Charlotte Worthington : la recette du succès 

Manchester, ANGLETERRE - 24 juillet 2019 : La Britannique Charlotte Worthington (BMX Freestyle) sur un half pipe lors de l'événement  One Year To Go de Tokyo 2020.
Manchester, ANGLETERRE - 24 juillet 2019 : La Britannique Charlotte Worthington (BMX Freestyle) sur un half pipe lors de l'événement "One Year To Go" de Tokyo 2020.

L’année prochaine, le BMX Freestyle fera son grand début en tant que sport olympique. Tokyo 2020 a rencontré la médaillée de bronze aux Championnats du monde et toute première championne d’Europe, Charlotte Worthington, pour parler de sa vie, de sa discipline et de ses ambitions olympiques.

Même après avoir chuté plus de 20 fois,

on ne pense qu’à se remettre en piste.

C’est une heureuse coïncidence que Charlotte Worthington ait démarré sa vie professionnelle en tant que cuisinière. Une manche (run) de BMX Freestyle parfaite ressemble de bien des façons à une recette d'un chef étoilé : Tous deux sont à la recherche d'un accord parfait entre différents ingrédients de sorte à donner l’eau à la bouche.

« Les meilleurs runs sont évalués selon plusieurs critères, et cela inclut la hauteur, la technicité, et l’utilisation du skatepark. Est-ce que vous êtes passé par toutes les rampes ? Est-ce que vous vous démarquez, ou est-ce que vous faites un peu comme tous les autres ? »

« Ensuite, ces notes sont additionnées pour donner le score final », explique Worthington lors de son interview exclusive pour Tokyo 2020.

Mais comme pour les chefs de renom, c’est cette touche en plus d’excentricité et de génie qui permet de distinguer les bons des plus grands, cette capacité à s’aventurer sur des terrains jusqu’alors inexplorés.

Et c’est là que Worthington est dans son élément.

« On peut voir des gens la tête en bas, à six mètres de hauteur, faisant tourner leur guidon, leur vélo et leurs roues dans tous les sens. C’est tout simplement époustouflant ! »

« Même après avoir chuté plus de 20 fois, on ne pense qu’à se remettre en piste. »

Manchester, ANGLETERRE - 24 juillet 2019 : La britannique Charlotte Worthington (BMX Freestyle) lors de l'événement Tokyo 2020 One Year To Go.
Manchester, ANGLETERRE - 24 juillet 2019 : La britannique Charlotte Worthington (BMX Freestyle) lors de l'événement Tokyo 2020 One Year To Go.
Photo par Alex Livesey/Getty Images

L’ingrédient clé

À la différence de nombreux athlètes olympiques qui ont commencé à pratiquer leur discipline de manière intensive dès l’enfance, Charlotte Worthington, aujourd’hui âgée de 24 ans, s’est mise au BMX Freestyle un peu avant la vingtaine.

« J’ai commencé les sports extrêmes par la trottinette, qui peut servir de porte d’entrée. Elles sont plus petites et plus faciles à manipuler, donc c’était plus simple pour moi de commencer par ça », explique Worthington.

« Et puis, entre 19 et 20 ans, j’ai décidé de passer au BMX. Ça m’a permis de commencer avec déjà quelques bases, et à 20 ans j’ai vraiment changé de discipline. »

Pour quelqu’un qui a commencé si tard, l’ascension de Worthington a été on ne peut plus fulgurante. Un peu moins d’un an après son entrée dans le monde du BMX, Worthington a participé à sa première compétition : le prestigieux NASS Festival. Et elle a réussi l’exploit incroyable de gagner toutes les compétitions au Royaume-Uni.

Mais ce n’était que le début.

« À partir de là, j’ai fait partie d’un programme télévisé. Les gens qui s’en occupaient avaient des contacts chez British Cycling, et ils m’ont demandé si les Jeux Olympiques pouvaient m’intéresser, car c’était un nouveau sport au programme », se souvient Worthington.

« Alors on a parlé, et j’ai fini par faire une candidature et j’ai été sélectionnée pour un stage d’entraînement aux États-Unis, qui était aussi le stage de sélection. »

« Et depuis ça, ça n’a pas arrêté d’être la folie. »

Pile ou face

Il est incroyable de penser qu’une vie peut totalement basculer sur une simple décision. Que l’on tire à pile ou face, ou que l’on choisisse entre la pilule bleue et la pilule rouge comme dans Matrix, un choix peut complètement transformer notre avenir.

C’est exactement ce qui est arrivé à Charlotte Worthington au début de son parcours dans le monde du BMX Freestyle.

« Mon premier vrai travail consistait à ramasser les verres pour la cuisine d’un restaurant local à Manchester. Je parlais aux cuisiniers et ils m’ont dit que comme j’étais un peu garçon manqué, que j’avais du tempérament, et que je ne me laissais pas faire, ils pensaient que je m’en sortirais bien en cuisine. Et ils avaient raison », raconte Worthington.

Après quelques jours d’essai, elle a été embauchée en cuisine puis a démarré une vie typique de chef aux longues heures de travail épuisantes et au salaire modeste.

Mais, alors qu’une carrière dans la restauration semblait toute tracée, Worthington a été contactée par British Cycling pour lui demander si elle souhaitait intégrer leur programme.

Un programme qui pouvait mener à une place aux Jeux Olympiques.

« J’avais le choix entre travailler énormément et avoir une vie peu intéressante, et réaliser mon rêve de faire du BMX. »

Heureusement pour le monde du sport, Charlotte Worthington a choisi le BMX.

Ouvrir la voie

En 2019, Worthington a marqué l’histoire.

Dans un skatepark entouré de montagnes dans les Alpes, à Cadenazzo en Suisse, l’athlète britannique est devenue la toute première championne d’Europe de BMX Freestyle.

Pour Worthington, ce fut l’aboutissement d’une longue période de travail acharné.

« J’étais tellement fière. L’année dernière, j’ai passé tout mon temps en compétition, parce que la seule chose qui me manquait, c’était de l’expérience. Aller aux Championnats d’Europe et affronter quelqu’un comme Lara Lessmann (l’Allemande médaillée d’argent aux Championnats du monde 2017), ce fut vraiment un coude-à-coude entre les deux meilleures filles d’Europe. »

« Alors, sortir victorieuse et être la toute première femme à remporter ce titre, c’était vraiment incroyable. »

Le mois suivant, les choses ont continué de bien se passer pour Worthington, aux Championnats du monde à Chengdu en Chine.

Face aux meilleures rideuses de la planète, son run était impressionnant, avec entre autres un backflip et un 360 tuck no-hander, pour s’assurer une médaille de bronze derrière l’Américaine Hannah Roberts et la Chilienne Macarena Perez Grasset.

Mais au-delà d’une médaille, sa performance lui avait assuré quelque chose d’inestimable : un billet pour les Jeux Olympiques à Tokyo l’année prochaine.

« J’ai eu les résultats et c’était formidable. Mais ce n’est qu’après la compétition que l’on m’a rappelé que j’étais en fait qualifiée pour les Jeux désormais. »

« Il m’a fallu un peu de temps pour intégrer l’information. Quand je suis rentrée à l’hôtel, des larmes de joies ont coulé, ça, c’est sûr. »

L’or en ligne de mire

Si Charlotte Worthington reste très humble lorsqu’elle revient sur son expérience, le simple fait de parler de Tokyo réveille son goût pour la compétition.

« Je vise vraiment la médaille d’or », déclare-t-elle simplement. « C’est ce que tout le monde veut, mais pour moi, c’est vraiment mon objectif. »

Et le report n’a absolument pas impacté sa soif de gloire pour les Jeux Olympiques de l’année prochaine. C’est d’ailleurs avec un opportunisme assumé que Worthington voit là une chance supplémentaire de sortir son plus grand jeu lors de l’évènement sportif le plus prestigieux du monde.

« Avoir une année de plus pour s’entraîner encore beaucoup va peut-être me donner une chance d’apprendre de nouvelles figures que je ne pensais pas pouvoir maîtriser pour ces Jeux. »

« Donc pour moi, c’est une très belle opportunité. Chaque athlète a été impacté de façon différente, mais nous devons être opportunistes. Donc, c’est un plus. »

C’est possible.

Ce n’est pas réservé à la crème de la crème des êtres humains sur cette terre.

Transmettre la recette du succès

Charlotte Worthington ne s’est jamais considérée comme une pionnière. Mais comment peut-on qualifier quelqu’un qui ouvre une nouvelle voie dans un sport qui fait tout juste son entrée sur la scène internationale ?

Si elle avait un message à faire passer aux jeunes garçons et aux jeunes filles qui voudraient connaître la recette de son succès, ce serait simplement qu’eux aussi peuvent y arriver.

« Vous ne réalisez pas à quel point ça fait la différence, surtout pour les filles, de voir quelqu’un comme moi suivre ce chemin et se retrouver aux Jeux Olympiques. »

« C’est important de voir que c’est possible, et que ce n’est pas quelque chose de réservé à la crème de la crème des êtres humains sur cette terre. »

« Tout le monde peut y arriver. Et je trouve ça génial de pouvoir être en première ligne. »

« Je suis très fière de moi pour tout ce que j’ai accompli, et j’espère que ça donnera envie à la prochaine génération de faire la même chose. »

Charlotte Worthington se prépare pour Tokyo 2020