Eliud Kipchoge : Ses ambitions olympiques et un nouveau marathon en moins de 2h

Berlin, ALLEMAGNE - 16 septembre 2018 : Eliud Kipchoge remporte le marathon de Berlin 2018 en 2:01:39, nouveau record du monde.
Berlin, ALLEMAGNE - 16 septembre 2018 : Eliud Kipchoge remporte le marathon de Berlin 2018 en 2:01:39, nouveau record du monde.

Le champion olympique en titre du marathon révèle ses ambitions pour Tokyo 2020 et le marathon de Londres, reportés en raison du coronavirus, dans une interview exclusive. 

Difficile de retenir le meilleur moment d’une carrière lorsque l’on est invaincu depuis sept ans. C’est le cas d’Eliud Kipchoge, champion olympique en titre et recordman du monde sur marathon. 

Il faut également préciser que le Kenyan de 35 ans est devenu le premier homme sur terre à franchir la barrière du marathon en moins de 2 h. Un exploit impensable quelques années auparavant. Pendant 42,195 km, Kipchoge a couru à une vitesse supérieure à 21 km/h.

Pour le moment, le principal objectif de la légende du marathon est clair : « Défendre mon titre olympique sur marathon dans une course compétitive » a-t-il affirmé dans une interview exclusive à Olympic Channel. 

Pendant toute sa carrière, le champion olympique a été impressionnant, régulier, rapide et courageux.

Eliud Kipchoge : une carrière de marathonien étincelante

Il veut également décrocher un cinquième titre au marathon de Londres. Personne n’a jamais réalisé cette performance.

« Mon but est d’atteindre 3 milliards de personnes et je pense qu’ils seront d’accord pour dire que je l’ai bien fait. »

Et puis Berlin. Le triple vainqueur du marathon allemand a remporté sa dernière tentative de la plus belle des manières.

Pendant la majorité de la course de l’édition 2017, il a lutté contre des douleurs et des ampoules en raison de ses chaussures. L’année suivante, il est revenu pour établir un nouveau record du monde en 2:01:39.

Aux Jeux de Rio 2016, il a remporté la médaille d’or sur marathon après avoir remporté l’argent à Pékin 2008 et le bronze à Athènes 2004, toutes deux sur 5 000 m.

Mais 2019 a été l’année historique pour Kipchoge.

Il a écrit l’histoire en brisant la barrière des 2 h sur marathon en octobre, à Vienne (Autriche).

Le chrono n’est pas reconnu officiellement, notamment car la course n’était pas ouverte, mais la performance reste un véritable exploit pour l’être humain.

Il espérait terminer l’année en tant que double champion olympique mais avec le report des Jeux de Tokyo 2020 en raison de la pandémie de COVID-19, il devra attendre un peu.

Kipchoge a déclaré que remporter un second titre olympique consécutif serait une nouvelle grande linge à ajouter à son palmarès.

Si tout se passe bien en 2021, je défendrai mon titre sur marathon dans un course très compétitive avec un bon chrono. Mon CV sera encore plus grand.

Londres, ANGLETERRE - 28 avril 2019 : Le Kenyan Eliud Kipchoge remporte le marathon de Londres 2019.
Londres, ANGLETERRE - 28 avril 2019 : Le Kenyan Eliud Kipchoge remporte le marathon de Londres 2019.
2019 Getty Images / Naomi Baker

Eliud Kipchoge sur le report du marathon de Londres 2020

Après avoir terminé la saison en très belle forme, le Kenyan voulait en profiter pour faire un grand marathon de Londres, qui a finalement été reporté en octobre.

Les reports des Jeux Olympiques et du marathon de Londres ont été difficiles à accepter.

Le marathon, c’est comme la vie

« Au début, j’étais choqué. Ces nouvelles ne sont pas bien passées. Mais avec le temps, je me suis convaincu qu’il fallait accepter le changement. Je suis un défenseur du changement. Et dans cette période, nous nous devons de changer » a-t-il déclaré.

Malgré la solitude, son entraînement pendant cette période n’a pas véritablement changé. 

Il a certes allégé son programme mais il enchaîne toujours les kilomètres lors de ses « sorties matinales quotidiennes ». 

« C’est vraiment une période bizarre pour le sport en général. Surtout pour les coureurs en bonne forme. Car en temps normal, il y aurait un marathon tous les week-ends dans les grandes villes du monde ».

« Mais le marathon, c’est comme la vie. Nous avons des courses plates ou avec du dénivelé. En ce moment, nous sommes en plein dénivelé, c’est le plus dur. Comme en marathon, c’est pour atteindre le haut de la montée que l’on souffre le plus. »

L'état d'esprit de Kipchoge

Kipchoge peut atteindre des pics de formes exceptionnels, en entraînement et en compétition.

Mais c’est la puissance de son mental qui lui a permis de devenir l’un des plus grands marathoniens.

Selon lui, c’est grâce à son mental qu’il a remporté ses courses les plus difficiles.

Je dis toujours que je ne cours pas avec mes jambes, mais avec mon coeur et mon esprit.

« Ce qui permet à une personne de courir plus, c’est son mental. Si son esprit est calme et bien concentré, tout son corps est sous contrôle. »

Lors de son troisième marathon de Berlin en 2017, il a du faire face à une concurrence ardue de l’Ethiopien Guye Adola en fin de course.

« À Berlin avec Adola, j’ai du repenser à tous mes efforts avant la course. Une préparation de marathon peut durer cinq mois. » Kipchoge a révélé à Olympic Channel que sa stratégie est principalement définie par son entraînement en altitude à Kaptagat, où il maintient une vie simple.

« Avant cela, 80 % de mon entraînement se passait bien, sans douleur et je remplissais mes objectifs. J’ai accepté d’être bon à l’entraînement, et mon esprit a guidé mes jambes pour gagner. »

Berlin, ALLEMAGNE - 24 septembre 2017 : Eliud Kipchoge célèbre sa victoire sur le marathon de Berlin 2017.
Berlin, ALLEMAGNE - 24 septembre 2017 : Eliud Kipchoge célèbre sa victoire sur le marathon de Berlin 2017.
2017 Getty Images Stuart Franklin / Bongarts

La mentalité de gagnant de Kipchoge

C’est la même approche qui a permis à Kipchoge de remporter son quatrième titre à Londres en 2019.

Du début à la fin, il a tranquillement contrôlé la course. 

« Trois coureurs étaient très forts, et ils étaient tous derrières moi à tenter de courir leur meilleur marathon pour me battre. Une petite voix me disait, ‘tu devrais plutôt courir lentement avec ces mecs, puis accélérer’ » se rappelle-t-il avec un léger sourire comme toujours lorsqu’il parle de ses courses. C’est également devenu sa marque de fabrique lorsqu’il franchit la ligne d’arrivée. 

« Mais une autre petite voix me disait, ‘non… tu t’es entraîné si dur pour Londres. Vas-y. Montre au monde que la philosophie d’une grosse préparation et planification peut payer à Londres. »

« J’ai suivi la seconde petite voix car je voulais être le numéro un. Je voulais courir le marathon le plus rapide de l’histoire à Londres, et j’ai établi la deuxième meilleure performance au monde. »

Kipchoge a remporté la course en 2:02:37. 

C’était sa onzième victoire sur les douze marathons que le Kenyan a courus, depuis ses débuts réussis à Hambourg il y a sept ans.

L’historique olympique de Kipchoge : Athènes 2004, Pékin 2008 et le triomphe à Rio 2016

Se souvient-il de sa dernière défaite ?

« C’était quelque part à Berlin pour mon second marathon [en 2013]. J’étais encore en train d’apprendre les ficelles de la distance. Mais je n’ai pas perdu tant que ça » raconte-t-il à propos de sa seconde place.

Le champion du monde 2003 a toujours démontré la puissance d’une attitude positive, vivant et apprenant de ses défaites.

À Pékin 2008, Kipchoge voulait remporter la victoire pour sa seconde expérience olympique.

Mais il a du attendre huit ans de plus pour remporter le titre olympique. 

« Je n’étais pas vraiment en forme à Pékin. Deux tours avant l’arrivée, je me disais ‘tu vas être champion olympique cette année’ ».

« Mais je n’avais plus de jus et Kenenisa Bekele a remporté la course ».

« La médaille d’argent était une bonne chose, c’était ma seconde médaille olympique et j’ai bien progressé pour remporter l’or à Rio ».

Bekele double la distance à Pékin 2008
03:10

Kipchoge est devenu le second kenyan à remporter le marathon olympique, après Samuel Wanjiru à Pékin 2008. 

Parmi tous mes championnats, et les Jeux en font partie, c’est le plus beau jour de ma vie.

Kipchoge s'offre sa première médaille d'or olympique
03:38

Le plan de Kipchoge pour la gloire olympique en 2021

Il souhaite ajouter un nouveau titre olympique à son incroyable liste d’accomplissements.

« Si tout se passe bien en 2021, je défendrai mon titre sur marathon dans un course très compétitive avec un bon chrono. Mon CV sera encore plus grand » explique-t-il.

Kipchoge et l’Éthiopien Bekele ont été sélectionnés pour le marathon de Tokyo 2020.

Le marathonien le plus rapide de tous les temps s’est entraîné pour suivre les traces de l’Éthiopien Abeba Bikala, vainqueur en 1960 et 1964 et de l’Allemand Waldemar Cierpinski, vainqueur en 1976 et 1980.

Bikala et Cierpinski sont les seuls hommes à avoir remporté le marathon olympique à deux reprises.

Bikila gagne le marathon olympique pour la deuxième fois
02:17

Le but ultime de Kipchoge

« Mon but est d’atteindre plus de trois milliards de personnes et je pense qu’ils admettront que je l’ai fait d’une bonne manière et que j’ai pu inspirer beaucoup de gens. »

Mais avant cela, Londres pourrait être la scène parfaite pour se tester face à Bekele.

Une tentative de record du monde pourrait être espérée avec les deux hommes les plus rapides du monde sur la liste de départ. 

Mais Kipchoge pense que ce sera une course tactique avec de grands coureurs.

« Lorsqu’il y a trop de bons coureurs, c’est difficile de réaliser un bon chrono car tout le monde veut se mettre à l’arrière, apprécier le rythme, et accélérer. Je pense que nous pouvons avoir une belle course à Londres, mais je ne crois pas que le record du monde pourra être battu » reconnait-il.

La série d’invincibilité de Kipchoge

Kipchoge, entraîné par le médaille d’argent olympique Patrick Sang, espère que cette année se terminera comme les six précédentes : invaincu.

« Rester invaincu m’aide à m’entraîner tous les jours. Mais en même temps, cela me fait dire, ‘le monde entier me regarde donc je dois être fort et faire un bon résultats’. Un mélange de pression et de morale me permet de faire de belles choses, que je continue de réaliser. »

Puis il embarque dans une nouvelle course contre la montre dont il est convaincu de sa faisabilité : « Courir un marathon en moins de 2 h, même en 1:59, dans une course régulière, c’est possible. »

« Je serais encore là. Vous me verrez plus souvent dans les grands marathons ».

Par Olympic Channel.