Jean Patry : allergique à la zone de confort, addict au plaisir

Berlin, ALLEMAGNE - 10 janvier 2020 : Le pointu Jean Patry célèbre la qualification de la France pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 après la victoire contre l’Allemagne en finale du TQO.
Berlin, ALLEMAGNE - 10 janvier 2020 : Le pointu Jean Patry célèbre la qualification de la France pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 après la victoire contre l’Allemagne en finale du TQO.

Il a commencé réceptionneur, il est aujourd’hui pointu. Pour son premier tournoi en tant que titulaire en équipe de France, il a fini meilleur joueur du TQO qui a envoyé les Bleus à Tokyo 2020. Il a quitté Montpellier en 2019 pour l’Italie et fait aujourd'hui les beaux jours de Milan. Dès que le confort s’installe, Jean Patry s’en va poursuivre son ascension vers les sommets. Son prochain objectif ? « Une médaille à Tokyo. »

Son attitude dénote avec son parcours. Lorsque Jean Patry discute avec Tokyo 2020, son discours est tranquille. Le pointu de l’équipe de France est cool et souriant, et répète que le plaisir guide sa carrière.

Lorsqu’il apprend qu’il va disputer le tournoi de qualification olympique (TQO - 5-10 janvier 2020) en Allemagne, où seule une équipe repartira avec le billet pour Tokyo 2020, au poste si essentiel de pointu : « Ce n’était pas facile mais je l’ai bien pris, je n’avais rien à perdre. »

Lorsqu’il évoque la concurrence en équipe de France avec Stéphen Boyer, titulaire à son poste de pointu depuis 2017 : « On a une relation d’entraide, on se tire vers le haut. »

Une exploration rapide de son compte Instagram donne le sourire et montre un jeune de 24 ans qui s’amuse et, visiblement, qui marque des points au volley.

Mais sous son apparence décontractée, Jean Patry gravit les échelons un à un, sagement et brillamment. En attendant le prochain, à Tokyo.

Patry apprend qu’il est titulaire trois jours avant la compétition

Pour son premier tournoi international en tant que titulaire, Jean Patry a terminé MVP (Most Valuable Player - Meilleur joueur). Pas seulement de l’équipe de France, mais tu tournoi. Le TQO dont la France a terminé première en battant l’Allemagne en finale, chez elle, dans une salle à l’ambiance assourdissante remplie de supporters locaux qui rêvaient de voir leur équipe s’envoler vers Tokyo.

Ce jour-là, les Bleus de Laurent Tillie ont remporté leur billet pour les prochains JO.

Trois jours avant le tournoi, le pointu titulaire Stephen Boyer, même âge, même poste et qu’il connaît depuis l’enfance, déclarait forfait. Une absence qui s’ajoutait à celles d'autres pointures comme Thibault Rossard et Trévor Clévenot.

Jean Patry passait alors dans une nouvelle dimension : titulaire dans une compétition capitale où des éléments habituellement décisifs manquaient à l’appel.

« On a eu pas mal d’absence pendant la préparation et ça nous a un peu déstabilisé, notamment au niveau mental », avouait le joueur qui évolue à Milan, en Italie. « Savoir qu’il nous manque des forces, c’est compliqué. Mais au final, les joueurs qui ont eu du temps de jeu ont pris du plaisir et se sont régalés. J’ai fait un bon match contre la Serbie [22 points, ndlr] qui m’a permis de bien rentrer dans la compétition. Puis un deuxième et un troisième. Après, je n’ai plus douté. »

Au total, Jean Patry a inscrit 85 points dont 14 en finale et 22 lors de la demi-finale renversante contre la Slovénie.

« Il fallait se faire plaisir »

Menés deux sets à zéro en demi-finale après être sortie de justesse de la phase de groupe (1 victoire, 2 défaites), la France était bien partie pour laisser la Slovénie s’envoler vers la finale. Mais les partenaires d’Earvin Ngapeth ont commencé à pratiquer le passe-temps favori de Jean Patry.

« On est rentré dans le match assez tendus », se rappelle Jean Patry. « On commençait à réaliser ce qui était en train de se jouer. On a déjoué, mais on a commencé à y croire en se relâchant. On était mené 2-0, on n’avait plus rien à perdre et il fallait se faire plaisir. »

« On a tenté des choses, ça a marché. À partir du gain du troisième set, le doute était installé dans la tête des Slovènes et on a joué notre jeu avec sérénité, en s’amusant. L’ambiance était folle. » Victoire en cinq sets (13-25, 22-25, 25-14, 25-21, 15-9).

Les Bleus pleins de confiance s’envolent pour Tokyo 2020

Une demi-finale au scénario épique qui a permis à l’équipe de France de prendre conscience de sa force. Sans ce retournement de situation, l’issue de la finale aurait peut-être été différente.

« Le gain de confiance de la veille nous a vraiment aidé sur cette finale. Il ne pouvait rien nous arriver. Ça s’est senti sur le match : on ne les a pas laissés jouer, on a attaqué direct. Pourtant, l’Allemagne était à domicile et la salle était pleine. Mais on ne s’est pas laissé impressionné. »

Le scénario le prouve : nette victoire 3-0 (25-20, 25-20, 25-23) avec 14 points signés Jean Patry, avant que la star de l’équipe de France Earvin Ngapeth ne conclut le match par un ace historique. Un service qui a surpris tout le monde, sauf son auteur.

« Avant de servir, Earvin nous dit : “De toutes façons je m’en fous, je vais faire un ace“. Je suis en position de bloc et je vois cette balle arrivée sur le réceptionneur adverse, qui touche ses bras et qui part en tribune. Je comprends que c’est fini, qu’on est qualifié. [Earvin] tombe à genoux… »

« L’objectif est d’aller chercher une médaille olympique »

La France a donc gagné le droit de disputer ses cinquièmes Jeux Olympiques à Tokyo après avoir terminé 9e à Rio 2016. Même si depuis l’arrivée de Laurent Tillie aux commandes des Bleus en 2012, deux Ligues des nations ont été remportées (2015, 2017) ainsi qu’un Championnat d’Europe (2015), la compétition olympique a toujours été plus délicate à aborder. Mais pour Jean Patry, cette fois-ci peut être la bonne.

« L’objectif est d’aller chercher une médaille olympique », assure le médaillé d'argent de la Ligue des nations 2018. « Je suis certain que l’on peut le faire. À l’image du TQO, on veut jouer notre jeu sans se poser de question et prendre du plaisir. Si on joue avec cette mentalité, on peut aller chercher quelque chose aux JO.»

Ce seront ses premiers Jeux Olympiques, mais également les premiers de la famille Patry. Car à l’instar de Thibaut Rossard, Kevin Tillie et Earvin Ngapeth, son père Christophe a également joué en équipe de France de volley au début des années 1990.

« Il n’a pas eu la chance de faire les Jeux mais il est super fier que je puisse peut-être y participer. On discute toujours de volley avec mon père, presque tous les jours. C’est une force de l’avoir. »

Pointu par concours de circonstances

Dès son enfance, il était donc déjà plongé dans le volley. En revanche, le poste de pointu n’a pas toujours été une évidence pour l’athlète de 2,07 m. Il a fallu attendre un nouveau défi pour que Jean Patry devienne la machine à marquer de son équipe.

« J’ai commencé au poste de central, je suis ensuite passé réceptionneur-attaquant », raconte Patry. « Je suis arrivé à ce poste car il n’y avait pas de pointu en équipe de France jeune à cette époque. Puis je ne l'ai plus lâché. »

Un poste où la pression est omniprésente, tant l’équipe est dépendante de l’efficacité de son pointu. Et dans le sport, l’efficacité n’est pas une constante et se trouve fortement dépendante de la confiance.

« On passe parfois à côté de matchs et on réfléchit beaucoup, on cogite. C’est beaucoup de remise en question, de perte de confiance… Il faut savoir jongler avec ça. Ce n’est pas facile tout le temps, mais il faut assumer. C’est très intéressant de faire face à ces problématiques. On parle avec le préparateur mental, on regarde des vidéos, on se règle avec le passeur… Il faut évacuer, analyser le match et mettre les choses dans leur contexte. Et, comme toujours, il faut prendre du plaisir car ça permet de s’évader. »

Partir loin de chez soi, ce n’est pas facile. C’est une grosse étape à passer et il faut le faire. 

Il faut sortir de sa zone de confort, et la mienne était Montpellier et ma famille.

Sortir de sa zone de confort pour évoluer

L’évasion, il en a également été question, en 2019. Ou d’évolution, plutôt. Après avoir joué sous les couleurs de Montpellier pendant toute sa jeune carrière, il a décidé partir. L’équipe italienne de Top Volley Cisterna est venu le chercher pour devenir « l’étranger de l’équipe ». En d’autres termes, il a eu l’opportunité de quitter son équipe de toujours pour jouer un rôle majeur dans une équipe évoluant en SuperLega, le « championnat le plus relevé du monde ».

Evidement, l'attaquant culminant à 3,57 m en position de smash a sauté sur l’occasion.

Mais à 21 ans, quitter toute une vie et notamment le domicile familial n’a pas été si évident.

« C’est une grosse étape dans la vie d’un homme car je n’étais jamais parti de Montpellier et je vivais encore chez mes parents. Partir loin de chez soi, ce n’est pas facile. C’est une grosse étape à passer et il faut le faire. Il faut sortir de sa zone de confort, et la mienne était Montpellier et ma famille. Je pense que c’est un moment obligatoire pour évoluer. »

Transfert, blessure et MVP

Une saison terminée à la 11e place plus tard, c’est le club de Milan qui l’appelait. Une équipe plus robuste, taillée pour le haut du tableau italien.

Jean Patry entamait sa saison de belle manière avec une moyenne de 16 points par match mais fin novembre, une lésion au psoas l’obligeait à couper pendant 6 semaines. Un nouveau défi à gérer, car il n’avait jamais connu de blessure auparavant, comme il l’expliquait sur son compte Instagram.

Un peu plus de six semaines plus tard, il reprenait du service. Un premier match perdu face à Pérouse avant de revenir contre Padoue le 24 janvier. Le résultat ? Victoire, MVP et 20 points inscrits.

Un nouveau défi brillamment relevé, annonçant une suite alléchante. En Italie, d’abord, puis à Tokyo dès le 24 juillet.

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