Charline Picon : « Plus que la performance, j'aime le chemin qui mène à Tokyo 2020 »

Rio de Janeiro, BRÉSIL - 14 août 2016 : La Française Charline Picon après sa médaille d’or en RS:X aux Jeux Olympiques de Rio 2016.
Rio de Janeiro, BRÉSIL - 14 août 2016 : La Française Charline Picon après sa médaille d’or en RS:X aux Jeux Olympiques de Rio 2016.

Championne olympique de planche à voile en 2016, Charline Picon a accouché en juillet 2017 et pris du temps avec sa fille avant de se remettre à l'eau. Et six mois après sa reprise, elle était vice-championne du monde. Le 22 novembre elle sera aux Championnats d’Europe après une longue période sans compétition, pendant laquelle elle dit avoir « gommé ses défauts et changer d’approche ».

L’absence de compétition peut être frustrante, mais Charline Picon l’a transformé en quelque chose de positif. La championne olympique de planche à voile française a certes profité de la crise du coronavirus pour devenir meilleure techniquement, mais également (et surtout ?) pour changer son approche de l’entraînement.

Un certain dosage de maturité et de pragmatisme lui a permis de se lever tous les matins avec l'envie de prendre du plaisir dans le travail, davantage que dans la quête d’un objectif, malgré son irresistible désir de conquérir une deuxième médaille d’or olympique consécutive.

« J’ai Tokyo en ligne de mire au quotidien, mais ce qui fait la différence par rapport à avant, c’est que j’apprécie le chemin qui m'y mène, plus que la performance en elle-même », détaille l’athlète de 35 ans lors d’un entretien exclusif avec Tokyo 2020. « C’est facile à dire, je pouvais peut-être avoir ce discours pour Rio mais là je le sens vraiment. C’est ce qui m’anime tous les jours. [Cet état d’esprit] me permet de murir et de me construire en tant que femme et athlète. Quoi qu’il arrive, je n’aurai pas de regret car j’aurais aimé le chemin pour y arriver, et j’aurai appris beaucoup de choses. Je ne vois que des choses positives. »

Profiter de son rôle de maman

Son approche globale a donc changé quelques mois avant d’aller régater pour tenter de conquérir un quatrième titre lors des Championnats d’Europe de RS:X, le format de planche à voile olympique pour les prochains JO, à Vilamoura au Portugal (22-28 novembre). Une première compétition depuis les Championnats du monde de février dernier, où elle avait remporté la médaille d’argent.

Mais il y a trois ans, un an seulement après son titre décroché à Rio 2016, le premier titre olympique en planche à voile depuis Faustine Merret à Athènes 2004, elle donnait naissance à Lou, son premier enfant. Un choix qu’elle avait déjà planifié avant les JO 2016 et dont elle a pu profiter pleinement, sans la pression de revenir trop vite - compte tenu de la longue période de quatre ans d’une olympiade.

« Je savais qu’après Rio, j’allais faire une pause maternité. L’objectif sportif était atteint et il était temps de passer à un objectif familial. J’ai été accompagnée par mon préparateur mental pour que je prenne bien le temps d’apprécier mon rôle de maman la première année et ne pas courir après le temps et reprendre trop vite. Je n’avais pas envie de me dire que je n’avais pas profité de la première année de mon enfant. Je suis finalement revenue assez vite, mais j’ai pris mon temps. »

Un retour explosif

La Rochelaise a mis 18 mois à remonter sur une planche à voile. Mais il n’a pas fallu longtemps pour constater qu’elle n’avait (presque) rien perdu. Seulement deux mois après la reprise, en avril 2018, elle s’engageait dans sa première compétition à Hyères, pour l’étape française de la World Cup Series 2018.

Elle terminait quatrième pour son comeback, un résultat qui la surprenait elle et son équipe. « On n’avait pas envisagé ce scénario ! Du coup on s’est dit qu’il allait peut-être falloir se préparer un peu plus car il y avait moyen de jouer la médaille aux Championnats du monde d’août 2018 ! »

Un retour tranquille transformé en une nouvelle course à la médaille, qui était également une course à la qualification pour les Jeux de Tokyo 2020. Charline Picon a remporté la médaille d’argent, derrière la Néerlandaise Lilian de Geus, qui sera certainement sa plus grande rivale sur le Port de plaisance d’Enoshima, le site qui accueillera les épreuves de voile.

Nouvelle médaille d’argent aux Mondiaux 2020

La véliplanchiste française avait signé une nouvelle performance de haut rang, et le scénario allait se reproduire deux ans plus tard, lors des Championnats du monde 2020. De Geus remportait l’or devant Picon.

« Depuis ma reprise après la grossesse, j’ai souvent été deuxième, mais lors des Mondiaux, l’or était atteignable », estime-t-elle. « J’ai fait une erreur lors d’une journée où je manquais un peu de vitesse par vents forts, mais j’ai beaucoup travaillé là-dessus depuis mars. »

Au-delà d’avoir changé son approche mentale de l’entraînement, elle a également travaillé sa navigation en ciblant ce qui n’allait pas en fonction des résultats précédents.

Comme les Jeux de Tokyo 2020 seront les derniers à utiliser la planche RS:X, avant Paris 2024 qui passera sur les planches « foil », dotées d’un aileron spécial à deux ailes qui surélève la planche au dessus de l’eau donnant une impression de vol, Charline Picon en a profité pour se rapprocher de Thomas Goyard, lui aussi qualifié pour Tokyo 2020 en RS:X, et créer un groupe d’entraînement dédié aux JO. Une nouvelle occasion de progresser.

« J’ai gommé mes points faibles »

« Tous les planchistes non-qualifiés pour Tokyo 2020, c’est à dire beaucoup, sont passés au foil en vue de Paris 2024. Il fallait donc créer une propre dynamique sur le RS:X. On s’est donc regroupés avec Thomas Goyard et deux jeunes pour créer une dynamique pour la préparation des Jeux. »

Elle navigue au quotidien avec des hommes, équipés d’une voile ayant 1 m² de surface supplémentaire. Un élément de plus qui lui permet de se surpasser sur le chemin de Tokyo qu’elle emprunte quotidiennement.

« Jusqu’à 10 ou 12 noeuds de vent, je peux naviguer avec eux mais il faut que je bataille fort pour rester au contact. Je n’ai pas le droit de m’endormir ! C’est dur pour moi mais ça me fait progresser. Toute cette énergie est très motivante. »

Une période sans compétition à s’entraîner dur et travailler ses points faibles afin de retrouver les sommets de la planche à voile.

Mon point faible a été gommé pendant cette période,

j’ai bon espoir d’aller chercher cette place de numéro 1.

« Chercher une deuxième médaille »

Rendez-vous à Vilamoura le 22 novembre, donc, avant la grande échéance olympique qui débutera le 25 juillet 2021. Le départ d’une série de cinq courses qui détermineront la dernière championne olympique de RS:X de l’histoire. Ce qui rend l'objectif encore plus attractif.

« Quand on a gagné une médaille d’or, le but est d’aller en chercher une deuxième. Mais je ne défends pas mon titre, je vais conquérir une deuxième médaille olympique. Ce n’est pas pareil. Je préfère être dans l’attaque que la défense. » Tout est une question d’approche, une nouvelle fois.