Brisa Hennessy : Une surfeuse au paradis

La Costaricaine Brisa Hennessy sur une vague lors du troisième tour des Jeux mondiaux de surf à Kisakihama Beach en septembre 2019.
La Costaricaine Brisa Hennessy sur une vague lors du troisième tour des Jeux mondiaux de surf à Kisakihama Beach en septembre 2019.

Tokyo 2020 a rencontré Brisa Hennessy, surfeuse costaricaine qualifiée pour les Jeux Olympiques. Elle vit actuellement sur une île aux Fidji, entourée des plus belles vagues au monde.

Selon vous, quel serait l’endroit idéal pour passer le confinement ?

Une île paradisiaque au milieu du Pacifique pourrait être une bonne option, surtout si vous êtes une surfeuse professionnelle déjà qualifiée pour les Jeux Olympiques.

Ce qui semble être un rêve impossible pour beaucoup est devenu réalité pour la jeune costaricaine Brisa Hennessy.

Ses parents gèrent un hôtel sur une petite île aux Fidji, et lorsque la pandémie de COVID-19 a forcé de nombreux pays à fermer leurs frontières, elle a décidé d’aller vivre auprès de sa famille.

À Namotu, Hennessy a passé le confinement juste à côté de l’un des meilleurs spots de surf du monde, avec l’océan rien que pour elle et ses parents.

« J’ai passé ces trois derniers mois sur cette petite île. Ça ne prend que 5 minutes pour en faire le tour complet. C’est vraiment très petit. Mais les vagues ici sont parmi les meilleures au monde. J’ai eu une chance incroyable de pouvoir venir m’isoler ici. J’ai pu faire du surf tous les jours, alors que c’est mon travail et ma passion », explique-t-elle à Tokyo 2020.

Une vie de nomade

Il y a deux ans, la famille Hennessy s’est installée dans les îles Fidji. Les parents sont originaires des États-Unis et se sont rencontrés à Hawaï. Le père est pêcheur et la mère cuisinière. Dans leurs vies, ils ont habité dans beaucoup de lieux différents, mais toujours proches de la mer. Tous deux sont également de bons surfeurs.

« Ma famille et moi, on dit que nous sommes des “nomades sans attaches”. On n’a pas vraiment de chez nous. On vit dans nos valises. Pour l’instant, j’ai posé ma valise ici, mais je peux partir n’importe quand. Mais quand je suis avec eux, je me sens à la maison », souligne-t-elle.

Lorsqu’ils se sont rencontrés, les parents de Hennessy se sont installés au Costa Rica, et c’est dans ce pays qu’elle est née et qu’elle a appris à surfer. Elle garde de très bons souvenirs de son enfance en Amérique centrale.

« On vivait coupés de tout, au beau milieu de la jungle. Il y avait des singes dans notre jardin et toutes autres sortes d’animaux. On vivait littéralement sur la plage et ça a vraiment fait de moi ce que je suis aujourd’hui. C’est comme si j’étais née dans l’océan. Mes parents gèrent une école de surf, alors ce sport coule dans mes veines. »

Devenir surfeuse professionnelle

À l’âge de neuf ans, sa famille a déménagé à Hawaï et c’est là-bas que Hennessy a commencé la compétition.

« Mon oncle était surfeur professionnel. C’est un peu grâce à lui que je suis tombée dedans. Et puis, j’ai réalisé que j’avais un esprit très compétitif. Je pense que ça vient du fait que, dans la jungle, nous vivions en mode survie. J’adore la compétition. C’est sans aucun doute l’une de mes plus grandes joies. »

Dès ses premières compétitions, Hennessy, désormais âgée de 20 ans, a fait preuve de capacités exceptionnelles.

Elle a su gravir les échelons au classement des Qualifying Series et s’est qualifiée fin 2018 pour le Championship Tour (CT) de la World Surf League (WSL), une compétition d’élite qui réunit les 17 meilleures surfeuses professionnelles du monde. 

Elle est la première Costaricaine à avoir rejoint ce circuit.

Très vite, la jeune surfeuse s’est retrouvée à voyager à travers le monde et à concourir avec ses idoles. Et même s’il y a eu des moments difficiles, les bons moments n’ont pas manqué. 

« En tant que débutante, on se retrouve confrontée à beaucoup de nouvelles choses, de nouvelles opportunités, situations ou lieux », explique-t-elle.

« Ça fait beaucoup. Il y a eu des moments où je me sentais un peu dépassée. Je ne me faisais pas vraiment confiance. Mais j’ai compris que l’important est de rester fidèle à soi-même et de ne pas réfléchir à ce que font les autres. Il faut se concentrer sur ce que l’on veut faire, sur comment y arriver et devenir la meilleure version de soi. »

Et la Costaricaine y est parvenue avec brio. Sa troisième place au Corona Bali Protected, tôt dans la saison, montrait bien qu’elle pourrait jouer un grand rôle dans le monde du surf féminin dans la décennie à venir.

La Costaricaine Brisa Hennessy se prépare pour le premier run des Jeux mondiaux de surf.
La Costaricaine Brisa Hennessy se prépare pour le premier run des Jeux mondiaux de surf.
2019 Getty Images / Matt Roberts

Qualifiée pour Tokyo 2020

Après Bali, sa qualification pour Tokyo 2020 fut un autre grand moment de son parcours. Bien que la liste des athlètes qui participeront à la première compétition olympique de surf de l’histoire ne soit pas encore complètement confirmée, Hennessy fait partie de celles dont la présence est assurée.

« Je n’oublierai jamais le moment où l’on m’a dit que j’étais qualifiée. J’étais avec ma famille. J’étais très émue et fière. »

Le report des Jeux Olympiques à l’année prochaine l’a d’abord surpris, mais Hennessy pense que cela pourrait finalement jouer en sa faveur.

« Bien sûr, c’est dommage que les Jeux n’aient pas lieu cette année. Mais ça me donne une meilleure chance de m’entraîner, de travailler mon mental et d’arriver totalement prête. »

Hennessy a très hâte de se rendre à Tokyo et de côtoyer d’autres athlètes venus du monde entier.

« J’ai vraiment hâte d’être à la cérémonie d’ouverture. J’ai même la chair de poule rien qu’en pensant au fait de voir les meilleurs athlètes du monde. Ça va être un moment très fort pour une fan comme moi, c’est certain. »

Parmi les surfeurs qui feront leur entrée sur la scène du surf olympique, certains comptent parmi les meilleurs au monde. Ce sont ces mêmes athlètes qui ont accueilli Hennessy à bras ouverts dans le circuit international.

« Même si le surf est un sport très individualiste où il y a beaucoup de concurrence, toutes les filles m’ont accueilli très chaleureusement. Certaines m’ont pris sous leurs ailes. Tyler Wright, Sally Fitzgibbons, Carissa Moore et Johanne Defay sont un peu comme des grandes sœurs pour moi. Toutes les filles sont vraiment adorables », ajoute-t-elle.

Mais qu’en est-il des garçons ? Hennessy est dans la même équipe que certaines légendes du surf comme le Brésilien Gabriel Medina, le surfeur le plus populaire du circuit.

« Je le vois souvent lors des évènements avec l’équipe Rip Curl et il est toujours très gentil avec moi. Quand je vais à l’eau, j’essaie de prendre exemple sur lui. Gabriel arrive toujours à prendre les meilleures vagues, alors j’essaie de ne jamais être très loin. »


Fière d’être Costaricaine

Depuis qu’elle a commencé la compétition avec les plus grands surfeurs du monde, l’une des plus grandes fierté d’Hennessy est le drapeau du Costa Rica qu’elle emporte partout dans le monde.

« Je n’ai jamais envisagé de représenter un autre pays que le Costa Rica. C’est là-bas que je suis née. C’est là-bas que j’ai été élevée. Le Costa Rica est dans mon cœur. Il est dans mon sang. Je me sens très connectée à ce pays. Il a fait de moi qui je suis », ajoute-t-elle.

« J’espère rendre tout le monde fier en faisant chaque jour honneur au style de vie pura vida. Et aussi, le gallo pinto est mon plat préféré ! ».

La nourriture fait d’ailleurs partie des autres passions de Hennessy. Elle y a consacré plus de temps pendant ses mois de confinement aux Fidji. Pendant cette période, l’athlète a même suivi des cours de nutrition et cuisiné sans arrêt.

« Je ne suis pas qu’une simple surfeuse. J’adore cuisiner, j’adore manger. Pour moi, la nourriture est une excellente façon de créer du lien avec les gens et de les rassembler. »

C’est pour ces mêmes raisons que Hennessy a démarré une chaîne YouTube sur laquelle elle partage certaines de ses recettes et astuces.

La surfeuse compte aussi utiliser sa chaîne pour une autre de ses passions : protéger l’environnement.

« Préserver l’océan, respecter Mère Nature et jouer un rôle dans la sauvegarde de l’environnement c’est très important pour moi. Utiliser ma chaîne dans ce but est l’un de mes objectifs principaux. Nous n’avons qu’une seule Terre et qu’un seul océan, et il faut faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les protéger. »

Malgré son jeune âge, l’avenir de cette surfeuse à l’esprit libre semble rempli de possibilités. Compte tenu de son talent et de sa jeunesse, tout le monde s’accorde à dire qu’elle est destinée à devenir un grand nom du surf.

Mais pour l’instant, elle consacre la plus grande part de son temps à se préparer et à devenir meilleure pour l’année prochaine, et qui sait, pour peut-être remporter une médaille aux Jeux Olympiques.