Ibrahima Diaw pourrait-il devenir le meilleur pongiste africain ?

Le pongiste sénégalais Ibrahima Diaw
Le pongiste sénégalais Ibrahima Diaw

Le pongiste de 27 ans est devenu le premier sénégalais qualifié pour les Jeux de Tokyo 2020 en battant le Nigérien Quadri Aruna, numéro un africain. 

Un an auparavant, Ibrahima Diaw n’espérait même pas se qualifier pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Il attendait une réponse du Sénégal concernant son éligibilité après avoir abandonné l’idée de jouer pour le Mali, qui n’avait pas de fédération de tennis de table.

Le Champion d’Europe junior 2008 n’avait jamais joué sous les couleurs de la France en senior, mais il évolue toujours dans le championnat français.

Puis, il a obtenu l’autorisation qui a changé sa vie.

Diaw est soudainement passé de pongiste qui ne « pensait pas aux Jeux Olympiques » à au premier athlète qualifié sénégalais pour Tokyo 2020.

Il a remporté son billet avec style. Le natif de France a pris le dessus sur le numéro un africain Quadri Aruna, quart-de-finaliste à Rio 2016.

Premières étapes pour Ibrahima Diaw

Ibrahima Diaw a été repéré sur un terrain de football par son professeur d’école, qui a pensé que son talent et ses grandes capacités athlétiques pouvaient être redoutables en tennis de table.

Le jeune Ibrahima, qui a grandi à Paris, s’est donc écarté des pas de son oncle qui était footballeur professionnel.

Mais Iba, comme il se fait appeler par ses amis, a oublié ses ambitions de milieu de terrain pour apprendre les rudiments du tennis de table.

La première fois que j’ai touché une raquette, j’avais sept ans. J’ai tout de suite été accro à cette sensation. J’adore toucher la balle. C’est très satisfaisant lorsque l’on touche la balle et qu’elle part bien.

Il a ensuite été sélectionné pour représenter la France lors des Championnats d’Europe junior 2008. Dans un entretien accordé à Olympic Channel, Diaw a expliqué le caractère inattendu de sa première sélection.

« C’était une surprise. Pour avoir une chance de se qualifier pour les Championnats d’Europe junior, il faut rejoindre un centre d’entraînement spécial pour se qualifier à l’Open. »

« Je n’étais pas dans ce centre mais j’ai très bien joué lors des compétitions nationales. J’ai donc été sélectionné pour disputer les Championnats d’Europe, que l’on a remporté » se rappelle-t-il de son premier tournoi majeur, lorsqu’il n’avait que 15 ans.

Ibrahima Diaw en tournoi
Ibrahima Diaw en tournoi
Photo de Andro.de

Iba passe pro

Son premier match en championnat professionnel français a eu lieu en 2010. C’était également un coup de chance.

Avec le club français d’Argentan, l’adolescent a été sélectionné pour remplacer l’homme aux sept participations olympiques, le Nigérien Segun Toriola. Il a répondu présent, et il a brillé.

« Segun était blessé pour un match important, décisif pour la montée en PRO A. L’entraîneur n’était pas vraiment confiant pour me laisser la place. Il préférait un Segun blessé plutôt que moi. »

« Mais Segun lui a dit ‘fais confiance à Iba, ça va le faire. Je sais qu’il est prêt’ ».

« J’ai remporté le match 11-09 dans le dernier set. Ce point nous a offert le titre de PRO B » ajoute Diaw.

C’était ses débuts en ligue professionnelle française. Il a depuis joué pour Nice, Saint-Denis, et Metz. Il est actuellement rattaché au club de Roanne.

La crème de la crème

Diaw a choisi de s’entraîner dans la ville de sa compagne, à Copenhague au Danemark, justifiant son choix par la possibilité de s’entraîner avec de très grands joueurs.

« Au Danemark, la structure est très bonne » explique-t-il en ajoutant qu’il se rend à Roanne tous les quinze jours pour jouer dans son club.

« Je m’entraîne au centre olympique au Danemark avec les meilleurs joueurs du pays et d’Europe. »

« Je me suis entraîné avec le médaillé de bronze olympique Michael Maze. C’était l’une de mes idoles lorsque j’ai débuté le tennis de table. Partager un entraînement avec lui et apprendre à ses côtés était donc très spécial. »

« Je me suis également entraîné avec le Liam Pitchford [pongiste anglais, numéro 15 mondial] ».

Mais le meilleur moment était la rencontre « incroyable » avec la légende allemande et ancien numéro 1 mondial Timo Boll lors de la Coupe du monde de tennis de table 2018 à Paris. 

Diaw est devenu le partenaire d’entrainement du triple médaillé olympique. 

« Il était tellement sympa, humble et sincèrement intéressé par ce que je faisais. J’avais beaucoup de questions à lui poser et je me disais ‘ne lui parle pas trop’. Il devait tout de même s’entraîner pour son match » raconte-t-il.

« J’ai beaucoup appris de lui. Sa capacité à changer la trajectoire de la balle à chaque fois qu’il la touche est impressionnante. Moi, quand je touchais la balle, j’essayais de la frapper le plus fort possible. »

La course à la sélection internationale

Le pongiste de 27 ans a adopté plusieurs styles et cultures depuis le début de sa carrière professionnelle il y a 10 ans.

Il a obtenu de précieuses informations sur le jeu, mais le demi-finaliste des Jeux Africains 2019 en voulait encore plus.

Né en France d’un père sénégalais et d’une mère malienne, il a étudié ses possibilités puis il a tranché.

« Je voulais avoir une carrière internationale mais c’était très difficile de jouer pour la France, surtout avec les règles de l’ITTF qui n’autorise que six joueurs par pays en compétitions internationales » détaille Diaw, qui a perdu son père à l’âge de 12 ans.

« J’ai été élevé par ma mère et je voulais d’abord représenter le Mali, mais ils n’avaient pas de fédération. J’ai donc su que c’était le moment pour moi de représenter le Sénégal. »

En avril 2019, Diaw a appris qu’il était éligible pour jouer sous le drapeau sénégalais dès que possible. Cela s’est fait deux jours plus tard.

C’était une journée folle. Je jouais à la Playstation avec un ami, et j’ai reçu un email de l’ITTF qui me disait que je pouvais jouer pour le Sénégal aux Championnats du monde de Budapest, deux jours plus tard.

« Aucun match n’était prévu avec mon club. Je n’étais pas préparé pour jouer à un top niveau, mais j’y suis allé. »

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CRAZIEST DAY OF MY LIFE!! Last year, 2 days before the #wttc2019 in Budapest on this day, while I was playing @fortnite with my friends. I got an email from @ittfworld saying that I’m eligible to participate at the tournaments for Senegal 🇸🇳. I obviously quit the game, put the PS4 in my luggage 😂, booked the first flight ticket to Budapest, ran to the hall to pick up my rackets and my shoes, call a friend to bring me rubbers there! All that 2 hours before my flight !! At my arrival, the organisation didn’t have room for me and put me in the hotel with the Chinese national team. I didn’t even got a back number😂 That day changed my life 🙏 #IThinkWeAintDoneYet #ittf #nevergiveup #fortnite

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Les débuts qu’Ibrahima Diaw attendait tant

Il a attendu si longtemps mais il a sauté sur l’opportunité de jouer à un top niveau.

« C’était stressant et excitant. J’étais dans un hôtel avec l’équipe nationale de Chine. Je me suis retrouvé à prendre le petit-déjeuner avec Ma Long… Ma Long ! Fan Zhendong était également là. Je n’arrivais pas à y croire » se souvient-il.

« Lorsque je me suis dirigé vers la table pour mon premier mach, je me disais ‘arrête de rêver maintenant. Le job commence’. »

À ce moment, j’ai réalisé que je jouais les Championnats du monde et j’ai commencé à penser aux Jeux Olympiques. Un jours avant les Mondiaux, je n’y pensais même pas.

Avec de nouveaux plans dans la tête, Diaw s’est fixé de grands objectifs pour améliorer son classement.

En six mois, il est rentré dans le top 70 mondial.

« Lorsque j’ai obtenu mon passport, je devais améliorer mon classement rapidement. Car je ne voulais pas rencontrer les meilleurs joueurs, comme Quadri Aruna, dans les premiers tours du tournoi. J’ai donc joué beaucoup de tournois pour améliorer mon classement le plus rapidement possible avant février 2020. »

Premier billet olympique

Depuis, il y a eu beaucoup de positif. En novembre dernier, Diaw a remporté son premier titre international à l’Open d’Indonésie en double. Il a également atteint la demi-finale en simple.

C’était une victoire historique pour un Sénégalais lors d’une compétition internationale de tennis de table. Elle a boosté ses ambitions d’aller encore plus haut.

Il a saisi sa chance contre le numéro un africain Aruna, lors du Tournoi de Qualification Olympique en Tunisie, en février dernier.

Et son expérience a payé.

« Le match contre Aruna était une revanche, car il m’a battu lors de la Coupe d’Afrique en août dernier à Lagos au Nigéria. J’ai perdu mais j’ai senti que je pouvais le battre. »

« Aruna a un très bon coup droit et lorsqu’il parvient à le placer, c’est presque impossible de contrôler la balle. Je suis resté proche de la table et j’ai essayé de lui imposer de la pression » raconte-t-il.

« Lorsque je menais 3 sets à 0, je voyais les Jeux Olympiques. Le match a été interrompu pendant 10 minutes car il a senti une douleur aux ischio-jambiers. Lorsqu’il est revenu, il a enchaîné topspins sur topspins. Je me suis demandé s’il était vraiment blessé. Mais j’ai continué à lui mettre la pression et j’ai finalement battu le meilleur joueur africain. C’était incroyable ! »

Une victoire (11-7, 11-8, 11-8, 6-11, 11-13, 11-7) contre un joueur de très haut niveau.

Je suis chanceux et fier de dire que je vais représenter le Sénégal lors des Jeux Olympiques. C’est encore plus spécial car je suis le premier sénégalais à me qualifier pour Tokyo 2020.

Le report des Jeux, une bénédiction pour Diaw

Avec sa qualification olympique en poche, Diaw était soulagé lorsqu’il a appris le report d’un an des Jeux Olympiques, en raison de la pandémie du coronavirus. 

Il pourra profit de ces mois supplémentaires. 

« Mon premier objectif après ma qualification était de rentrer chez moi pour m’entrainer et augmenter mon classement. Avec le report des Jeux, j’ai plus de temps pour améliorer mon jeu et être prêt. »

Mais au delà de l’entrainement, il espère pouvoir créer une association gagnante avec son coach lors de grands tournois.

« Avec mon entraîneur Nathanael Molin, qui entraîne également le club de Metz, nous avons une relation à distance. Je n’ai malheureusement pas assez de budget pour qu’il m’accompagne lors des tournois, mais j’espère obtenir de nouveaux sponsors ou d’autres financements. Tous les meilleurs joueurs travaillent avec leur entraîneur en permanence, et ce n’est pas une coincidence. »

Le tennis de table africain en bonne voie

Le troisième meilleur joueur africain est plein d’ambition, mais il est également réaliste sur ses chances.

« Mon but à court-terme est de décrocher un titre africain avant de parler des Championnats du monde » confie le quart-de-finaliste de la Coupe d’Afrique 2019.

J’étais très surpris lorsque j’ai joué en Afrique, car on n’a pas beaucoup d’informations sur les joueurs. La plupart des Africains jouent très bien. Mais ils n’ont malheureusement pas la chance de jouer à l’international.

Diaw pense que les joueurs africains en devenir sont le futur du tennis de table.

« À chaque fois que je joue en Afrique, c’est compliqué. Je dois être prêt. Jouer correctement n’est pas suffisant, je dois être très bon pour gagner. »

« Je ne savais pas que le tennis de table était si important au Nigéria. Je pense que c’est l’une des meilleures ambiances au monde. Le public est passionné et connaisseur. »

J’étais très surpris lorsque j’ai vu une immense affiche de Segun devant un stade. En France, on ne voit pas d’affiches de Simon Gauzy, le numéro un français, devant un stade.

D’ailleurs, Simon Gauzy, 25 ans, connaît bien Ibrahima Diaw. Il se sont rencontrés lors de détections de jeunes en France lorsqu’ils étaient encore adolescents. « Je connais très bien Iba, il mérite sa place. Il est monté très haut et très vite. Il joue déjà très bien et il jouera encore mieux dans les années à venir » estime Gauzy, numéro 19 mondial.

Quickfire: Aruna parle de ses idoles en tennis de table
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Ambassadeur de Dakar 2022

Les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2022 seront un grand moment. Ce sera également une superbe opportunité pour mieux faire connaître le tennis de table dans sa nation d’adoption.

Il sera l’ambassadeur du tennis de table lors des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) de Dakar 2022

« Malheureusement, le tennis de table au Sénégal n’est pas très populaire. Mais nous essayons de le développer en vue des JOJ de Dakar 2022. »

« Un projet de grande salle est en cours. Et nous avons un projet dans les écoles. Nous apportons du matériel, nous apprenons aux enseignants les bases du tennis de table. Comment s’échauffer, comment se tenir, comment tenir une raquette, ainsi que les règles de jeu. »

Lorsque le temps viendra de jouer son rôle en 2022, il sera devenu un athlète olympique. 

Et peut-être qu’Iba pourra alors aider de jeunes enfants à aimer son sport, dont il est tombé amoureux il y a quelques années.