Callum Hawkins : quand la chaleur monte

Le Britannique Callum Hawkins participe au marathon masculin lors des 17e Championnats du monde d'athlétisme de l'IAAF à Doha en 2019.
Le Britannique Callum Hawkins participe au marathon masculin lors des 17e Championnats du monde d'athlétisme de l'IAAF à Doha en 2019.

Callum Hawkins est le premier athlète britannique masculin à avoir obtenu sa qualification pour le marathon olympique de Tokyo 2020. Après avoir terminé deux fois quatrième sur les Championnats du monde et sa célèbre chute sur les Jeux du Commonwealth en 2018, l’Écossais espère ramener une médaille des prochains Jeux. 

C’est probablement l’image la plus frappante des Jeux du Commonwealth 2018. Alors qu’il était en tête du marathon avec deux minutes d’avance, le Britannique Callum Hawkins a trébuché. Puis il est tombé, avant de se relever et de s’effondrer une nouvelle fois sur une rambarde.

La chaleur à Gold Coast en Australie ce jour-là était étouffante et Hawkins, habitué aux températures beaucoup plus fraiches dans son Écosse natale, n'a pas pu résister. Le rêve qu’il construisait depuis un an a pris fin lorsqu’il s’est fait évacuer en ambulance. 

« C’était en partie lié aux conditions mais aussi de ma faute, un mélange de petites choses qui misent bout à bout sont devenues un gros problème pour moi. Je ne me souviens pas de grand chose après ma première chute mais j’en ai tiré beaucoup de leçons. »

« Ça m’agace encore d’y repenser parce que j’ai le sentiment d’avoir raté une opportunité. Mais c’est une grande leçon en prévision de Tokyo, ou Sapporo [le site qui accueillera le marathon de Tokyo 2020] parce qu’il pourrait faire plutôt chaud là-bas. »

Mais, comme beaucoup d’olympiens le savent, l'important, ce n'est pas la chute, mais la manière dont vous vous relevez.

L’année suivante, aux Championnats du monde 2019, Hawkins était de retour sous la chaleur intimidante de Doha. Face à un peloton de classe mondiale, le plus brillant espoir du marathon britannique a terminé à une impressionnante quatrième place.

À moins de six mois de Tokyo 2020, Hawkins cherche à grappiller au moins une place pour ramener chez lui une médaille sur l’un des événements les plus attendus du calendrier olympique.

« J’y vais pour une médaille », a-t-il déclaré. « Je donnerai tout là-bas, mais ça va être difficile. Je sais que j’ai terminé quatrième sur les Championnats du monde mais il y aura beaucoup plus de gros bonnets aux Jeux Olympiques et le parcours sera beaucoup plus dur. »

Né pour courir

Parfois dans la vie, vous n’avez pas vraiment le choix.

Pour Hawkins, dont le père était coureur de niveau national et les deux frères étaient également parmi les plus talentueux coureurs du pays, devenir autre chose qu’un coureur aurait été surprenant. Même sa mère, qui n’a pas vraiment de parcours sportif, s’est lancée dans la course à pied pour rester en forme.

« Entre moi, mon père et mes deux frères, nous avons 12 titres nationaux en cross-country à nous tous », expliquait Hawkins. « Et mon père, mon frère Derek et moi avons tous les trois gagné le trophée d’Écosse de cross-country des moins de 15 ans . »

« Mon père m’a entrainé jusqu’à mes neuf ans, donc nous parlions toujours de course à pied à table. Ma mère en était malade. »

Aujourd’hui, seulement deux des trois frères continuent de courir, mais Callum et son frère Derek ont tous les deux couru à Rio 2016. Derek a toujours des chances de se qualifier pour Tokyo 2020 - à condition que les opportunités se présentent à temps.

« Ça dépend vraiment du confinement et des courses, parce que pour le moment, c’est difficile de savoir si les courses sont maintenues ou pas », a déclaré Hawkins. « Il donne tout ce qu’il a pour être prêt pour l’épreuve qualificative [le Great Britain Olympic marathon trial], qui devrait être à la fin du mois de mars et j’espère qu’il y arrivera. »

Les frères Hawkins vivent ensemble et s’entrainent ensemble. Mais ce n’est pas souvent qu’ils ont la chance de pouvoir courir sur la même course, à part sur un sprint particulièrement serré dont Callum semble se souvenir comme si c'était hier.

« [Il y a eu] une course en Irlande qui s’était terminée au sprint entre lui et moi. Il a gagné », rappelle Callum, le plus jeune des deux frères. « Je le rattrapais mais je n’en avais pas assez sous le pied. Il ne restait pas assez de distance… J’ai fait une erreur de timing et il a pris le dessus. »

Changer de vitesse au bon moment

Le marathon a toujours été entouré d’une atmosphère un peu mystique. Même les origines de cette course, où l’histoire raconte qu’un messager grec aurait couru 42 km de Marathon à Athènes pour annoncer la victoire grecque avant de s’effondrer et de mourir à l’arrivée, est emprunte de légendes.

Le marathon masculin de Tokyo 2020 ne devrait pas comporter trop de surprises, avec les deux meilleurs coureurs de l'histoire de la discipline qui vont se disputer la victoire : le Kenyan Eliud Kipchoge et l’Éthiopien Kenenisa Bekele.

Mais Hawkins, qui a prouvé sa capacité à répondre présent lors des courses de championnats, ne partira pas défaitiste à Sapporo.

Je pourrais facilement remporter une médaille mais je pourrais tout aussi bien terminer hors du top 10.

Hawkins a toujours été performant sur les courses à gros enjeux. Ses meilleurs résultats se mesurent pas en termes de temps mais plutôt par sa capacité à se transcender au bon moment et à maximiser ses performances sous le feu des projecteurs.

Lors des Championnats du monde de Londres (2017) et Doha (2019), il a terminé deux fois à la quatrième place contre des athlètes sur le papier plus forts que lui. Le marathon olympique ne se limitera pas aux records que vous apporterez sur la ligne de départ.

« Je suis probablement plus adapté aux courses de championnats qu’aux marathons de ville, comparé aux meilleurs mondiaux. Je pense que - hormis à Gold Coast - je suis plutôt bon pour comprendre les signaux de mon corps et tirer le meilleur de moi-même. Et, pour je ne sais quelle raison, les courses de championnat ne sont pas un enjeu pour tout le monde. »

Malgré tout, Hawkins sait que même s’il vise une médaille, finir bien plus bas dans le classement est une possibilité. Et compte tenu de la concurrence qui sera rude, ce ne sera pas considéré comme un échec.

« Je pourrais facilement remporter une médaille mais je pourrais tout aussi bien terminer hors du top 10 », a-t-il déclaré avec pragmatisme. « Un marathon de championnat, c’est un peu comme une loterie, n’importe qui peut gagner. »

Transpirer pour réussir

En 2020, le site qui devait accueillir le marathon a été déplacé de Tokyo à Sapporo à cause des risques de chaleur et d’humidité, fréquents dans la capitale japonaise en juillet et en août.

Pour autant, cela ne veut pas dire que les conditions de Sapporo se rapprocheront de celles dont Hawkins à l'habitude en Écosse. La température moyenne en juillet, y est environ de 25 °C : plutôt chaud pour des marathoniens qui s’élancent sur une course de 42,195 km.

Mais, après avoir vécu l’expérience de la fatigue extrême liée à la chaleur aux Jeux du Commonwealth 2018, Hawkins s’est rattrapé dans la chaleur des Championnats du monde de 2019 à Doha, où les températures sont montées en flèche jusqu'à 32 °C.

Et pour Tokyo 2020, l’athlète britannique va faire tout son possible pour être prêt. Y compris recréer dans son garage les conditions étouffantes qui l’attendent - chose qu’il avait déjà faites pour sa préparation pour Doha.

« C'est assez difficile de louer une chambre climatique parce qu’il n’y en a pas beaucoup en Écosse. Donc je me suis dit "Je suis presque sûr que je peux reproduire quelque chose de similaire dans mon garage". »

« J'ai d’abord fait deux semaines de stage à Majorque pour m’acclimater à la chaleur. Et pour rester dans cette dynamique pour les Championnats du monde de Doha, j'ai installé un tapis de course dans mon cabanon avec des radiateurs autour ! »

L'athlète du Team GB Callum Hawkins participe au marathon masculin lors des 16e Championnats du monde d'athlétisme de l'IAAF à Londres en 2017.
L'athlète du Team GB Callum Hawkins participe au marathon masculin lors des 16e Championnats du monde d'athlétisme de l'IAAF à Londres en 2017.
Photo de Shaun Botterill/Getty Images

42,195 km vers la gloire

Sur un course aussi longue, la différence entre gagner er perdre se joue souvent sur des petits écarts.

Eliud Kipchoge, l’actuel détenteur du record du monde en 2 h 01 min 39 s, devance de seulement deux secondes le meilleur temps de Kenenisa Bekele.

Et si d’aucuns avaient encore besoin de preuves que l’imprévu est possible, le marathon de Londres en octobre 2020 en est le parfait exemple. Dans une course qualifiée de « course du siècle », le grand favori de l’épreuve, Eliud Kipchoge a terminé huitième , tandis que le second favori, Bekele, s’est blessé et n’a même pas pu prendre le départ.

Hawkins, qui était en tête du marathon des Championnats du monde de 2019 à deux kilomètres de l'arrivée, a finalement terminé à la quatrième place. Il connaît donc bien les contours qui définissent une victoire.

« À Doha, j’ai été très déçu de finir quatrième parce que cela m’était déjà arrivé [à Londres]. Je venais pour une médaille et manquer le podium pour six secondes alors que j'étais dans le groupe de tête sur le dernier kilomètre, c’était assez décevant pour moi. »

« Mais c’est la vie. C’est la course à pied. »

Avec la déception de ces deux podiums manqués derrière lui, l’«athlète écossais de l'année » peut désormais se tourner vers Tokyo 2020, en espérant que ces petites améliorations sur lesquelles il a travaillé à l’entrainement le rapprocheront encore un peu plus de cette médaille qu’il convoite tant.

Et lorsque la température grimpera lors de la compétition la plus prestigieuse de la planète, ses expériences d'effondrement et de résistance face à la chaleur seront toutes deux aussi importantes dans sa quête de gloire olympique.

Le départ du marathon masculin de Tokyo 2020 sera le dimanche 8 août au Sapporo Odori Park.