qualifier pour Rio 2016.

Mais ces déceptions sont quelque chose qu'Egan estime être essentiel pour atteindre ses objectifs.

« Dans le sport, il y a tellement plus de déceptions que de succès. Mais c'est la façon dont vous gérez ces déceptions pour atteindre vos objectifs. »

Avec Tokyo à l'horizon, Egan a connu une saison de compétition exceptionnelle en 2019, remportant deux médailles en Coupe du monde de canoë sprint et se classant quatrième aux Jeux européens de Minsk, en Biélorussie. Cependant, le report des Jeux en 2021 signifie que ses ambitions olympiques sont, pour l'instant, en suspens.

Mais en tant qu'ambassadrice, le travail d'Egan a continué au même rythme.

Soutient de la reprise du sport après une maternité

Ces derniers temps, Sport Ireland a montré son avance en matière d'égalité des sexes, et Egan estime qu'ils ont fait un travail exceptionnel.

« Je ne peux pas dire assez de bien d'eux, ils sont formidables », a déclaré Egan. « Je pense que le sport féminin en Irlande a fait de magnifiques progrès. Et il s'agit de maintenir cet élan. »

La politique de maternité est un exemple des progrès réalisés. Sport Ireland s'est engagé à financer les athlètes enceintes pendant 12 mois. Une politique qui a fait parler d'elle dans le monde entier et dont Egan est extrêmement fière.

« Nous voyons que tant de femmes ont des enfants, reviennent en compétition et atteignent des niveaux jamais atteints avant leur maternité. C'est extrêmement positif », a expliqué Egan.

« Le fait que Sport Ireland aide les femmes pendant leur grossesse puis dans la reprise de la compétition est un progrès immense et très important pour les athlètes. »

Un autre domaine dans lequel Sport Ireland a montré son engagement en faveur de l'égalité des sexes est sa politique de financement des athlètes à titre individuel.

« Dans les sports individuels, le financement est identique, ce qui est formidable. Nous sommes traités sur un pied d'égalité, parce que nous participons aux mêmes Championnats du monde, nous participons aux mêmes Championnats européens, aux mêmes Coupes du monde. »

Portugal, 2018 : Jenny Egan sur le podium avec sa médaille de bronze aux Championnats du monde seniors de canoë-kayak en sprint.
Portugal, 2018 : Jenny Egan sur le podium avec sa médaille de bronze aux Championnats du monde seniors de canoë-kayak en sprint.

Les jeux les plus égalitaires de l’histoire

Egan n'a pas encore décroché son billet pour Tokyo, mais elle garde l'espoir de participer l'année prochaine à des Jeux Olympiques qui seront les plus égalitaires de tous les temps, avec une participation féminine de 48,8 %.

« C'est ce qui est génial avec les athlètes des Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Ce seront les Jeux les plus égalitaires de l'histoire », s'est exclamé Egan.

« Et comme les Jeux Olympiques ont lieu tous les quatre ans, c'est un véritable spectacle. Les gens sont tellement accrochés aux histoires des athlètes et les gens aiment les Jeux Olympiques. »

Mais même si Tokyo 2020 sera historique en termes d'égalité des sexes, Egan souligne que ces changements ne peuvent se limiter à un seul événement.

« C'est incroyable mais cette visibilité doit être assurée chaque année, pas seulement tous les quatre ans. »

« Pour que les gens puissent voir que les choses ne se sont pas passées du jour au lendemain. »

Egan tient à remercier la Fédération de canoë irlandaise, Sport Ireland, le Comité National Olympique irlandais et le club de Salmon Leap pour leur soutien continu.