Quatre tours et demi pour une médaille 

Rio de Janeiro, BRÉSIL - 20 août 2016 : Benjamin Auffret en pleine rotation lors de la demi-finale du plongeon 10 m des Jeux Olympiques 2016.
Rio de Janeiro, BRÉSIL - 20 août 2016 : Benjamin Auffret en pleine rotation lors de la demi-finale du plongeon 10 m des Jeux Olympiques 2016.

Après sa quatrième place à Rio 2016, le meilleur plongeur français Benjamin Auffret visera le podium olympique dans l’épreuve de 10 m de Tokyo 2020.

Une médaille ne se joue pas à grand-chose. Adage plutôt banal mais pour Benjamin Auffret, son sens est particulier. Le plongeur de haut vol français a terminé quatrième des Jeux Olympiques de Rio 2016, et mesure bien la différence d’une petite place au classement : « J’ai découvert un sentiment étrange, confie-t-il à Tokyo2020.org. On peut être autant déçu qu’heureux. C’est normalement l’un ou l’autre mais après Rio, je ressentais la même dose de tristesse et de fierté. C’était dur à digérer ».

À Tokyo 2020, il ne voudra pas manger le même plat. Cette fameuse médaille en chocolat aux deux faces si différentes. Le meilleur plongeur français veut une vraie médaille. Celle qui ne se mange pas mais qui se croque sur les photos officielles, lorsqu’elles sont faites de bronze, d’argent ou d’or.

Et pour y parvenir, il connaît la recette : quatre tours et demi. Le quadruple salto avant et demi, c’est le costume trois pièces des plongeurs de 10 m. Celui qu’ils sortent uniquement pour les grandes occasions. Pour les JO, par exemple. Mais pour disposer de ce merveilleux atout, il faut être fort. Très fort : « Dans le monde, une dizaine de plongeurs ont la qualité nécessaire pour le faire, explique Benjamin Auffret. Mais le maîtriser, seulement deux ou trois mecs y arrivent. »

Tout le corps dans la taille des mains

La difficulté de ce plongeon est monstrueuse. D’abord, le départ se fait en courant sur la plateforme, contrairement aux autres plongeons qui s’exécutent en position arrêtée. À la vitesse de rotation (quatre tours et demi !) s’ajoute donc la vitesse horizontale. Ensuite, il faut arrêter la rotation et « faire rentrer le corps dans la taille des mains » à la réception dans l’eau qu’il percute à plus de 60 km/h. C’est surhumain. D’autant plus qu’à vitesse réelle, le corps regroupé du plongeur ressemble à une jante de voiture dans une publicité télévisée.

Perfection

Synchronisation, vitesse, confiance, précision, tout doit être parfait. L’athlète de 24 ans sait que ce plongeon fera la différence : « Une bonne exécution aux JO sera l’une des clés pour augmenter mon nombre de points potentiels et décrocher une médaille. » En compétition, chaque athlète doit réaliser six plongeons. Chaque saut est noté de 1 à 10 et multiplié par un coefficient de difficulté. Pour le « quadruple et demi », le coefficient est très haut. C’est actuellement sur ce plongeon que cet ancien gymnaste concentre tous ses efforts, à l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP).

De la gymnastique au plongeon

Né dans une famille de gymnaste, Benjamin Auffret a d’abord suivi le chemin de ses parents. Mais à l’adolescence, une croissance trop rapide a dû freiner ses ambitions dans ce sport : « Les inflammations et les tendinites se sont enchaînées, j’ai dû arrêter. Les traumatismes en gymnastique sont trop importants ». Mais son entraîneur d’alors lui a suggéré de se diriger vers le plongeon. « J’allais arrêter le sport de haut niveau en gym, alors il fallait tenter. Et j’ai très vite accroché » explique-t-il.  

Rattaché à l’INSEP depuis 10 ans, il a trouvé son plaisir dans le plongeon et a rapidement gravi les échelons. Il a remporté trois titres de champions de France de plongeon 10 m (2014, 2015 et 2017), une quatrième place aux JO 2016 après seulement deux ans en plongeon de haut vol, avant d’obtenir deux médailles d’argent aux Championnats d’Europe 2018 et 2019. Des podiums européens qui lui ont donné goût aux places d’honneur internationales mais qui n’ont pas la même saveur qu’une médaille olympique. 

« Les Jeux Olympiques, c’est le rêve absolu. J’ai toujours tout fait pour les Jeux. C’est le but ultime. » confie-t-il. « La dimension des Jeux est extraordinaire. » 

« Quand on va au JO, il n’y a pas que les plongeurs et les nageurs. Toute la planète du sport est au même endroit pour obtenir la même médaille. Il n’y a plus de différence. Un champion olympique de judo, de natation ou de n’importe quel autre sport est champion olympique. Point. C’est monstrueux. »

En synchro à Tokyo

A tel point que son appétit olympique n’est pas rassasié avec le seul plongeon de 10 m. Déjà qualifié en individuel, il ambitionne également d’obtenir un deuxième billet en 10 m synchronisé, avec son pote Matthieu Rosset. Même si ce sera un peu plus compliqué, le duo n’ayant pas la possibilité de s’entraîner ensemble : « Aucune plateforme de 10 m en France n’est assez large pour faire du plongeon synchronisé. Nous nous entraînons parfois sur un plongeoir de 5 m, mais la majorité de l'entraînement se fait au sol, face à un tapis, en répétant notre départ avec un seul salto. »

Résultat, la première fois qu’ils ont plongé ensemble sur une plateforme de 10 m était la veille de la compétition dans laquelle ils étaient engagés, en février dernier. Le Grand Prix international de la FINA à Rostock (Allemagne), où ils ont remporté… la médaille d’argent ! C’est grâce à cela qu’ils ont pu se qualifier pour la coupe du monde de plongeon 2020 de Tokyo, qui aura lieu du 21 au 26 avril et délivrera les quatre dernières places qualificatives pour les Jeux.

« Benjamin est une graine de champion »

Même si les conditions ne sont pas les meilleures, leur entente et leur amitié pourrait bien faire la différence pour obtenir la qualification. Matthieu Rosset, double champion d’Europe et 15e des Jeux Olympiques de Londres 2012 en plongeon 3 m, a récemment fait le choix de passer sur 10 m. Il compte bien remédier au seul problème de Benjamin pour réussir à deux, mais également le faire progresser en individuel :

« Benjamin est une graine de champion, lâche-t-il à tokyo2020.org. Mais son seul problème, c’est qu’il n’a pas de concurrence en France. Mon but aujourd’hui, c’est de lui faire la plus haute concurrence pour qu’il aille encore plus loin. Plus on se tirera la bourre, plus on sera fort en plongeon synchronisé. »

Nul doute que le quadruple et demi de Matthieu Rosset donnera encore plus de motivation à Benjamin Auffret pour bien le réaliser aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020, et ainsi accomplir le rêve de toute une vie : rentrer du Japon avec une médaille autour du cou qu’il pourra ranger dans un coffre fermé à double tour. Et demi, bien sûr.