L’inarrêtable Oksana Chusovitina

Cologne - ALLEMAGNE - 22 février 2007 : La gymnaste de l'équipe nationale allemande Oksana Chusovitina pose pour une photo lors de la séance photo du 22 février 2007 à Cologne.
Cologne - ALLEMAGNE - 22 février 2007 : La gymnaste de l'équipe nationale allemande Oksana Chusovitina pose pour une photo lors de la séance photo du 22 février 2007 à Cologne.

Les Jeux Olympiques regorgent de champions, de records et de merveilleuses histoires mais le plus grand événement sportif du monde a également été le théâtre de scènes très originales, étranges, émouvantes, tristes ou cocasses. Chaque semaine, nous vous sortons des archives l’une de nos meilleures histoires. Aujourd’hui, retour sur l’un des plus émouvants « comeback » de l’histoire des Jeux Olympiques.

Le contexte

Vous devez sûrement penser que la gymnastique artistique est une discipline réservée aux jeunes adolescents ou aux athlètes dans la vingtaine.

Et pourtant, une sportive déroge à cette règle informelle : Oksana Aleksandrovna Chusovitina. La gymnaste de 45 ans, qui espère se qualifier pour Tokyo 2020, pourrait bien participer à ses huitièmes Jeux Olympiques.

Mais elle n’a pas toujours été la « non-conformiste » qu’elle est aujourd’hui.

À ces débuts, elle ressemblait à une gymnaste comme une autre. Une gymnaste spectaculaire certes, mais pas celle qui changerait la face de son sport.

Oksana Chusovitina est née en Ouzbékistan en 1975. Treize ans plus tard, elle remportait le Championnat National Junior d’URSS avant de passer senior l’année d’après.

En 1992, elle participait à ses premiers JO à Barcelone, où elle remportait la médaille d’or par équipe avec l’Équipe Unifiée.

Mais ce n’était que le début de son histoire sans fin.

Son armoire à trophées est aujourd'hui remplie de pas moins de deux médailles olympiques (l'or à Barcelone 1992 et l'argent en saut de cheval individuelle à Pékin 2008), 11 médailles de Championnat du monde (trois en or, quatre en argent et quatre en bronze), deux médailles de Coupe du monde (une en or, une en bronze), huit médailles aux Jeux Asiatiques, quatre médailles aux Championnats d'Asie et quatre médailles aux Championnats d’Europe.

Cologne, ALLEMAGNE - 04 décembre 2006 : La gymnaste Oksana Chusovitina pose pour une photo avec son fils Alisher avant l'entraînement du 04 décembre 2006 à Cologne.
Cologne, ALLEMAGNE - 04 décembre 2006 : La gymnaste Oksana Chusovitina pose pour une photo avec son fils Alisher avant l'entraînement du 04 décembre 2006 à Cologne.
Photo de Vladimir Rys/Bongarts/Getty Images

Son comeback

Étonnamment, toutes ces médailles n'ont pas été remportées à l'âge dit « conventionnel » qu'une gymnaste doit avoir.

En 1999, elle donnait naissance à son premier fils, Alisher. Son mari, Bajodir Kurbanov était lui aussi un sportif olympique. Il a participé aux JO d’Atlanta 1996 et Syndey 2000 en haltérophilie. Sydney 2000 devaient être les derniers Jeux Olympiques pour Chusovitina. À 25 ans, elle avait l’âge « parfait » pour prendre sa retraite sportive et était déjà rentrée dans l’histoire en participant à Sydney après un accouchement - moins de dix gymnastes ont fait de même dans l’histoire de la gymnastique artistique aux JO.

Mais son histoire ne s’est pas arrêtée là.

En 2002, les médecins lui annoncent que son fils est atteint d’une leucémie. Pour recevoir le meilleur traitement possible, la famille doit déménager en Allemagne. Mais les soins médicaux se sont révélés très chers donc Chusovinita a reprit le chemin des compétitions internationales pour gagner suffisamment d’argent et aider son fils.

C'était un succès.

Non seulement son retour à la compétition a été une grande réussite, mais plus important que cela, le traitement de son fils a fonctionné. En 2008, les médecins ont annoncé qu’Alisher était tiré d’affaire. Un mois plus tard, Chusovinita a remporté sa première médaille olympique en individuel à Pékin.

« Gagner une médaille ou non, ça n’a pas d’importance quand vous apprenez ce genre de nouvelle. [Aucune] médaille ne peut se comparer à un coup de téléphone comme celui-ci. Il n’y a aucune victoire sportive qui puisse se comparer au bon état de santé de votre enfant », disait-elle à ESPN un an plus tard.

Chusovinita était tellement heureuse en Allemagne qu’elle a décidé de concourir sous leurs couleurs à Beijing 2008 et Londres 2012.

Mais après une décevante 5e place à Londres, elle a de nouveau annoncé qu’elle arrêtait sa carrière sportive. Mais….

« Le soir, j’ai dit à tout le monde que je prenais ma retraite, mais le lendemain matin, je me suis réveillée et j’ai changé d’avis. »

Le chemin d’Oksana vers Tokyo 2020

Chusovinita a la gymnastique dans le sang et une fois de plus, elle coulait dans ses veines.

De retour sous le drapeau ouzbek, Chusovinita s'est rendu à Rio en 2016. Elle a terminé 7e du concours de saut de cheval, remporté par Simone Bile - de 22 ans sa cadette et deux ans plus jeune que son fils Alisher.

Bien qu’elle n’ait gagné aucune médaille à Rio, elle est tout de même monté sur le podium, acclamée par la foule pendant la diffusion d’un film retraçant ses plus grands succès.

C’était un hommage bien mérité mais probablement arrivé trop tôt.

À maintenant 45 ans, Chusovinita s’est déjà qualifiée pour ses 8e Jeux Olympiques à Tokyo.

« Sur le podium, nous sommes tous les mêmes, que vous ayez 40 ans ou 16 », disait-elle.

Lorsqu’elle sera à Tokyo, Chusovinita aura 46 ans. Mais malgré le report d’une année, elle est déterminée à profiter d'une dernière danse aux Jeux.

« Je pensais que je devais arrêter ma carrière aux Jeux de Tokyo et le plan n’a pas changé. Ce qui signifie une saison de plus dans les gymnases », expliquait-elle.

Historiquement, elle a participé aux Jeux sous trois drapeaux différents (l’Équipe Unifiée, l’Allemagne et l’Ouzbékistan) - ce qu'aucun autre sportif n'a fait. Elle est également en passe de battre son propre record du plus grand nombre de Jeux Olympiques auxquels une gymnaste a participé.

Il est difficile de prévoir ce que l'inarrêtable Oksana Chusovitina accomplira à Tokyo. La légende vivante a prouvé à maintes reprises qu'elle était capable d'effacer le « im » de « impossible. »