Comment les Black Ferns se sont transformées après Rio 2016

La capitaine néo-zélandaise Sarah Hirini par le aux médias lors d’un événement ouvert à la presse à Hamilton en Nouvelle-Zélande.
La capitaine néo-zélandaise Sarah Hirini par le aux médias lors d’un événement ouvert à la presse à Hamilton en Nouvelle-Zélande.

Depuis sa médaille d’argent à Rio 2016, l’équipe de Nouvelle-Zélande féminine de rugby à sept est de plus en plus redoutable. Tokyo 2020 a rencontré la capitaine des Black Ferns, Sarah Hirini, qui revient sur les origines de leurs forces. 

Perdre un match pour la médaille d’or aux Jeux Olympiques est une expérience terrible pour n’importe quelle équipe. Avoir été si proche et pourtant si loin du but est un sentiment que la joueuse la plus capée de Nouvelle-Zélande Sarah Hirini (née Goss) ne connaît que trop bien.

La finale du rugby à sept féminin du 8 août 2016 a été un combat serré et féroce entre deux rivales de longue date. La Nouvelle-Zélande s’est inclinée devant l’Australie qui s’est emparée de l’or sur un score de 24 à 17.

« L’or était vraiment ce que nous avions en tête. Nous sommes allées là-bas dans l’attente de gagner la médaille d’or et de rentrer avec le titre de championne, mais malheureusement, les choses ne se sont pas terminées comme ça pour plusieurs raisons », explique Hirini.

Cependant, cette expérience a engendré d’importants changements chez les Black Ferns. Elles ont désormais repris en main leur réussite et espèrent en faire la démonstration à Tokyo 2020 l’année prochaine lorsqu’elles entreront en scène.

Tirer des leçons de Rio

Les Jeux de Rio 2016 ont été une étape importante dans l’histoire du rugby olympique, car c’était la première fois que le rugby à sept était introduit au programme olympique.

Les Black Ferns comptaient parmi les favorites de la compétition, la Nouvelle-Zélande étant considérée comme l’une des meilleures nations de rugby, si ce n’est la meilleure. L’équipe a remporté trois des quatre titres des World Rugby Sevens Series et le titre de championne du monde de rugby à sept en 2013.

Nombreux étaient ceux qui s’attendaient à les voir décrocher l’or. Pas seulement l’équipe et ses joueuses, mais aussi le public néo-zélandais.

Tout semblait se passer exactement comme prévu. Avant de se rendre aux Jeux Olympiques de 2016, leur préparation a été irréprochable. Elles ont participé à un entraînement imitant des conditions de forte chaleur en Floride et réalisé de nombreux tests physiques. 

« Je pensais que les conditions étaient très bonnes », raconte Hirini.

La Nouvelle-Zélande est arrivée invaincue au match pour la médaille d’or, avec 139 points marqués et seulement 19 points concédés sur l’ensemble de leurs 5 matchs. Alors, quand le coup de sifflet final a retenti et que c’est l’Australie qui a fêté la victoire, ce fut un coup dur pour l’équipe.

« [Gagner l’or], c’est ce à quoi on attendait. C’est aussi ce qu’espérait la Nouvelle-Zélande de nous. Mais parfois, les choses ne se passent pas comme prévu, et c’est ce qui est arrivé cette fois-là », déclare Hirini.

« Alors, ça a complètement changé la façon de penser des filles qui étaient présentes [à Rio], car nous ne voulons pas reproduire les mêmes erreurs l’année prochaine. »

À leur retour du Brésil, et alors que commençait la préparation pour la saison suivante, les joueuses et leur équipe d’encadrement, comprenant à la fois des nouveaux visages et des personnes ayant fait partie de l’aventure de Rio 2016, ont mis au point une nouvelle approche qui devait leur permettre d’aller jusqu’au bout des Jeux Olympiques de 2020.

« Cette approche s’est essentiellement fondée sur notre culture et notre capacité à être gagner en voyageant beaucoup. Pour ça, il faut que le travail acharné soit au centre de notre mentalité, et il faut aussi faire en sorte de créer un environnement où tout le monde est d’accord sur ce qui fait la nature même de notre équipe », explique Hirini.

« Il faut aussi penser à s’amuser, parce qu’on peut vite se retrouver à s’entraîner machinalement et à oublier d’entretenir l’unité d’équipe. Alors que, dans le rugby à sept, être comme une famille est très important. »

« Les choses ont beaucoup changé depuis Rio. Tout est différent et c’est très agréable de travailler dans cet environnement. Je pense que c’est pour ça que nous avons accompli autant ces quatre dernières années. »

La médaille d’or ou rien

Les Black Ferns ont tout gagné : six titres sur huit aux World Rugby Sevens Series, deux coupes du monde sur trois, et la médaille d’or aux Jeux du Commonwealth. Toutefois, il reste encore un titre qu’elles n’ont pas remporté.

« Je mentirais si je disais que ce n’est pas cette médaille que je veux le plus », avoue Hirini lorsqu’elle est interrogée sur sa volonté de décrocher la médaille d’or olympique.

« C’est l’objectif principal de beaucoup d’entre nous, et le fait que ça prenne plus longtemps que prévu n’a pas été démoralisant que pour moi. Nous ne pensons qu’à décrocher l’or, pour nous et pour la Nouvelle-Zélande. »  

Mais après son expérience aux Jeux Olympiques il y a quatre ans, Hirini a aussi hâte de profiter de l’ambiance unique qu’offrent les Jeux.

« La principale chose que j’ai retenue des Jeux Olympiques de 2016, c’est d’avoir fait partie de l’équipe de Nouvelle-Zélande au sens large, et pas juste de l’équipe de rugby. C’était ça l’essentiel des Jeux pour moi. »

« Le risque, c’est soit de se laisser distraire par les Jeux, soit de ne pas en profiter du tout. »

« En dehors du fait de jouer, le but est de profiter de l’aspect épique des Jeux Olympiques, et je suis sûre que Tokyo nous prépare quelque chose d’extraordinaire pour l’année prochaine. »

Pour la Nouvelle-Zélande

Que ce soit en tant que Black Ferns ou en tant qu’All Blacks, porter le maillot noir est un sentiment unique.

C’est le rêve que souhaitent accomplir beaucoup de jeunes joueurs et joueuses de rugby. Alors, pouvoir le porter lors des Jeux Olympiques a été quelque chose d’encore plus spécial pour Hirini.

« Dans le monde du rugby à sept, nous avons de la chance car notre nom de famille est marqué dans le dos de notre maillot, ce qui rend la chose encore plus particulière », dit-elle. « L’enfiler, c’est comme avoir des super pouvoirs. On se sent aussi soutenues par tellement de gens, c’est vraiment un sentiment unique. »

Autre fait inattendu, que Hirini qualifie d’ailleurs de moment charnière pour elle, les supporters néo-zélandais ont continué de soutenir leur équipe en toutes circonstances.

« Nous avons été tellement soutenues par le public néo-zélandais... On ne s’attendait pas vraiment à ce qu’ils soient malgré tout très fiers de ce que nous avions accompli », dit-elle.

« Il semble qu’ils nous soutiendront quoiqu’il arrive et ça me motive d’autant plus à les rendre encore plus fiers la prochaine fois. »

« Je pense que c’était ça notre but principal quand nous sommes allées aux Jeux du Commonwealth et que nous avons joué contre l’Australie, qui était d’ailleurs à domicile. On ne voulait pas prendre notre revanche après les Jeux Olympiques, du moins je ne le pense pas, mais on voulait montrer au public néo-zélandais à quel point nous étions fortes. »

La Néo-zélandaise Sarah Hirini est plaquée par l’Australienne Ellia Green lors de la finale de rugby à sept des Jeux Olympiques de Rio 2016.
La Néo-zélandaise Sarah Hirini est plaquée par l’Australienne Ellia Green lors de la finale de rugby à sept des Jeux Olympiques de Rio 2016.
2016 Getty Images/Alexander Hassenstein

Ressortir les crampons

Hirini a dû se tenir à l’écart des deux derniers évènements de l’année 2019 à cause d’une blessure à la jambe. À présent de retour sur la scène internationale, elle a hâte de recommencer à jouer. Grâce à la levée des mesures de restriction en Nouvelle-Zélande, le feu vert de la reprise a été donné au rugby ainsi qu’aux autres sports.

« C’est très important pour nous de pouvoir reprendre le jeu que l’on n’avait pas pratiqué depuis le mois de janvier », dit-elle.

Hirini a prévu de rejoindre les Manawatū Cyclones lors de la Farah Palmer Cup cette année. Cette compétition de rugby à treize, qui débutera le 22 août, sera l’occasion de profiter de l’apparition de nombreuses joueuses internationales, dont parmi elles, quinze font partie des Black Ferns.

Pour la joueuse de 27 ans, ceci marquera son retour au sein des Cyclones après les avoir rejoints en 2011 pour une durée de 13 matchs sur trois saisons, avant que son engagement international ne la rende indisponible.

La dernière fois que les Black Ferns étaient réunies sur le terrain, c’était lors du Tournoi d’Australie de rugby à sept à Sydney début février, avant que la saison ne soit brutalement interrompue au mois de mars.

« Le simple fait de jouer et d’être avec les filles, c’est ça qui me manque », confie Hirini.

« Nous faisons partie d’un programme dédié donc en temps normal [on] s’entraîne toutes ensemble cinq à six fois par semaine. Et là, nous n’avons pas été ensemble depuis le confinement, qui s’est d’ailleurs terminé il y a environ trois mois. C’est assez fou. »

Depuis notre échange avec Hirini, la Nouvelle-Zélande s’est vu décerner le titre de championne des World Rugby Sevens Series 2019-2020, après que le reste de la saison ait été annulé par World Rugby.