Emile Zatopek : Le bluff historique d’un génie de la course de fond

2 août 1948 : L’athlète tchècoslovaque (1922 - 2000) devant le Suédois Erik Ahlden, le Belge Gaston Reiff et le Néerlandais Willem Slijkhuis lors du 5 000 m des Jeux Olympiques de Londres 1948.
2 août 1948 : L’athlète tchècoslovaque (1922 - 2000) devant le Suédois Erik Ahlden, le Belge Gaston Reiff et le Néerlandais Willem Slijkhuis lors du 5 000 m des Jeux Olympiques de Londres 1948.

Les Jeux Olympiques regorgent de champions, de records et de merveilleuses histoires mais le plus grand événement sportif du monde a également été le théâtre de scènes très originales, étranges, émouvantes, tristes ou cocasses. Chaque semaine, nous vous sortons des archives l’une de nos meilleures histoires. Aujourd’hui, le génie légendaire d’Emile Zatopek. 

Le contexte

En arrivant aux Jeux Olympiques d’Helsinki 1952, Emille Zatopek était déjà une star de l’athlétisme. Quatre ans plus tôt à Londres 1948, le coureur tchécoslovaque avait assommé le 10 000 m en remportant la médaille d’or avec un nouveau record olympique. La dernière fois qu’il avait couru un 10 000 m, c’était deux mois auparavant. 

La légende veut qu’il ait rattrapé tellement de coureurs en leur prenant un tour que les juges n’ont pas pu tenir leurs notes à jour et n’ont comptabilisé que les onze premiers coureurs.

Quelques jours plus tard, il remportait l’argent sur 5 000 m en ayant été l’auteur d’un retour incroyable sur le vainqueur belge Gaston Reiff, rattrapant 100 m sur la fin de course, et ne perdant que d’un petit mètre à la fin. Le journal anglais TThe Guardian a décrit cette histoire comme une « performance qui aurait suffi pour être intronisé au rang d’immortel de la piste ». 

Si ces résultats ont fasciné le monde de l’athlétisme, ils étaient le résultat d’un rude entraînement. Le mot « rude » est même un euphémisme. Zatopek avait l’habitude de courir jour et nuit avec de lourdes bottes de l’armée pour se préparer physiquement. Il retenait son souffle jusqu’à s’évanouir avant de reprendre la course des heures durant. Il était même allé jusqu’à courir 100 séries de 400 m quotidiennement, le tout pour préparer son corps à la compétition internationale.

La finale

Zatopek est donc arrivé à Helsinki au plus fort de sa forme. En amont des Jeux, il avait remporté 69 courses successives sur différents formats de course de fond. Même si sa préparation a été perturbée par une infection, pour laquelle les médecins lui ont conseillé de ne pas aller aux Jeux, Zatopek n’a pas renoncé à son moment de gloire.

La première course sur laquelle il était aligné était le 10 000 m, dont il était tenant du titre. Une nouvelle fois, il n’a laissé de chances à personne et remporté la médaille d’or. Il a poursuivi sa série en remportant le 5 000 m. Il réalisait ainsi le doublé de la longue distance sur piste, qu’il avait manqué d’une petite foulée quatre ans plus tôt.

Mais c’est lors de la course suivante que Zatopek allait marquer l’histoire à tout jamais. 

Quelques jours plus tard, le coureur tchécoslovaque s’alignait sur le marathon olympique. Une distance qu’il n’avait jamais couru jusqu’alors. Le détenteur du record du monde Jim Peters (Grande-Bretagne) était également présent. Zatopek ne partait pas favori. 

Après une heure de course environ, Zatopek, qui avait l’habitude de discuter pendant les courses, a demandé à Peters si le rythme lui convenait. Répondant à sa tentative de bluff, Peters lui a rétorqué qu’il trouvait le rythme trop lent.

Mais la tactique de Peters n’a pas eu l’effet escompté. Dès qu’il a entendu sa réponse, Zatopek a accéléré le rythme et s’est envolé, reléguant ainsi ses poursuivants à deux minutes. Pendant le reste de la course, Zatopek a continué à discuter (il parlait six langues différentes) avec une voiture remplie de photographes qui couvraient l’événement. 

Lorsqu’il franchissait la ligne d’arrivée en vainqueur, nouveau record olympique à la clé, il avait l’allure d’un « homme qui rentrait d’une petite marche de campagne », racontait le journaliste du Guardian. Le célèbre journal a décrit cette performance comme la « plus belle chose qui soit arrivée dans l’histoire de l’athlétisme.

En remportant le 5 000 m, le 10 000 m et le marathon lors des mêmes Jeux Olympiques, il réalisait un exploit qui n’avait jamais été réalisé auparavant, et qui n’a jamais été réédité jusqu’alors.

Les conséquences

Quatre ans plus tard, le roi de la course de fond s’entraînait encore pours les Jeux de Melbourne 1956. En parfaite harmonie avec son style, Zatopek incorporait des séances de cross-country dans son entraînement, en portant sa femme sur son dos… Cela lui a par la suite causé une hernie. Aligné sur le marathon olympique, la légende tchèque a terminé à une décevante sixième place. 

Un an après les Jeux de Melbourne, Zatopek prenait sa retraite.

Au début de l’année 1968, la Tchécoslovaquie, qui dépendait de l’Union Soviétique, était aux prémices d’un mouvement désormais connu sous le nom de Printemps de Prague. Zatopek était l’une des voix qui soutenait le mouvement pro-démocrate.

Lorsque les forces de l’ordre soviétiques ont réprimé le mouvement, Zatopek s’est retrouvé victime de ses propres croyances. Il a été employé comme collecteur d’ordures avant de travailler dans une mine d’uranium. Il est décédé à l’âge de 78 ans en 2000 avec le statut de mythe de l’athlétisme. 

Il est difficile de dire si, un jour, un coureur du talent de Zatopek pourra de nouveau émerger. Mais il est certain que le génie excentrique tchécoslovaque ne sera jamais oublié.

L'incroyable moisson de médailles de Zatopek
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