Clarisse Agbégnénou : sa détermination ne peut plus attendre

Tokyo, JAPON - 28 août 2019 : La Française Clarisse Agbégnénou (en blanc) contre la Néerlandaise Juul Franssen lors des demi-finales des -63 kg des Championnats du monde de judo 2019 au Nippon Budokan, le site qui accueillera les épreuves de judo aux JO de Tokyo 2020.
Tokyo, JAPON - 28 août 2019 : La Française Clarisse Agbégnénou (en blanc) contre la Néerlandaise Juul Franssen lors des demi-finales des -63 kg des Championnats du monde de judo 2019 au Nippon Budokan, le site qui accueillera les épreuves de judo aux JO de Tokyo 2020.

Depuis Rio 2016 où elle a remporté la médaille d’argent, la judokate française Clarisse Agbégnénou a gagné tous les championnats majeurs auxquels elle a participé. Tout au long de sa vie, elle a prouvé qu’en se battant, elle atteignait tous ses objectifs et le prochain, c’est l’or olympique à Tokyo 2020. Mais avant, place aux Championnats d’Europe 2020 qui débutent aujourd'hui.

Avant de conquérir sa première couronne mondiale en 2014, Clarisse Agbégnénou avait remporté l’argent, un an plus tôt. Une immense déception contre l’Israélienne Yarden Gerbi qui a finalement été le fondement de ses multiples sacres à venir.

« C’était comme une claque », confie-t-elle dans le podcast d’Olympic Channel. « Mais à ce moment, Yarden était la meilleure. J’avais besoin de cette claque pour devenir championne du monde. Et je savais que l’année d’après, j’allais devenir championne du monde. Pourquoi ? Je ne sais pas. Comment ? Je ne sais pas. »

Cependant, elle savait quoi faire : patienter une année supplémentaire et redoubler d’efforts, enchaîner les sacrifices dans un but précis. Le 25 août 2014, elle se rendait à Tcheliabinsk en Russie pour disputer ses deuxièmes Championnats du monde. Et comme un symbole, c’est une nouvelle fois la judokate israélienne que Clarisse Agbégnénou allait rencontrer en finale.

« Je me suis dit : 'c’est comme ça que ça devait se passer ? Pas de problème.' », se rappelle-t-elle. « Je me souviens d’une interview où l’on m’a demandé ce que j’allais faire si je perdais. J’ai dit que je ne pouvais pas répondre car j’allais gagner. Ce n’est pas de la prétention, mais c’est parce que je veux avoir un rêve et je ne veux pas penser autrement. »

« Cette médaille d’or, c’était la première et la plus belle. »

« La prochaine fois, c’est pour moi. »

D’une déception est née un triomphe. Car elle a renforcé sa détermination d’aller chercher son but ultime : le titre olympique. Dès Londres 2012, alors qu’elle n’avait que 19 ans, Agbégnénou rêvait déjà de conquérir le graal de tout sportif.

Elle venait de remporter la médaille de bronze européenne dans sa catégorie des moins de 63 kg et figurait déjà parmi les meilleures judokates du monde, mais c’est sa compatriote Gévrise Émane qui a finalement traversé la manche pour remporter le bronze aux JO de Londres 2012. Elle était devant au classement, et c’est aussi elle qui avait remporté le titre européen.

Si Agbégnénou était admirative de sa compatriote, l'expérience a été difficile à encaisser pour la jeune judokate en pleine ascension. Mais elle lui a également permis de faire un choix de vie. Un dilemme résolu qui allait la mener jusqu’à ce qu’elle est aujourd’hui : quadruple championne du monde (2014, 2017, 2018, 2019), vice-championne olympique en 2016, numéro 1 mondiale et favorite pour Tokyo 2020.

« Cette période a été très difficile pour moi. J’étais jeune, et je voulais aussi vivre, beaucoup manger, sortir avec mes amis… Une vie d’adolescente ! C’est là que j’ai su qu’il fallait que je fasse des choix. Soit j’allais vers le sport, soit je continuais à vivre comme une adolescente qui sort avec ses amis. C’était difficile de choisir, mais je savais que j’étais forte en sport. »

« Gévrise était au top », poursuit Agbégnénou. « Elle était forte et régulière. Elle travaillait beaucoup et quand je la regardais, j’espérais qu’un jour, je devienne aussi professionnelle qu’elle. Je pensais que je n’y arriverai jamais. Le chemin était trop long. […] Mais je me suis dit que la prochaine fois, ce serait pour moi. Je n’abandonnerai pas. »

Le combat dès la naissance

Ne pas abandonner, c’est sa nature. Depuis les premiers instants de son existence, Clarisse Agbégnénou est engagée dans un combat qui a forgé sa détermination. Lorsque sa mère a donné naissance prématurément à Clarisse et Aurélien, son frère jumeau, Clarisse ne respirait pas et ses il a fallu attendre un long mois pour qu’elle sorte de la couveuse, après un combat sans relâche.

« Je suis née morte. Je ne respirais pas », raconte Clarisse Agbégnénou. « J’avais un problème aux reins et il fallait m’opérer, mais il était possible que je ne survive pas. Je suis restée dans le coma pendant un mois et les médecins ont suggéré à mes parents que c’était le moment de dire au revoir. Ils n’ont pas voulu. Ils voulaient attendre. Quelques jours plus tard, je me suis réveillée et je pleurais. Ils se sont dit que leur fille était une vraie combattante. »

Tokyo 2020, un scénario connu

Un destin tracé dès les premiers jours de sa vie qui allait forger la mentalité d’une judokate redoutable. Rien ni personne ne pourrait l’arrêter.

Pour ses premiers Jeux Olympiques à Rio 2016, Agbégnénou a atteint la finale mais à la suite d’une immobilisation au sol de plus de 20 secondes, son adversaire slovène Tina Trstenjak était déclarée vainqueur par ippon. La Française n’avait pas pu démontrer ce dont elle était capable et encore aujourd’hui, quatre ans après, elle a du mal à revoir cette finale.

« Je sais que je devrais revoir la finale, mais je n’ai pas revu en entier. Il n’y a pas de soucis avec les autres défaites, mais celle-ci… C’est très dur », admet-elle.

Avec trois titres mondiaux supplémentaires, elle est plus que jamais en bonne position pour retenter sa chance. Même si elle connaît ce type de scénario et pour elle, il n’y a qu’une issue possible.

C’est la même situation qu’avant la finale des Mondiaux 2014.

Je travaille dur, je donne toute ma vie pour ça, et je vais gagner. Il n’y a pas d’autres options.

Les Championnats d'Europe pour un nouveau départ

Après quatre ans de travail acharné dans une quête olympique ornée de multiples titres, Clarisse Agbégnénou était prête à en découdre. Mais le report des Jeux en raison de la pandémie de COVID-19 a dû repousser ses plans d’un an, une annonce difficile à encaisser.

« J’étais comme une enfant à qui on interdit de sortir jouer et à qui on oblige de rester à l’intérieur. C’est toujours difficile d’ailleurs », concède Agbégnénou.

Repousser un tel objectif, pour lequel tant de sacrifices sont faits, est mentalement compliqué à gérer.

« Aujourd’hui, les moments que je ne peux pas vivre avec mes amis [en raison de l’entraînement], c’est difficile à le dire, mais je les fais pour rien. Je sais que ce n’est pas pour rien, mais à l’âge que j’ai, je me dis que je rate tous ces bons moments pour rien. »

Un état d’esprit qui va naturellement changer lors des Championnats d’Europe de judo, qui débutent aujourd'hui, jeudi 19 novembre, à Prague en République Tchèque, où elle tentera de remporter un troisième titre consécutif.

Le point de départ d’une nouvelle préparation olympique pour arriver dans un peu plus de huit mois au Nippon Budokan, le temple du judo japonais où Agbégnénou a conquis son quatrième titre de championne du monde en 2019, et réaliser son rêve de médaille d’or aux JO de Tokyo 2020.