Carli Lloyd : passer à la vitesse supérieure

L’Américaine Carli Lloyd célèbre son but en finale de la Coupe du monde 2015 contre le Japon au Canada.
L’Américaine Carli Lloyd célèbre son but en finale de la Coupe du monde 2015 contre le Japon au Canada.

La footballeuse américaine Carli Lloyd est une légende. Mais pour atteindre le sommet, elle a dû apprendre à se relever alors qu’elle était au plus bas et trouver ce quelque chose en plus qui fait la différence.

Partir de tout en bas

Pour une footballeuse qui a tout gagné, y compris deux médailles d’or olympiques en 2008 et 2012, deux Coupes du monde en 2015 et 2019 et qui a remporté deux fois le prix The Best - Joueuse de la FIFA en 2015 et 2016, l’ascension de Carli Lloyd a commencé aussi loin de la gloire que l’on puisse s’imaginer. 

L’échec.

« Quand j’ai essayé d’intégrer l’équipe des États-Unis des moins de 21 ans, c’était la première fois que je n’étais pas recrutée. J’étais dévastée », se rappelle-t-elle.

Sa première réaction a été de trouver un responsable. Les entraîneurs. Ses coéquipières. Le monde entier. Tout le monde sauf elle.

C’est à ce moment-là qu’elle a pris la décision d’arrêter le football pour de bon.

« La chose la plus facile à faire pour moi c’était d’arrêter », confie honnêtement Lloyd.

C’est étrange de penser que ceci aurait pu être la fin de l’histoire de Carli Lloyd dans le football. Le monde aurait alors été privé de deux buts décisifs et l’obtention de la médaille d’or lors de deux finales olympiques, de ce tout premier coup du chapeau jamais vu lors d’une finale de Coupe du monde féminine, et de plus de 290 sélections en équipe nationale des États-Unis incluant 123 buts à l’échelle internationale.

Mais c’est pourtant bien ce qui se serait passé si Lloyd ne s’était pas relevée de sa chute.

Une recette gagnante

Carli Lloyd avait cessé d’y croire, mais pas son entourage. En particulier ses parents, qui voyaient en elle quelque chose qu’elle-même n’arrivait pas à voir. 

« Mes parents ont assurément dépensé beaucoup de temps et d’argent. Ils savaient que j’avais quelque chose de spécial et ils ne voulaient pas que j’abandonne. »

Mais ce fut sa rencontre fortuite avec un entraîneur nommé James Galanis qui a remis Lloyd sur le bon chemin, et qui lui a donné l’élan nécessaire pour aller au bout de son potentiel et atteindre la gloire. 

À cette époque, le petit frère de Lloyd faisait partie d’une équipe de football dont James Galanis était l’entraîneur. Son père décida un jour d’aller le voir après l’entraînement pour lui demander s’il serait intéressé de travailler avec sa fille. 

« Il a mis au point un programme pour moi. Il m’a dit que j’allais devoir travailler dur tous les jours et que ça devait devenir ma priorité numéro 1 devant tout le reste. » 

« Et que si je faisais ça, en plus de me comporter de façon plus professionnelle, d’avoir meilleur caractère et de renforcer mon mental, alors je pourrais espérer devenir la meilleure joueuse du monde. »

Lloyd a respecté sa part du contrat. Nous connaissons désormais la suite.

L’Américaine Carli Lloyd marque le but de la victoire contre le Brésil en finale des Jeux de Pékin 2008.
L’Américaine Carli Lloyd marque le but de la victoire contre le Brésil en finale des Jeux de Pékin 2008.
2008 Getty Images / Koji Watanabe

Quelque chose en plus

Rien n’est facile. Rien de ce qui vaut le coup dans la vie n’est facile.

- Carli Lloyd.

C’est en 2008 que Carli Lloyd a commencé à construire sa légende. Et une fois encore, l’histoire débute sur un échec. 

Lors des demi-finales de la Coupe du monde de 2007, les États-Unis ont subi une défaite cuisante 4-0 face à une équipe du Brésil menée par la formidable Marta Vieira da Silva (Marta), qui réalisa un coup d’éclat que le célèbre commentateur de football brésilien Luciano do Valle a qualifié de « but de génie ». 

Ce résultat fut douloureux pour Lloyd, et à seulement un an des Jeux Olympiques de Pékin 2008, la jeune footballeuse aurait pu être anéantie. 

« De mon point de vue, la Coupe du monde 2007 a été une très grande déception pour notre équipe. Ma première grande compétition a été vraiment difficile et ça a été un moment compliqué pour moi. »

Et les choses n’ont fait qu’empirer à l’approche de Pékin. Lors d’un match amical contre le Brésil le 16 juillet 2008, la meilleure buteuse des États-Unis, Abby Wambach, s’est cassée la jambe lors d’un contact avec la joueuse Andreia Rosa. 

« Tout le monde a pensé que c’était fini pour nous parce qu’elle ne serait pas là à cause de sa fracture à la jambe », se souvient Lloyd. « Alors, on a dû se serrer les coudes en tant qu’équipe. »

Une fois la compétition démarrée, les États-Unis se sont battus jusqu’à atteindre le match pour la médaille d’or après avoir vaincu le Canada 2-1 en quart de finale et le Japon 4-2 en demi-finale. 

Mais pour réussir à triompher en finale olympique, sur la même équipe brésilienne qui les avait battues à plates coutures un an auparavant, il allait falloir que quelque chose d’extraordinaire se produise. 

Et c’est à la 96e minute de jeu que ce quelque chose est arrivé. 

« J’ai joué chaque minute à fond jusqu’à ce moment. Je n’étais pas vraiment au meilleur de ma forme à cette époque, mais j’ai réussi à trouver en moi une ressource inexploitée. Ce qui fait que je suis unique. »

Après 5 min et 30 s de prolongation, alors que le score était de 0-0, Lloyd a reçu le ballon alors qu’elle se trouvait tout prêt de la surface de réparation côté brésilien. Puisant dans l’intégralité de ses forces, elle amorça un tir qui est allé plonger tout droit dans le petit filet du but adverse.  

Carli Lloyd fit alors la découverte de ce qui différencie les bons sportifs des grands sportifs. 

« Elles étaient à leur meilleur niveau », s’exclame-t-elle. « Je me rappelle qu’on ne lâchait rien, et que, quand on a vu les Brésiliennes commencer à courber l’échine à la fin du match, on s’est dit : “OK, elles sont fatiguées. Il faut continuer d’y aller.” »

« Et j’ai finalement marqué à la 96e minute. J’ai réussi à passer à la vitesse supérieure. »

En route vers Tokyo

Depuis 2008, l’ascension de Carli Lloyd a été fulgurante. À Londres 2012, elle a une nouvelle fois marqué un but décisif en finale contre le Japon, la faisant ainsi devenir la première footballeuse (hommes et femmes confondus) à marquer le but de la victoire lors de deux finales olympiques différentes. 

Pendant la Coupe du monde de la FIFA, Lloyd a été tout aussi exceptionnelle. En 2015, elle a réalisé un coup du chapeau dans les 16 premières minutes de jeu en terminant sur une chandelle qui passa au-dessus de la gardienne, alors que Lloyd se trouvait tout proche de la ligne centrale. C’était le premier coup du chapeau réalisé lors d’une finale de Coupe du monde depuis le triplé de l’Anglais Geoff Hurst en 1966. 

En 2019, elle a ajouté une nouvelle médaille d’or de championne du monde à sa collection, après une entrée en jeu à la 87e minute en finale contre les Pays-Bas. Les États-Unis ont remporté le match 2 à 0. 

Son parcours a été une succession d’incroyables montagnes russes. Jusqu’à maintenant. 

À l’approche de Tokyo 2020, la pandémie de COVID-19 et le report subséquent des Jeux ont propulsé Lloyd dans l’inhabituelle situation de devoir ralentir le rythme. 

« Bien sûr, ça a été deux semaines très stressantes, car il y avait des rumeurs d’un éventuel report ou d’une annulation », raconte Lloyd. 

« Je n’ai jamais vécu à un rythme aussi tranquille de toute ma vie. Je trouve de nouvelles activités pour m’occuper l’esprit. Par exemple, je lis plus, ou je profite de la nature en sortant dans mon jardin pour écouter les oiseaux chanter. » 

Mais même si les réalités actuelles ont quelque peu transformé Carli Lloyd, lorsqu’il s’agit d’aborder les Jeux Olympiques de l’année prochaine, le feu de la motivation brûle toujours intensément en elle. 

« C’est une année de plus où nous allons être passées à la moulinette, mais je vois ça comme une opportunité. » 

« Je vois ça comme la possibilité pour moi d’avoir plus de temps pour améliorer ma condition physique, devenir plus puissante, plus précise et donc de devenir encore meilleure en tant que joueuse. Je sais que notre équipe va pouvoir passer plus de temps ensemble pour progresser. » 

« Donc je suis plutôt enthousiaste. »

Après tout ce que Lloyd a traversé, de ses premiers déboires jusqu’à sa gloire finale, un nouveau triomphe à Tokyo l’année prochaine ne serait pas étonnant. 

Car elle compte bien remporter l’or. 

« Je suis ravie d’avoir une nouvelle année devant moi avec un grand objectif, celui de gagner encore une autre médaille d’or avec mes coéquipières. Et peut-être qu’ensuite je tirerais ma révérence. »

Ce serait une manière spectaculaire de conclure l’une des plus remarquables carrières jamais vues dans l’histoire du football aux Jeux Olympiques.