Geeta Phogat : Un éventuel retour pour les Jeux Olympiques

Geeta Phogat
Geeta Phogat

Geeta Phogat, la femme qui a rendu l'Inde célèbre pour la lutte, parle de son éventuel retour, de son périple vers le top niveau et des athlètes qui, selon elle, pourraient gagner une médaille en lutte aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020, qui auront lieu du 23 juillet au 8 août 2021.

L'Inde, la lutte libre et les Jeux Olympiques, c'est toute une histoire. Au cours des dernières éditions des Jeux, l'Inde, pays réputé pour le hockey, est devenue le nouveau moteur de la lutte libre.

Que ce soit Sakshi Malik, Bajrang Punia, Sushil Kumar ou même Yogeshwar Dutt, ils ont tous contribué à rassembler le pays autour de ce sport. En revenant dix ans en arrière, c'est une fille de Haryana nommée Geeta Phogat qui a captivé les esprits grâce à ces superbes performances.

Largement connue comme la première lutteuse indienne à s'être qualifiée pour les Jeux Olympiques (Londres 2012), Geeta s'est entretenue avec Tokyo 2020 et s'est livrée sur de nombreux points.

Là où tout a commencé...

Tokyo2020.org : Vous êtes la première lutteuse indienne à vous qualifier pour les Jeux Olympiques. Racontez-nous votre parcours. Nous l'avons vu dans le film Dangal basé sur votre histoire et celle de votre soeur Babita, mais nous aimerions l'entendre avec vos mots.

Geeta : « Je n'ai pas choisi la lutte comme sport , c'est mon père qui l'a fait. Mon père voulait que je devienne lutteuse et que j'obtienne un jour une médaille pour ce pays. Mon père et même mon grand-père étaient des lutteurs. À l'époque, nous ne faisions pas de lutte sur tapis, car il n'y avait pas de tapis, nous le faisions dans la boue dans notre village ».

« Je me souviens que pendant les Jeux Olympiques de Sydney 2000, quand Karnam Malleswari a gagné la médaille (bronze, NDLR) pour l'Inde en haltérophilie, elle était partout dans les journaux et elle a été récompensée par le gouvernement également. En voyant cela, mon père s'est dit : 'D'accord, j'ai quatre filles aussi, pourquoi ne pourraient-elles pas pratiquer ce sport ? Pourquoi ne peuvent-elles pas gagner une médaille ?' Et c'est là qu'a commencé un parcours d'acharnement et dévouement. »

Le « non » n'était pas une option pour moi !

Il faut beaucoup de travail pour devenir un nom dans son sport, où que vous soyez dans le monde. Il n'y a pas de recette miracle. Le scénario n'était pas différent pour Geeta. Les débuts n'ont pas été faciles, mais elle a vite compris qu'elle devait s'entraîner plus dur.

Tokyo2020.org : Comment était-ce au début ?

Geeta : « Notre père avait l'habitude de nous réveiller à 3h30 du matin pour l'entraînement et croyez-moi, ce n'était pas drôle. Nous n'avons pas réalisé à quel point cela allait être difficile jusqu'à l'arrivée du dixième jour et je me suis dit : 'Je ne veux plus faire ça' et mon père n'a pas accepté 'non' comme réponse» .

« Nous (les deux sœurs) avions l'habitude d'aller à l'école, de revenir et de nous entraîner toute la journée et toute la nuit. Notre père nous disait une chose : 'Vous pouvez soit travailler dur maintenant et profiter du reste de votre vie, soit profiter maintenant et peiner plus tard'. Et, vous savez, cette pensée est restée en nous et nous a permis de continuer. Ma sœur et moi remercions vraiment nos parents de nous avoir aidé à devenir ce que nous sommes aujourd'hui ».

« Le report m'a donné le temps de réfléchir à ce retour »

En 2010, Geeta est devenue la première lutteuse indienne à remporter une médaille d'or aux Jeux du Commonwealth. Bien qu'elle ait laissé de nombreux souvenirs sur le tapis au fil des ans, sa dernière médaille remonte à 2015, lors des Championnats d'Asie de lutte à Doha, où elle a remporté le bronze.

Geeta, 32 ans et mère d'un petit garçon qu'elle appelle « lutteur junior », pense que le récent report des Jeux Olympiques lui donnera l'occasion de réfléchir à la possibilité de faire son retour, peut-être pour une dernière fois. Pour l'instant, sa principale préoccupation est la forme physique.

« Maintenant que les Jeux ont été reportés à l'année prochaine, nous allons voir, cela dépend davantage de ma condition physique. Je vais faire de mon mieux. Tu ne veux pas abandonner le sport auquel tu as consacré tant de temps. La lutte exige que nous restions en forme et c'est la clé. Mais pour moi, je pense qu'il me reste une dernière chance de gagner une médaille. Je veux gagner une médaille pour mon pays et faire comprendre à mon enfant ce que sa mère peut faire. Le plaisir de gagner une médaille et de brandir le drapeau de votre pays ne ressemble à aucun autre ».

« Soutenez vos filles »

Tokyo2020.org : Vous avez été une source d'inspiration pour les femmes du monde entier. Vous avez ouvert la voie à beaucoup de jeunes femmes. Avez-vous quelque chose à dire à ce sujet ?

Geeta : « Je me souviens de mon père qui me disait d'être courageuse, de ne jamais reculer, d'apprendre à me battre pour moi-même et surtout de devenir forte. À notre époque, nous avions des difficultés à gravir les échelons, car il n'y avait pas de compétition pour les filles comme nous qui voulaient participer. Maintenant, grâce au gouvernement, il y a aussi beaucoup de compétitions au niveau junior, ce qui est vraiment bien pour le sport et l'émancipation des femmes dans notre pays ».

La lutteuse a ensuite invité les parents des filles qui souhaitent poursuivre leur carrière dans n'importe quel sport à les laisser se présenter. « Je veux dire aux parents de toutes ces filles qui veulent devenir des athlètes de les pousser à aller de l'avant afin qu'elles puissent poursuivre leurs rêves. Car lorsque les parents les soutiennent, leurs filles peuvent réaliser tout ce qu'elles veulent ».

Punia, Vinesh en route vers la gloire aux Jeux Olympiques

La lutte est un sport dans lequel l'Inde pense pouvoir remporter de nombreuses médailles aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Bien que peu de lutteurs indiens se soient qualifiés pour les Jeux jusqu'à présent, Geeta pense qu'il y a encore deux prétendants à une médaille sur la liste.

« Honnêtement, et pas parce qu'ils sont de la famille, mais mon cousin Vinesh Phogat et mon beau-frère Bajrang Punia... ont tout le potentiel pour gagner une médaille aux Jeux l'année prochaine. Ils sont tous les deux au sommet de leur forme depuis longtemps et savent se montrer à la hauteur quand la compétition l'exige », explique-t-elle.

Enfin, parlant plus largement de ses chances de faire un retour, elle a déclaré : « Maintenant que les Jeux Olympiques ont été reportés, je peux certainement penser à faire mon retour ».