Camille Prigent, les Jeux Olympiques dans le sang

Prague, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE - Septembre 2020 : Camille Prigent lors des Championnats d'Europe de canoë slalom, où elle a remporté la médaille d'argent.
Prague, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE - Septembre 2020 : Camille Prigent lors des Championnats d'Europe de canoë slalom, où elle a remporté la médaille d'argent.

La kayakiste de 22 ans tentera demain, jeudi 8 octobre, de décrocher sa qualification olympique lors des courses de sélections françaises de canoë-kayak slalom à Pau. Championne olympique de la jeunesse en 2014, Camille Prigent a grandi dans une famille de kayakiste jusqu’à devenir vice-champions d’Europe chez les séniors en 2020.

« J’ai hâte d’y être ». À 22 ans, Camille Prigent va disputer les premières courses de sélections olympiques de sa carrière ce week-end, du 8 au 11 octobre sur le stade nautique de Pau. Et malgré son jeune âge et son excitation, la cadette de la famille Prigent est bien l’une des favorites pour empocher son billet pour Tokyo 2020 en kayak slalom féminin (K1).

Une seule place olympique sera disponible dans sa catégorie, et 14 femmes s’élanceront à l’assaut de la qualification. Une configuration compliquée à gérer mentalement mais la jeune kayakiste accueille le défi avec sagesse.

« C’est motivant et stressant à la fois », confie-t-elle à Tokyo2020.org à deux jours de l’échéance. « Il n’y a qu’une place et il va falloir être au top pour se qualifier. Je ne me mets pas de pression et je prends comme une chance de pouvoir prendre le départ d’une course aussi relevée. »

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Des jeunes à l’élite

Fraichement auréolée du titre de vice-championne d’Europe 2020, Camille Prigent a du faire l’impasse sur les Championnats d’Europe U23 (1-4 octobre) pour se préparer pour les sélections olympiques. Une décision symbolique pour la championne olympique de la jeunesse de Nanjing 2014, qui marque la fin de sa transition de jeune à élite.

« J’adore l’ambiance avec les équipes de jeune et j’avais à coeur de les faire, mais c’était trop serré. Mon objectif est d’aller à Tokyo », assure-t-elle.

Et si sa médaille d’argent européenne chez les séniors lui donne de la confiance, elle garde une grande humilité.

« Ça met plutôt en confiance car je sais que je suis capable d’aller vite. Mais je sais qu’en slalom, chaque course est unique et tout repart de zéro à chaque départ. »

« Je n’aimais pas le kayak »

Ayant grandi à Rennes dans une famille de kayakiste, Camille Prigent a toujours baigné dans ce sport. Son père Jean-Yves, médaillé de bronze mondial en K1 1981 et sa mère Marie-Françoise, médaillée d’or en 1983 dans la même discipline, ont élevé leurs enfants Camille et Yves, également kayakiste en lice pour la sélection olympique, dans un cocon sportif.

Mais c’est vers la gymnastique que s’est dirigée Camille lorsqu’elle était jeune. « Je n’aimais pas le kayak car l’hiver, il faisait trop froid et ça ne me tentait pas du tout », raconte-t-elle le sourire aux lèvres. Mais une habitude estivale l’a naturellement dirigé vers la passion familiale.

Mes parents m’ont toujours soutenu à fond dans mon projet 

mais ils ont su le faire sans me mettre trop de pression ou être trop sur mon dos.

Camping-cars en Europe de l’est

Tous les étés, Jean-Yves et Marie-Françoise embarquaient leurs enfants dans leur camping-car pour sillonner l’Europe de l’Est, Slovénie et Slovaquie notamment, au rythme des stages de kayak que suivaient le père, qui occupait la fonction de conseiller technique régional de Bretagne. Initiations dans des bassins ensoleillés, camping et ambiance de vacance ont suffi pour allumer la flamme qui l’a menée jusqu’à cette course de qualification olympique.

« J’ai rencontré beaucoup de jeunes de mon âge à cette époque et j’ai vraiment accroché. »

Si ses parents ont toujours été à ses côtés, ils n’ont pas pour autant été poussifs. Le chemin vers le haut niveau dans le sport familial s’est dessiné naturellement.

« Ils n’ont jamais été trop sur mon dos. Même s’ils sont dans le kayak, ils m’ont toujours laissé gérer avec les entraîneurs de clubs ou de pôles. Ils m’ont toujours soutenu à fond dans mon projet mais ils ont su le faire sans me mettre trop de pression ou être trop sur mon dos. »

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« Ça donne envie d’y être »

En parallèle des road-trips estivaux vers l’Europe de l’est, la famille Prigent a pris une autre habitude, quadriennale cette fois-ci.

Depuis que Camille est née en 1997, elle a assisté à toutes les éditions des Jeux Olympiques, à commencer par Sydney 2000, dans la peau d’une spectatrice. Mais c’est dans le stade d’eaux vives de Londres 2012 que sa flamme olympique s’est allumée pour de bon.

« À partir de Londres, je devenais forte en kayak et j’ai commencé à vraiment accrocher avec les Jeux. »

En 2012, Camille Prigent avait 15 ans et la Française Emilie Fer devenait championne olympique de K1.

La passion olympique familiale lui a permis de prendre le pouls de la plus grande compétition sportive au monde. Cela pourrait se révéler comme un avantage certain si elle remporte le droit d’aller disputer ses premiers Jeux à Tokyo.

« Depuis que je suis née, j’ai vu tous les JO en tant que spectatrice. Je pense que c’est un réel avantage car je sais comment ça se passe. Et je pense que le fait de connaître permet de ne pas se laisser intimider par la grandeur de l’événement. Mais au-delà de ça, voir ce beau spectacle donne vraiment envie d’y être. »

En or à Nanjing 2014, bénévole à Rio 2016

En 2014, Prigent se rend à Nanjing en Chine pour disputer les deuxièmes Jeux Olympiques de la jeunesse d’été et repart avec une médaille d’or dans sa discipline favorite. « Je me suis dit qu’il fallait que j’y retourne », se souvient-elle.

À Rio 2016, Camille a vécu une nouvelle expérience qui a scellé sa détermination de ne pas laisser passer la prochaine occasion.

« J’étais bénévole aux JO de Rio 2016 et avec plusieurs jeunes kayakistes internationaux, nous assurions les démonstrations sur le bassin olympique. Nous nous sommes entraînés pendant deux semaines sur le bassin olympique et nous avons côtoyé les athlètes. On était à fond, ça nous a donné envie. »

« J’ai beaucoup progressé par rapport à l’année dernière »

Ce week-end, Camille Prigent donnera les premiers coups de pagaie de sa quête olympique, dans la peau d’une athlète plus forte que l’année dernière. Elle a déménagé à Vaires-sur-Marne pour naviguer au quotidien dans le nouveau stade nautique de la ville francilienne, qui accueillera les épreuves de canoë-kayak des Jeux Olympiques de Paris 2024. Depuis quelques années, elle rejoint également l’Australie et la Nouvelle-Zélande en hiver pour des stages d’entraînement, lorsque les températures sont trop froides en France pour naviguer régulièrement dans les bassins d’eau vive.

Le report des Jeux de Tokyo 2020 représente donc un avantage pour Prigent qui apparaît très posée, humble et sûre de ses capacités.

« J’ai beaucoup progressé par rapport à l’année dernière. Ma navigation est plus engagée et j’arrive à aller plus vite. Le report des Jeux était l’occasion de me rapprocher des meilleures et j’ai encore beaucoup de points à progresser. Notamment physiquement pour une meilleure transmission et techniquement pour m’adapter à chaque situation. »

Dans les faits, la kayakiste rennaise montre déjà qu’elle n’est plus la même athlète que l’année dernière. Lors des Championnats d’Europe 2019, elle n’était pas parvenue à accéder aux demi-finales. En 2020, elle a remporté la médaille d’argent.

Mais pas d’enseignements trop hâtifs à tirer. « À chaque course, tout redémarre à zéro », tempère-t-elle.

Rendez-vous jeudi 8 octobre à partir de 9h45 pour la première course féminine de kayak slalom .

Le programme des sélections olympiques de canoë-kayak slalom

Les quatre catégories de canoë-kayak slalom (C1 et K1 hommes et femmes) seront disputées du 8 au 11 octobre. Seule une place qualificative pour Tokyo 2020 est disponible par catégorie.

  • *Canoë hommes
    *
    Le champion olympique en titre Denis Gargaud-Chanut sera l’un des favoris, aux côtés de Cédric Joly, champion du monde 2019, et Thomas Martin.
  • Kayak hommes
    Le champion du monde 2014 Boris Neveu sera sans aucun doute favori pour la qualification olympique, et Mathieu Biazizzo et Mathurin Madore tenteront de déjouer les pronostics.
  • Canoë femmes
    La double médaillée d’argent européenne par équipe Claire Jaquet sera la tête de gondole de sa catégorie lors de ces sélections, et Lucie Baudu et Lucie Prioux seront ses principales concurrentes pour billet pour Tokyo.
  • Kayak femmes
    Aux côtés de Camille Prigent, Lucie Baudu tentera également de se qualifier en K1, et c’est Marie-Zélia Lafont, kayakiste olympique à Rio 2016, qui occupera la troisième rang.